LA BELLE VERTE

LA BELLE VERTE

Colline Serreau, 1996

LE COMMENTAIRE

Le style de vie baba a été érigé au rang de cool : Une grande communauté de gens pacifistes, souvent végétaliens, qui s’aiment tous et d’où ne ressort aucun problème (cf Problemos). Mais avant de se demander si cet idéal était atteignable (cf La Plage), on devrait peut-être se reposer la question de ce qui cool et ce qui ne l’est pas.

LE PITCH

Une femme retourne sur la planète de sa grand-mère.

LE RÉSUMÉ

Sur une petite planète loin de la notre, une communauté se retrouve au milieu des champs pour partager des denrées et quelques sourires, dans la paix et la joie. Le conseil réclame des volontaires à envoyer sur d’autres planètes dans la galaxie. Malheureusement, personne n’est chaud pour aller sur la planète bleue.

Qui veut aller sur la terre ? … Personne pour la Terre ?

La Terre en prend pour son grade.

Sur les autres planètes, ils nous apprennent des choses et nous aussi. (…) Sur Terre, ils se croient tous supérieurs à quelque chose. (…) Ils savent pas communiquer! (…) Si t’as pas de monnaie, t’as rien! 

Sans mentionner les régimes politiques autoritaires et la pollution. Cela ne donne effectivement pas très envie. Selon ces habitants, les terriens ne pourront évoluer que s’ils sont déconnectés.

Malgré tout, Mila (Coline Serreau) a envie de tenter l’aventure car sa mère vient de là-bas. Elle se porte volontaire pour partir… en France. Elle n’est pas déçue du voyage : crottes de chien sur les trottoirs, gaz de pots d’échappement, allergies en tout genre, insultes dans les boutiques ou dans la rue.

Ici c’est quoi comme ville ?

Vous vous foutez d’ma gueule ou quoi, vous êtes à Paris ici!

Mila a besoin d’eau pour communiquer avec sa communauté, et d’un nouveau-né à prendre dans ses bras pour se recharger. Elle se rend donc dans une maternité pour s’emparer d’un bébé abandonné par sa mère bosniaque, violée par des serbes. Macha (Marion Cotillard), l’infirmière de garde, redoute que l’enfant ne finisse à la DDASS.

Il a des poumons, un coeur mais s’il a pas de papier, il existe pas.

Donc elle l’emmène à la maison, où elle vit avec sa soeur Sonia (Claire Keim).

Mila déconnecte le chef de service (Vincent Lindon) pour qu’il leur vienne en aide. Il change radicalement d’attitude et ouvre les yeux sur sa vie, son couple et ses enfants.

On dit que les enfants sont le miroir de leurs parents… Je dois être un sacré connard!

Lorsque Mila communique avec ses deux fils, Mesaje (James Thierrée) et Mesaul (Samuel Tasinaje) tombent aussitôt amoureux de Macha et Sonia. Ils souhaitent rejoindre leur mère sur Terre. Par chance, ils atterrissent dans le désert au sein d’une tribu aborigène avec laquelle ils se trouvent immédiatement en harmonie.

Avant de repartir, Mila procède à quelques déconnexions : des joueurs de foot improvisent un ballet sur la pelouse du Parc des Princes, des concertistes électrisent leur audience et des hommes politiques annoncent un programme pour relancer l’emploi en direct à la TV.

Il est temps de repartir. Macha et Sonia sont recherchées par la police pour enlèvement. Elles embarquent le bébé pour une nouvelle vie sur la planète verte en compagnie de Mesaje et Mesaul, et de leur future-belle mère.

L’EXPLICATION

La Belle Verte, c’est un délire écolo-chrétien.

Chacun compose avec la réalité avec ses moyens. Certain·es l’affrontent avec beaucoup de courage, comme le personnel médical dans les hôpitaux par exemple (cf Hippocrate). Les autres la fuient aussi loin que possible – chacun·e à sa manière (cf Le Prestige). On ré-écrit l’histoire comme cela nous arrange (cf Once upon a time in Hollywood).

Au hasard : nier l’éventualité pourtant incontournable de la mort en s’imaginant qu’on puisse sauver héroïquement la planète de l’apocalypse (cf Moonfall). Dépasser l’ennui du quotidien en couple en vivant heureux avec beaucoup d’enfants, selon la formule consacrée (cf Basic Instinct). Éviter la prison en prenant une bretelle d’autoroute (cf La 25e heure).

Autant de façons de gommer toutes les imperfections de la vie pour se rapprocher d’une forme de perfection, dans la veine de ce qu’on peut trouver sur cette fameuse planète verte, sorte de délire écolo-chrétien.

Un monde utopique où tout le monde est intelligent. Respectueux de l’environnement. Où le bonheur se vit, plus qu’il ne se vise. On y pratique la télépathie. Enfin bref, un monde génial pour celles et ceux qui ont la chance d’y vivre (cf Elysium).

Une communauté quand même un peu cloisonnée car elle n’accepte pas n’importe qui en son sein. Ouverte, dans une certaine limite. Contrôle aux frontières, à quelques exceptions prêts comme la mère de Mila, ou Macha et Sonia qui ont visiblement bénéficié de visas amoureux.

Les Terrien·nes sont plutôt considéré·es comme des pèquenaud·es. Surtout en France. En particulier à Paris.

C’est pas toujours facile de supporter les sous-développés!

Car en province ou dans le désert, on trouve des autochtones beaucoup moins sous développés que ne le pensent les Parisien·nes.

La communauté de la planète verte est évoluée et elle le sait. Se considérant ni plus ni moins comme une assemblée divine – du côté Catholique. Lorsque Mila voyage en France, c’est dans une église qu’elle s’arrête en clin d’oeil à Jésus.

C’est le p’tit gars qu’on leur avait envoyé y’a deux mille ans et qu’ils ont crucifié ça…

La communauté de la planète verte est dotée du pouvoir de rendre les gens moins cons, tout en étant consciente qu’elle ne peut pas faire miracles. Quelques déconnexions sont permises. Après, ce sont aux gens de faire le reste. On doit se débrouiller par soi-même. Il s’agit d’une communauté éclairée, pas d’un état Providence!

Comme il est facile de penser la vie en rose du haut de la planète verte. Cracher sur le capitalisme, l’énergie nucléaire, les ordinateurs, les nuggets de poulet ou les fruits et légumes quand ce n’est pas la saison. Dénoncer la barbarie des Serbes. Méprises les agent·es de la DDASS. Se moquer de la bêtise des joueurs de foot ou de l’arrivisme des politiques.

Nous on a eu de la chance avec notre petite planète : une seule race, un seul climat, un seul développement, peinards!

La belle verte, c’est un peu comme la belle bleue ou la belle rouge. Un feu d’artifices.

Après quoi, il faut quand même rentrer chez soi. Parce qu’un monde meilleur c’est bien sympa mais demain, y’en a qui bossent (cf La Loi du Marché)!

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son auteur.

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