UN PROPHÈTE

 UN PROPHÈTE

Jacques Audiard, 2008

LE COMMENTAIRE

Et si le mot fenêtre venait tout simplement du Corse finestra qui veut dire ouverture? Pour revenir à des choses plus terre à terre, une fenêtre c’est surtout un trou dans un mur qui laisse passer l’air et la lumière. La fenêtre donne une vue sur le monde. Et peu importe la situation, celui qui regarde par la fenêtre est toujours celui qui préfère être de l’autre côté. Peut-être parce que nul n’est prophète en son pays, pas plus que dans sa prison.

LE PITCH

Un jeune détenu fait ses premiers pas dans la centrale.

LE RÉSUMÉ

À son arrivée, Malik El Jamena (Tahar Rahim) se fait immédiatement repérer par les Corses aux ordres de César Luciani (Niels Arestrup) qui voient en Malik le soldat parfait pour tuer Reyeb et se venger ainsi des « Barbus ». Malik n’a pas vraiment le choix. Il tue Reyeb et devient ainsi le protégé de César qui fait la pluie et le beau temps dans la prison. Malik devient l’homme à tout faire des Corses, qui profitent de ses permissions pour lui faire faire leur sale boulot.

Malik réalise très vite qu’il n’est qu’un fusible qui peut sauter à tout moment. Il n’appartient qu’à lui de servir ses propres intérêts. Il cherche donc une manière de gagner son indépendance en développant son petit business avec Jordi le gitan (Reda Kateb) et en se rapprochant tout doucement des Barbus.

De permission en permission, Malik commence à nouer des réseaux et se fait remarquer par Brahim Lattrache (Slimane Dazi), un caïd Marseillais.

Trahi par les siens et isolé dans sa propre prison, Luciani décide d’envoyer Malik faire le grand ménage comme un final du Parrain lors d’une ultime permission aux allures de mission kamikaze. Malik réussira un numéro d’équilibriste entre les Corses et les Italiens pour en sortir vivant et désormais appuyé par Lattrache et les Barbus.

Sa peine purgée, il peut ressortir comme un homme libre. Luciani reste son son banc. Désormais c’est Malik le boss.

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L’EXPLICATION

Un Prophète, c’est une épiphanie.

Malik va connaître plusieurs révélations.

La première est liée au meurtre originel de Reyeb. En l’égorgeant, Malik tue aussi l’enfant qui est en lui. Il est dans la prison des grands, il doit donc rentrer dans la cour des grands. Ne pas faire de cadeau. Manger ou être manger (cf La Plateforme). Reyeb va devenir son prophète et l’accompagner comme un ange bienveillant, lui montrant le chemin à travers les barreaux de la prison.

La seconde révélation s’effectue en compagnie de Lattrache, frappé par la vision d’un cerf traversant la route. Cette fois, la vie de Malik lui est épargnée grâce à cette intervention mystique.

La dernière épiphanie se passe pendant la tuerie finale où Malik passe au travers des balles, comme John Dunbar (cf Danse Avec Les Loups) ou Jules (cf Pulp Fiction).

Au cours de son périple en prison, l’élève El Jamena découvre les arcanes du pouvoir (cf Les Ides de Mars) et va devoir faire son trou pour ne pas avoir à creuser sa tombe. Il se montre rusé et finit par dépasser le maître Luciani, un peu à l’image de l’Algérie qui obtient son indépendance alors que la Corse court encore après. Il observe, écoute, apprend et comprend rapidement les rouages du système pour mieux les tourner à son avantage.

Malik noue des alliances qui semblent surprendre Lattrache:

Tu parles avec les Corses… tu parles avec les Barbus… Tu fais le grand écart, c’est mauvais pour les couilles.

Malik se distingue des autres. Il n’est plus le gangster, il devient le politique. Il tient plus du Prince de Machiavel que de Marco et Pisello (cf Gomorra), même s’il doit appuyer sur la gâchette quand la situation l’exige. C’est de cette manière que les leaders se révèle (cf Le Parrain).

Malik grandit à l’ombre de César qui est un père malveillant, à l’inverse de Reyeb. César est étouffant:

Si tu bouffes c’est à cause de moi! Si tu rêves, si tu penses, si tu vis c’est à cause de moi!

Malik doit tuer ce père adoptif encombrant s’il veut exister un jour. Cela arrivera dans la cour de la prison lorsque Luciani cherche son fils du regard avant de s’écrouler puis de retourner sur son banc, boitant tel un vieillard bedonnant et affaibli. Malik le regarde s’éloigner sans amertume. Dans l’obscurité, il a toujours regardé vers le haut.

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Il ne se salit plus les mains, c’est pour lui qu’on travaille maintenant. Avec brio, il a triomphé de cette épreuve qui aura duré 6 ans. Lorsqu’il quitte la prison, c’est lui le caïd. Comme un roi avec la reine à son bras, escorté par son armée. La prison aura généré un nouveau monstre. En même temps, il faut être sacrément naïf pour croire que la prison accouche de bisounours.

Cette prison est à l’image de la vie: on n’y fait pas ce qu’on veut. Comme à l’école, comme au travail, il y a des règles et les choix ne nous sont pas toujours vraiment proposés mais plutôt imposés, souvent avec violence. La prison c’est l’illusion d’avoir le choix. Dans cette galère n’oublions pas qu’à vaincre sans péril on triomphe sans gloire. Malik, le poisson frais, va triompher. Il fait même mieux en trouvant son chemin. La vie est un enfer dans lequel on peut se retrouver enfermé seul et dont on doit se sortir seul. Il faut tracer sa route, dans l’adversité et passer entre les balles pour aboutir à la belle conclusion de Reyeb:

L’idée c’est de sortir un peu moins con qu’on est rentré.

Malik sort de prison, ce qui n’est pas le cas de tout le monde (cf Enfermés dehors). Il en sort fier. À présent, c’est lui le boss. Surtout, il a appris – en plus d’avoir appris le Corse. C’est pourquoi il ne faut pas se satisfaire de ses barreaux et toujours avoir l’envie de quitter ses murs. Continuer de regarder à travers les fenêtres, car c’est de là que vient la lumière de l’inspiration.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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