LA CITÉ DES ENFANTS PERDUS
Marc Caro, Jean-Pierre Jeunet, 1993
LE COMMENTAIRE
Certains enfants ont la chance de grandir dans une environnement propices à leur épanouissement. Ils deviennent des adultes sympas et des éléments productifs de la société. Par contre, d’autres enfants peuvent être abusés par des tortionnaires. Ces enfants là risquent malheureusement de finir comme de vieux bonhommes aigris, sans un poil sur le caillou et avec des chicots pourris.
LE PITCH
Des enfants s’allient pour libérer d’autres enfants prisonniers d’un savant fou.
LE RÉSUMÉ
Krank (Daniel Emilfork) vit sur une plateforme avec son équipe composée de Mademoiselle Bismuth (Mireille Mossé), des clones (Dominique Pinon) et un cerveau conservé de Irvin (Jean-Louis Trintignant). Le scientifique y conduit des expériences. Il fait capturer des enfants pour pénétrer leurs songes.
Les orphelins, c’est pas ça qui manque.
Car Krank est dépressif : il ne peut plus rêver. Malheureusement, tous les enfants font des cauchemars.
Qui a volé le rêve de l’enfant ? C’est Krank le méchant savant. Mais la belle histoire a viré au cauchemar. Le grand génie a du dépit…
Irvin fait remarquer à Krank que le problème vient peut-être de lui.
Il m’est venu une idée cette nuit. Si tu n’obtiens de ces enfants que des cauchemars, c’est que peut-être le mal est en toi ? Pourquoi ne pas chercher la raison de tes tourments dans l’étude moléculaire de tes propres larmes ?
Les Cyclopes, qui travaillent pour Krank, capturent Denrée (Joseph Lucien), le petit frère de One (Ron Perlman) un grand gaillard qui travaille dans un cirque pour un saltimbanque (Ticky Holgado).
One se met à la recherche de son petit frère. Il va être aidé dans sa quête par Miette (Judith Vittet), une petite miséreuse exploitée par la pieuvre (Geneviève Brunet, Odile Mallet) et Marcello (Jean-Claude Dreyfus).
Miette et One embarquent à bord du sous-marin de l’original (Dominique Pinon), un ancien assistant de la plateforme que Krank a passé par dessus bord. Ensemble, ils le chemin vers la plateforme grâce à une bouteille à la mer jetée par un clone influencé par Irvin.
Puisse quelqu’un trouver mon appel. Qu’on en finisse.
Pour libérer Denrée, Miette doit affronter Krank dans son rêve. Elle propose au savant de prendre la place de Denrée. Puis elle contrôle le rêve de Krank et l’emprisonne dans un cauchemar sans fin fait de puces empoisonnées.
One, Denrée et Miette s’enfuient alors que l’original fait exploser la plateforme.
L’EXPLICATION
La Cité des Enfants perdus, c’est mettre la responsabilité sur le dos des victimes.
Beaucoup de philosophes ont parlé de la manière dont on perçoit le monde. Le mythe de la caverne de Platon donne à penser que les prisonniers ne voient que des reflets de ce qui se passe vraiment au dehors (cf Allégorie citadine). Kant a conclu qu’il était impossible de connaître le monde en dehors des structures de l’esprit (cf Backrooms). S’il y a une vérité, on ne peut pas l’atteindre. Cela s’applique également aux explications de film. Enfin, Schopenhauer dit que le monde n’est que la représentation que l’on s’en fait. Sans parler des scientifiques qui prouvent que cette représentation n’est qu’une simple affaire d’impulsions électriques dans le cerveau.
Dès lors, on peut voir le monde à travers le filtre des chaînes de TV (cf The Truman Show, les nouveaux Chiens de Garde), ou le filtre des réseaux sociaux (cf The American Meme). On peut considérer la magie du monde en imaginant qu’il est fondamentalement beau. Même s’il brûle par ailleurs ou que la société donne l’impression de se déliter. On peut croire que les gens sont naturellement altruistes et qu’une main peut être tendue. La solidarité est envisageable (cf La Belle Verte).
Celles et ceux qui ne rêvent plus, comme Krank, voient le réel pour ce qu’il est : sombre (cf Matrix). Un univers steam punk qui peut éventuellement plaire à certains adultes, mais dans lequel c’est chacun pour sa peau. Car l’homme y est un loup pour son prochain. Ce monde n’a ni douceur, ni saveur (cf Brazil). On n’y voit jamais les rayons du soleil.
Il n’y a tellement rien de joyeux que les non-anniversaires (cf Alice au Pays des Merveilles) se transforment en moments pénibles auxquels on aimerait pouvoir échapper. Les rêves sont précieux puisqu’ils offrent des portes de sortie (cf La Science des Rêves).
Violence et angoisse. C’est en substance le propos tenu par Gabriel Marie (Serge Merlin), le chef des Cyclopes.
Je suis venu au monde les yeux ouverts et j’ai vu le monde. C’était un monde de chiens lubriques. (…) Sachez que nous devons combattre les êtres humains sur leur propre terrain!
Dans ce monde, les enfants sont à la merci de la pieuvre. Ils sont exploités et doivent devenir des voleurs pour s’en sortir (cf Capharnaüm). Le choix de leur orientation scolaire n’est pas donné. Personne ne leur fait de câlins.
Sales gosses. Tous les mêmes. On peut vraiment pas compter sur eux.
Pire, dans ce monde, les enfants n’ont pas le temps d’être des enfants. Ils sont les proies de prédateurs comme Krank (cf 1 sur 5). Un savant fou qui pourrait tout aussi bien représenter la figure du pédophile. C’est à dire, l’homme qui veut dérober ce que les enfants ont de plus beau : leurs rêves.
Peux-tu m’expliquer pourquoi ces enfants ne font que des cauchemars ?
Parce que tu es leur cauchemar. Tu auras beau persécuter tous les enfants de la Terre, il y a une chose que tu n’auras jamais : une âme.
Dans ce monde bizarre, Krank est considéré comme un savant – pas comme un criminel. Bien qu’il kidnappe des enfants sur sa plateforme comme des monstres gardent des enfants dans leur cave. Et Krank renverse la réalité en se faisant passer pour la victime. Quand Irvin lui sert de miroir, Krank refuse de regarder la vérité en face (cf Memento).
L’homme qui nous a crées a fait de nous des monstres.
Non Krank, tu te trompes. Toi seul tu es le monstre.
Tais toi! Il est le seul responsable! Je ne suis pour rien!
Dans ce monde, c’est Krank que l’on qualifie de malheureux.
Les repères sont tellement inversés que la charge d’échapper au démon est attribuée aux enfants eux-mêmes. Cela parait injuste. Dans ce monde, les enfants doivent apparemment se démerder seuls pour s’en sortir (cf Il est revenu).
Miette a vraiment toutes les raisons d’avoir la dent dure.
On reviendra plus jamais!
LE TRAILER
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