OBSESSION
Curry Barker, 2025
LE COMMENTAIRE
Jusqu’à aujourd’hui, le regard masculin a imposé son point de vue sur la femme (cf Brainwashed). Elle est plus agréable en tant qu’objet sexualisé*, qui parle juste ce qu’il faut et qui caresse monsieur dans le sens du muscle. Une femme perd immédiatement de son intérêt lorsqu’elle saigne, ou qu’elle se moque. De monsieur, on ne se moque pas. Elle ne doit pas non plus sortir de son rôle, ni faire preuve d’une quelconque forme de singularité.
* Selon les critères en vigueur au sein de la communauté des mâles dominants
LE PITCH
Un date tourne au mauvais délire, pour monsieur.
LE RÉSUMÉ
Baron « Bear » Bailey (Michael Johnston) a un énorme crush pour sa collègue Nikki Freeman (Inde Navarrette). Avec l’aide de ses ami·es Ian (Cooper Tomlinson) et Sarah (Megan Lawless), il s’entraîne à l’aborder (cf Crazy Stupid Love). Malheureusement, il est un peu trop intense.
I think of you all the time.
Ian lui conseille de se mettre moins la pression.
All you have is time. If she means so much to you and I know she does : wait. Do it at the right time.
Bear s’achète un objet magique de la compagnie One Wish Willow et fait le souhait que Nikki devienne dingue de lui (cf Le Bazaar de l’Épouvante, Aladdin).
I wish Nikki Freeman loved me more than anyone else in the fucking world.
Visiblement son voeu est exaucé puisque lors d’une soirée, Nikki se montre entreprenante.
Can you sleep with me? Please?
A dream come true. Bear n’arrive pas à y croire lui-même. C’est presque trop beau pour être vrai. Ce n’est d’ailleurs pas si beau que cela puisque Nikki se conduit de manière étrange.
You’re honestly freaking me out.
Le couple s’officialise, pour la plus grande joie de Ian et Sarah.
Pourtant Bear est inquiet. Nikki continue ses dingueries. Elle scotche la porte d’entrée et reproche à Bear de ne pas l’aimer assez. Nikki lui prépare un sandwich avec les restes de son défunt chat. Là, on est carrément sur de la monstruosité. On ne touche pas aux chats. Quand Bear fait remarquer à Nikki que quelque chose ne va pas, elle s’excuse maladroitement.
Oh my God, I’m so sorry!!
Lors d’une soirée entre ami·es, Nikki raconte une histoire qui crée le malaise, avant de se fracasser le visage. Bear ne rigole plus du tout. Il contacte One Wish Willow pour annuler son voeu. Le service après-vente lui explique que c’est impossible. Bear se retrouve condamné à rester avec Nikki.
Celle-ci devient jalouse et fracasse la tête de Sarah. Ensuite, elle tue Ian de manière à ce que la relation devienne complètement exclusive.
Bear n’en peut plus.
I was thinking maybe we should break up…
Il s’isole dans la salle de bains et avale un tube d’oxycodone.
Nikki refuse la séparation. Elle utilise un voeu pour qu’il sorte de la salle de bains. Bear meurt dans ses bras. Nikki songe alors au suicide à son tour. Désenvoutée, elle panique lorsqu’elle découvre le carnage.
L’EXPLICATION
Obsession, c’est tout de suite moins drôle quand elle se retourne contre soi.
Dans la société moderne, les jeunes garçons romantico-timides forment le terreau de la pensée masculiniste qui en fait des incels : célibataires involontaires, qui considèrent les rapports humains sous l’angle de la domination et voient les femmes comme des sortes de citadelles imprenables. Ils pensent en termes de ligues et deviennent des misogynes frustrés, animés par le ressentiment, tout en restant obsédés par les femmes. Leur obsession les conduit à toute sorte de comportements toxiques, jusqu’au féminicide dans le pire des cas.
Bear pourrait complètement en faire partie. Il présente le profil type : tout gentil en apparences. Le jeune homme manque cruellement d’assurance. Sa timidité le bloque (cf Cyrano de Bergerac).
Do you like me? Cause if you do, now is the time to tell me.
…. I think… we’re… good friends.
À défaut de s’affirmer, il triche. Il s’achète un objet supposément magique en espérant transformer Nikki. Bear est sur une pente glissante. Mal entouré, le gentil Bear serait bien capable d’avoir recours à des drogues pour placer Nikki sous emprise afin de mieux arriver à ses fins.
Bear cherche à forcer Nikki à l’aimer et sa compulsion transforme son souhait en cauchemar.
What the fuck?
Le problème est que Nikki n’est pas la femme soumise espérée. Elle renverse les rôles (cf La Pianiste). L’obsession change alors de camp. Alors que Bear aimerait que tout se passe comme il le souhaite, la situation dépasse ses attentes. Nikki ne se comporte pas du tout comme il le voudrait.
I’m not saying you took advantage of me.
Nikki, I didn’t know you were on drugs.
That’s what I’m saying. I’m not saying that.
You’re not saying what?
That you took advantage of me.
I don’t think, I didn’t.
That’s why I’m saying you didn’t.
Celui qui ne parvenait à séduire personne, au point de devenir incroyablement lourdingue avec Nikki, se retrouve dans une position inconfortable. Bear est l’arroseur arrosé. Le harceleur découvre soudain ce que signifie être l’objet de l’obsession d’autrui. D’une certaine manière, le sortilège ne se retourne pas contre Bear : il retourne contre Bear son propre désir. Bear est confronté à sa propre conception de l’amour.
That is so fucking weird! (…) She’s the one who wouldn’t leave me alone, (…) she’s obsessed with me.
En cela, il a fait l’expérience de ce qu’il aurait pu faire subir d’horrible à Nikki. (cf Je ne suis pas un Homme facile, Ce que veulent les Femmes). Sauf qu’il est la proie. Comme un mâle toxique pourrait le lui imposer, Nikki exerce un marquage à la culotte.
Why don’t you love me as much as I do??
Elle devient incontrôlable. Comme un mâle toxique, elle fait preuve de sautes d’humeur. Nikki gomme aussitôt son comportement abusif par des excuses faciles, comme un mâle toxique. Puis elle finit par ne même plus prendre la peine de faire semblant de s’excuser.
I’m just kidding. Heheheh. Come on, it’s a joke. I’m just joking… Okay. Fine. I’m not joking. Deal with it.
Le couple que Bear fantasmait devient infernal.
Bear ne veut pas revenir en arrière. Il ne veut pas non plus que Nikki redevienne elle-même, il voudrait juste qu’elle redevienne cette personne qu’il voulait réussir à maitriser.
Just be Nikki!!
C’est trop tard. Nikki a pris l’ascendant (cf L’Enfer). Elle ne le laisse pas respirer.
What are you doing?
I’m going to the bathroom Nikki, can I do that?
Can you tell me you love me?
Une pression physique, et mentale, de tous les instants. Comme un mâle toxique, Nikki renvoie la responsabilité sur Bear (cf Mon Roi). Forcément, elle pousse Bear à bout. Et ce n’est jamais la faute de Nikki.
I’m sorry you had to see this baby, but it’s kind of you’re fault. (…) Remember you wanted this.
Si Bear est une victime, il est une victime de son propre désir. Sans le savoir, il a voulu tout cela. Il y a d’ailleurs quelque chose d’hypocrite dans le fait que Bear se plaigne que Nikki soit folle, qu’elle soit obsédée par lui et qu’elle ne le laisse pas tranquille… puisqu’il a précisément souhaité que Nikki l’aime plus que tout au monde.
Sans oublier que la véritable victime reste d’abord Nikki. Si Bear parait souffrir, la vraie violence reste celle qu’il a exercée sur Nikki en supprimant sa liberté de choisir. La personnalité de Nikki a été littéralement transformée en une version monstrueuse d’elle-même. C’est Bear qui a décidé de tout cela. Bear est l’unique responsable.
Que cela serve de leçon à tous les obsédés. Qu’ils arrêtent de penser aux femmes toutes les 5min, et qu’ils se concentrent plutôt sur la maitrise de leurs jeux vidéos (cf Wargames).
LE TRAILER
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