UN AIR DE FAMILLE

UN AIR DE FAMILLE

Cédric Klapisch, 1996

LE COMMENTAIRE

Plus besoin de payer des billets trop cher pour assister à une mauvaise comédie. Une bonne vieille réunion de famille suffit. Les sujets de discorde sont souvent ridicules. Chacun·e joue mal. En plus, ce format donne non seulement la possibilité d’assister au spectacle, mais aussi d’y participer soi-même. C’est ce qu’on appelle du théâtre interactif.

LE PITCH

Une famille se déchire lors d’une fête d’anniversaire.

LE RÉSUMÉ

Henri Ménard (Jean-Pierre Bacri) est le patron du bar Au Père Tranquille. Sa soeur Betty (Agnès Jaoui) vient d’arriver. Elle flirte avec Denis (Jean-Pierre Darroussin), le serveur, sans que personne ne soit au courant.

La mère d’Henri et Betty (Claire Maurier) débarque à son tour, avec Yolande (Catherine Frot) dont c’est l’anniversaire.

Ne manque plus que Philippe Ménard (Wladimir Yordanoff), le mari de Yolande, qui justifie son retard parce que monsieur passait à la TV dans une émission régionale.

Problème : Arlette, la femme d’Henri, semble s’être barrée. Philippe met les pieds dans le plat.

Et Arlette ? Elle est en haut ?

Nan elle est pas là Arlette figure toi!

Philippe accable son frère, et la mère en remet une couche en faisant référence à son défunt mari.

Mais pour ça, évidemment, il aurait fallu un peu d’ambition…

Finalement, les Ménard ne se rendent pas au restaurant comme prévu et décident de dîner dans l’arrière-salle du café. Pendant que Betty et Yolande enchaînent les Suze.

Yolande reçoit ses cadeaux. Sa belle-mère lui offre un chien. Henri a pensé à une laisse, pour le chien. Tandis que Philippe lui offre un collier.

C’est pas pour le chien, c’est pour toi, c’est un collier pour femme!!

Betty n’a pas de cadeau. Elle n’a pas les moyens, en tant que vilain petit canard de la famille. Philippe ne se prive d’ailleurs pas pour la rabaisser.

On va te voir à l’oeuvre! Ah tu vas la découvrir la vie toute seule…

Denis intervient pour prendre la défense de Betty. Henri était parti voir Arlette mais elle ne lui a pas répondu. De retour au café, il en profite pour rentrer dans le lard de son frère que personne n’ose remettre à sa place en qualité de chouchou à sa maman.

Ah tu t’en fous de mes histoires ? Je te remercie!

Oui parce que tu t’intéresses aux miennes peut-être ? Tu les connais mes histoires à moi ? À part ton émission de TV là, que j’ai pas vue d’ailleurs!! Tu t’intéresses à qui, tu t’intéresses à quoi toi ?!

Betty et Denis officialisent leur relation en quittant le bar ensemble.

La mère s’en va après avoir essayé de réconforter maladroitement Henri.

T’inquiète pas, ça va aller.

Philippe et Yolande sont les derniers à partir. Yoyo a un petit mot gentil pour son beau-frère.

Personne ne t’a rien dit mais il était très bon ton canard.

Henri se retrouve seul avec son chien et sa détresse. Il ferme son bar lorsque le téléphone sonne. C’est Arlette.

Arlette! Nan, nan ils viennent de partir. Ah bon ça t’a fait plaisir ? Tu m’as pas trouvé trop con ? … Ben je sais pas… Ouais, mais ça peut changer ça. Je peux changer moi… Quoi ? Ben ouais… Bien sûr… J’TE DIS QU’JE VAIS CHANGER LÀ!!

L’EXPLICATION

Un Air de Famille, c’est un terrain de violence interpersonnelle.

On dit qu’on a un air de famille quand on partage une ressemblance avec autrui. Quand quelqu’un est familier de par son physique ou son caractère. On peut ainsi se reconnaître dans des personnes admirables, ce qui est plutôt flatteur. Quand on donne un sourire, la personne en face le renvoie. Il y a un échange. Le monde entier fait soudainement sens. On en aurait presque les frissons. C’est super.

Par contre, on peut aussi être à l’image de gens mesquins. En général, on s’en vante moins. Dans pareil cas de figure, il est de rigueur d’être passif-agressif. Un petit jeu se met en place dans lequel l’autre se doit de riposter pour survivre. C’est rapidement l’escalade de la connerie.

Il se trouve justement que la famille offre un espace où chacun·e de ses membres se sent libre des pires mesquineries. Comme si la famille était une sorte de parenthèse où tout était permis.

Lorsque les Ménard sont au complet, ils peuvent lâcher les vannes. On tire à vue. Betty lance les hostilités avec Henri.

T’as mis ton petit gilet du vendredi ?

Elle pourrait le dire pour se moquer gentiment de son frère. Il pourrait en rire. Mais là, bizarrement, personne ne rigole. Parce qu’elle le dit pour faire mal. Et ça marche. Henri prend un tackle alors que la soirée n’a pas encore commencé.

La famille prend des allures de cage de MMA. Henri se met au diapason et saute à la gorge de sa soeur.

Qu’est-ce que t’y connais toi ? Tu vis avec quelqu’un ??

Bim.

Quand tu vivras avec quelqu’un depuis quinze ans, tu viendras me voir. Pis on en reparlera de la compréhension. Tu vas trop au cinéma toi…

Crochet du gauche, direct, uppercut… (cf Fighter)

Au cas où on l’aurait oublié, la vie reste quand même un combat. Et la famille n’est clairement pas un sanctuaire. On ne se fait pas de cadeau!

À quoi tu veux réfléchir ? Y’a pas à réfléchir, si ça va : t’es content. Si ça va pas : tu patientes! C’est comme ça la vie! On est comme on est, et pis c’est tout.

Dans cet univers impitoyable, tout le monde n’est pas exactement logé à la même enseigne. La mère joue le rôle d’arbitre. Philippe est le favori. Il bénéficie de l’immunité.

C’est merveilleux d’avoir un mari aussi attentionné…

Pour les autres, c’est le combat de rue. On est obligé de trouver des parades. Henri essaie de se faire plaindre.

Ça va toi ?

Moi, on s’en fout!!

Betty n’assume pas.

J’ai aucune envie de me disputer!

Bien qu’il distribue les parpaings, Philippe joue les victimes.

Je te demande gentiment si ça va! J’t’ai rien fait!!

Les pièces rapportées se prennent quelques balles perdues. Yolande se fait découper par son mari.

Elle va pas danser à poils sur la table parce que c’est son anniversaire quand même!!

Et Denis se fait recadrer sèchement par la mère Ménard. Circulez, y’a rien à voir.

On ne vous a rien demandé à vous! Vous ne voyez pas qu’on parle entre nous ??

Ambiance.

La famille, c’est génial. En théorie, elle devrait faire en sorte que tout le monde se soucie les un·es des autres, ou a minima offrir une protection face à l’hostilité du monde extérieur. À l’inverse, elle devient l’antichambre de la sauvagerie (cf Le Parrain 2). Paradoxalement, ces amoureux de chien ne savent que s’aboyer dessus.

Il est clair que la famille devient un poids. Finalement, on est vraiment content que lorsque tout le monde a foutu le camp. Henri est presque heureux de se retrouver seul.

J’avais envie de voir personne moi!

La famille est une construction à laquelle beaucoup ont décidé de souscrire dans l’espoir secret de pouvoir étendre leur sphère d’influence. Si elle n’offre rien en retour, alors la famille ne sert à rien. En réalité, personne ne peut se sentir. C’est la guerre, et les liens du sang ne justifient aucun cessez-le-feu.

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son AUTEUR.

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