SUEURS FROIDES

SUEURS FROIDES

Alfred Hitchcock, 1958

LE COMMENTAIRE

En plein milieu des années 80, le philosophe chanteur Marc Lavoine a émis l’idée que la femme avait les yeux revolver. Que son regard pouvait tuer. Il reprenait ainsi la théorie de l’Ecclesiaste selon laquelle la femme serait plus amère que la mort. En l’occurrence, les hommes ont pourtant tué beaucoup plus de femmes que l’inverse.

LE PITCH

Un homme a le vertige mais il ne tombe pas.

LE RÉSUMÉ

Le détective John « Scottie » Ferguson (James Stewart) est à la retraite anticipée. Il ne peut plus exercer sa profession car son vertige est trop handicapant. La dernière fois qu’il a poursuivi un criminel sur les toits, l’histoire s’est mal terminée. Depuis, il passe le temps avec son amie, ex-fiancée et toujours amoureuse, Midge Wood (Barbara Bel Geddes).

Gavin Elster (Tom Helmore) demande à son ancien ami de reprendre du service pour une mission un peu spéciale : surveiller sa femme Madeleine (Kim Novak) qu’il croit être possédée par l’esprit suicidaire de son arrière grand-mère Carlotta Valdes. Scottie refuse avant d’accepter.

Il prend Madeleine en filature, charmé par son mystère. La jeune femme est effectivement suicidaire puisqu’elle se jette à corps perdu dans la baie de San Francisco. Scottie lui sauve la vie et tombe amoureux. L’effet Florence Nightingale.

Quelques jours plus tard, elle se jette du haut d’une église sous les yeux de Scottie, tétanisé par la peur de monter les escaliers.

Innocenté lors du procès, Scottie reste profondément marqué par ce drame. Même si Gavin ne semble pas lui en vouloir.

Scottie croise par hasard Judy (Kim Novak) qui lui rappelle étrangement Madeleine, bien que les deux femmes n’aient pas les mêmes manières ni la même couleur de cheveux. Scottie insiste pour entamer une liaison avec Judy qui accepte de changer d’identité pour mieux plaire à son nouvel amant.

If I let you change me, will that do it? If I do what you tell me, will you love me?

Yes, yes.

All right… All right then, I’ll do it. I don’t care anymore about me.

Scottie découvre que Judy est en réalité le sosie de Madeleine. Gavin l’avait embauchée pour maquiller le meurtre de sa propre femme en suicide. Pour exorciser ses démons, Scottie emmène Judy à l’église, celle-là même où le corps de Madeleine a été jeté dans le vide.

One final thing I have to do… and then I’ll be free of the past.

Judy admet. Effrayée par une religieuse, elle tombe dans le vide à son tour devant un Scottie qui n’en croit pas ses yeux.

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L’EXPLICATION

Sueurs Froides, c’est la permission du féminicide.

Tout n’est qu’une question de point de vue. De l’angle masculin, la femme donne le vertige. Scottie a été bien manipulé par Judy. L’homme est trompé par la femme qui le fait tourner en bourrique, et qui lui fait tourner la tête au passage. Scottie ne peut tout simplement pas croire à l’histoire abracadabrantesque de Madeleine. Et puis il finit par y souscrire et tomber dans le panneau, la tête la première.

Hanté par le fantôme de Madeleine, il n’est plus que l’ombre de lui-même. Inconsolable. Midge ne peut pas le comprendre.

Lorsqu’il se rend compte que Judy l’a trahi, il a toute les raisons du monde d’être en colère – comme Paul Prieur (cf L’Enfer) ou comme Ted Kramer (cf Kramer contre Kramer).

Judy tombe. Regrettable, évidemment.

Tant pis pour elle! Elle n’avait qu’à avoir le sens de l’équilibre.

Au moins, Scottie se retrouve miraculeusement guéri de son vertige. Tout cela n’aura pas servi à rien. Maintenant, ce retraité désormais en pleine puissance de ses moyens va pouvoir profiter du train de la mine à Disneyland!

Point de vue différent. Avec un angle féminin, alors peut-être que la femme donne le vertige mais à la fin de l’histoire c’est elle qui tombe de haut.

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De ce point de vue, Gavin a froidement tué sa femme qu’il fait passer pour folle. Il se sert d’une autre femme, et de son ami, pour échapper à la justice. Le meurtre de Madeleine est impuni et Gavin se paie le luxe de féliciter son ami au tribunal :

There’s no way for them to understand. You and I know who killed Madeleine.

Beau travail.

La justice des hommes ferme d’abord les yeux sur un premier féminicide, celui de Madeleine. Puis la religion cautionne le second féminicide, celui de Judy. Tuée par un homme incapable de résilience, qui refuse la femme telle qu’elle est.

Couldn’t you like me, just me the way I am?

Sympa.

Un homme qui nie les droits de sa compagne. Scottie avait déjà tenté d’emprisonner Madeleine à l’époque. Que la femme reste à la maison à faire la vaisselle, l’homme s’occupe de tout.

No, there is nothing you must do. There is nothing you must do. No one possesses you. You’re safe with me.

Personne ne possède Madeleine, en dehors de Scottie. Le message n’est pas passé dans l’oreille d’une sourde.

Scottie a refusé de rendre sa liberté à Judy bien qu’elle le réclamait. L’homme ne sait déjà pas entendre quand la femme dit non – même quand elle ajoute le mot magique.

Let me go! Please let me go!

Scottie s’est même montré physiquement violent avec Judy en la contraignant à monter les escalier du clocher d’où elle trouvera la mort, tout en se faisant passer pour une victime.

And then what did he do? Did he train you? Did he rehearse you? Did he tell you exactly what to do, what to say? You were a very apt pupil too, weren’t you? You were a very apt pupil! Well, why did you pick on me? Why me??

Pourquoi lui? Comme s’il n’y avait que lui qui comptait… Il se moque pas mal des autres, notamment de son amie Midge qui essaie pourtant de l’aider à surmonter son problème de vertige. Scottie n’est pas vraiment un gentleman.

Midge, who do you know that’s an authority on San Francisco history?

That’s the kind of greeting a girl likes! Not this « Hello-you-look-wonderful » stuff, just a good straight « Who do you know that’s an authority on San Francisco his – -« 

Au XXe siècle, les hommes n’écoutaient pas les femmes. Au lieu de cela, ils les engueulaient comme du poisson pourri. Puis ils les tuaient, sans que personne ne trouve rien à redire. Il était vraiment temps que les choses changent.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

2 commentaires

  • C’est bien la première fois que j’entends Vertigo classé parmi les films « pro féminicides ». Là, entre le café et les chocapics, ça me paraît assez capillotracté. Mais du coup, je regarderais ce film sous cet angle, la prochaine fois.

    • Il serait risqué d’avaler les chocapics de travers.

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