TITANIC
James Cameron, 1997
LE COMMENTAIRE
Absolument toutes les meilleures choses ont une fin. Un soir le rideau tombe, c’est pareil pour tout le monde disait le pape de la pensée fataliste Etienne Daho. De poussière, on retourne à poussière. À la fin de la fête, les lumières s’éteignent et on disparait dans la nuit noire – avec plus ou moins d’élégance et de bruit. Car s’il faut toujours soigner son entrée en scène, il ne faut surtout pas rater sa sortie.
LE PITCH
La bourgeoise tombe amoureuse du bohème.
LE RÉSUMÉ
À l’époque, le RMS Titanic est le paquebot le plus luxueux jamais construit. Luxe et sécurité ne font pourtant pas bon ménage. Le Titanic n’a pas assez de canots de sauvetage, confort des premières classe oblige.
Rose DeWitt Bukater (Kate Winslet), une jeune fille de bonne famille, embarque avec sa famille et son fiancé Caledon Hockley (Billy Zane). Elle tente de se suicider en sautant du pont arrière parce que ses problèmes de riche lui sont insupportables.
Outwardly, I was everything a well brought up girl should be. Inside, I was screaming.
Jack Dawson (Leonardo DiCaprio), jeune vagabond heureux de rentrer au pays gratuitement grâce à une main chanceuse au poker, lui sauve la vie. C’est le coup de foudre. L’amour et l’eau fraiche, qui passe par dessus les ponts. Jack et Rose n’ont cependant pas le temps de s’interroger sur un hypothétique (cf Le Lagon Bleu). Le Titanic se met à couler après avoir percuté un iceberg.
Tout le monde fait semblant de ne rien remarquer jusqu’à ce que les rats quittent le navire. Panique générale sur air de violoncelle.
Les fesses dans l’eau glacée, Jack offre sa vie pour sauver celle de Rose qui ne l’oubliera jamais.

L’EXPLICATION
Titanic, ce sont toujours mêmes qui se noient.
Si l’on est vraiment libre en théorie, alors en pratique on devrait pouvoir passer d’un pont à un autre sur n’importe quel bateau, sans se soucier de sa classe. La propriété privée impose néanmoins quelques limites à la liberté. Il existe donc un écart entre le voyage tel qu’il est vendu sur le papier et celui qui se déroule en réalité.
En théorie, tout le monde peut participer à la belle aventure du Titanic et rejoindre New York, indépendamment de son statut social. Ainsi Rose et Jack se retrouvent tous les deux sur le même bateau et font route ensemble vers la même destination. Sans le savoir, ils partagent quelque chose.
En pratique, ils ne sont pas vraiment logés à la même enseigne. Ils ne vont pas voyager dans les mêmes conditions. Une classe les sépare. Il faut une catastrophe pour s’en rendre vraiment compte car tout le monde ne va pas s’en sortir. Et dans ce cas, ce sont toujours les mêmes qui se noient.
Jack et Rose sont de doux rêveurs qui se sont bien trouvés.
Le premier vit un rêve éveillé. Même sans un sou, il est convaincu que sa vie le mène de port en port et il s’émerveille de tout pour ne rien rater du spectacle. Rose lui permet d’aspirer à mieux que la cale d’un bateau.
I love waking up in the morning not knowing what’s gonna happen or, who I’m gonna meet, where I’m gonna wind up. Just the other night I was sleeping under a bridge and now here I am on the grandest ship in the world having champagne with you fine people. I figure life’s a gift and I don’t intend on wasting it.
La seconde a envie d’autre chose. Rose est étouffée par les impératifs de la bourgeoisie. Son avenir avec Caledon Hockley semble tout tracé, ce qui l’ennuie profondément. Elle aimerait faire exploser toutes ces règles avec un peu d’imprévu. Jack est celui qui rend ce rêve possible.
Where to Miss?
To the stars!
Tous les deux vont vivre une courte idylle. Le temps d’une nuit à danser sur des mélodies irlandaises endiablées, faire l’amour intensément sur une banquette arrière et regarder les étoiles. Tout leur paraît possible. À tel point qu’ils s’imaginent une suite à deux.
You jump, I jump.

Pour les détails, on verra plus tard.
En fait, on ne verra rien du tout. L’iceberg ne leur en laissera pas le temps. Car même le Titanic peut sombrer.
I saw the iceberg and I see it in your eyes… please, tell me the truth.
The ship will sink.
Égoïstement, Rose n’a pas envie que son rêve se brise. Mais elle ne décide pas des lois de la physique. M.Andrews est formel :
You’re certain?
Yes. In an hour or so, all of this will be at the bottom of the Atlantic.
La lune de miel est terminée. Jack et Rose basculent dans la réalité. Ils vont devoir se battre pour leur survie parce qu’il n’y a pas assez de canots de sauvetage. Et dans ce monde, la logique de Jack ne pèse pas lourd face à celle de Caledon Hockley qui crée sa propre chance. Hockley trouve une place sur un canot. Jack et Rose vont devoir trouver une autre solution.
Pendant le naufrage du bateau, Jack et Rose sont les témoins de toutes les injustices sociales. Les inutiles de William Godwin sont sacrifié·es au profit des plus fortuné·es car l’accès au pont supérieur leur est interdit par une grille.
Jack et Rose sont également frappés par le ridicule de la situation puisque les violonistes ne s’arrêtent plus de jouer, alors qu’ils ont de l’eau jusqu’aux chevilles et que plus personne ne les écoute.
Tout est foutu. Il n’y a plus de courant à bord. C’est la nuit noire. Jack et Rose se retrouvent accrochés à la poupe du bateau suspendue en l’air. Ils savent qu’ils vont boire le bouillon. Malgré tout, ils remontent à la surface et il reste miraculeusement une porte qui flotte à proximité au milieu de tous ces gens qui hurlent avant de se noyer.
Dans un ultime geste de galanterie, Jack laisse Rose monter sur la porte. Erreur fatale. Il le paiera de sa vie. Car la bourgeoise ne lui laisse aucune place. C’est comme ça : celles et ceux d’en haut ne font pas de cadeaux (cf The Platform).
Jack réalise brutalement qu’on ne vit pas d’amour et d’eau fraiche, encore moins quand l’eau fraiche est glacée. En l’occurrence, c’est lui qui a le cul dans l’eau.
Le rêve est fini. Rose peut bien se rappeler de son amoureux et jeter le Cœur de l’Océan par dessus bord pour lui rendre hommage. Qu’est-ce qu’il va bien pouvoir faire de ce gros diamant maintenant qu’il est au fond de l’eau, bouffé par les poissons ?
La croisière s’est bien amusée et puis elle s’est arrêtée brusquement (cf Sans Filtre). À la fin du jeu de chaises musicales (cf Circle), on sait qui ne trouve pas de chaise pour s’asseoir. De la même manière que lorsque la société boit la tasse, ce sont toujours les mêmes qui trinquent (cf Kursk).
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