CURIOSA

CURIOSA

Lou Jeunet, 2019

LE COMMENTAIRE

On dit les voies du Seigneur impénétrables et les liens du mariage sacrés, c’est à dire dignes d’un respect absolu. À la vie, à la mort. Ces deux amoureux qui ne peuvent résister à l’idée de s’embrasser, pudiquement sous le voile de la mariée, doivent faire preuve d’un vénération quasi religieuse envers l’union sacrée. Il ne s’agit pas d’allumettes avec lesquelles on joue. On finirait sans doute par faire bien pire que de se brûler.

LE PITCH

Une jeune femme vit pleinement sa relation adultérine.

LE RÉSUMÉ

À l’aube du XXe Siècle, la jeune Marie de Heredia (Noémie Merlant) éprouve des sentiments très doux à l’égard de Pierre Louÿs (Niels Schneider), un photographe libertin. Cette attraction est parfaitement réciproque. Malheureusement, Henri de Régnier (Benjamin Lavernhe) dégaine les billets plus vite. C’est avec lui qu’elle devra se marier, à contre coeur.

Pierre ne peut se résoudre à ne plus voir Marie.

Ça me parait tellement étrange de vous appeler du nom d’un autre. 

Bien que l’artiste se soit entiché de la torride Zohra Ben Brahim (Camélia Jordana), tous les deux deviennent très vite amants. L’esprit de liberté de Pierre fascine Marie qui désire être immortalisée par le poète.

Sachez qu’il m’importe d’être photographiée dans des poses que la morale réprouve.

Henri finit évidemment par découvrir une relation qu’il est contraint de subir passivement, sous peine de voir Marie lui échapper définitivement. Une idée à laquelle il ne peut se résoudre.

Marie commence à souffrir de la non-exclusivité que lui accorde Pierre, qui part de temps en temps en Algérie pour retrouver Zohra. En son absence, elle ensorcelle Jean (Émilien Diard-Detoeuf) qui meurt d’amour lorsque Marie lui annonce qu’ils ne se reverront plus. Avec lui, elle s’était muée en photographe et avait repris les sales manies de son favori (cf The Master).

À son retour d’Algérie, Pierre découvre sa mouche, comme il la surnomme, enceinte d’un petit tigre qui prendra son nom. Henri permet tout. Il réclame néanmoins une faveur : pouvoir écouter leurs ébats de l’autre côté du mur.

La famille de Marie sombre dans des difficultés financières par la faute de la mauvaise gestion de Monsieur (Scali Delpeyrat). Madame (Amira Casar) consent à ce que sa petite dernière Louise (Mathilde Warnier) épouse Pierre, afin de profiter de sa dote – avec le consentement de Marie. Tous les trois entretiennent une relation adultero-incestueuse.

Les jeunes filles ont bien des excuses.

La vapeur des produits chimiques qu’il utilise pour développer ses clichés usent les yeux de Pierre qui finit ébloui par la beauté nue des deux soeurs.

De son côté, Marie écrit des histoires d’amour sous le pseudonyme de Gérard d’Houville. Elle est publiée par son mari. Ses récits rencontrent le succès.

Tout le monde aime les histoires d’amour.

Surtout lorsqu’elles sont scandaleuses.

curiosa

L’EXPLICATION

Curiosa, c’est le caractère féminin insaisissable.

On dit souvent que le mouvement de libération de la femme, né dans les années 70, est en train de connaître son printemps. Après s’être battues pour leurs droits (cf Hidden Figures), les femmes balancent désormais les porcs (cf Cujo) et prennent des postes de responsabilité en entreprise – même si les salaires ne suivent pas encore.

C’est un leurre car la femme est libre depuis déjà très longtemps. La marquise de Merteuil (cf Les Liaisons Dangereuses) avait déjà trouvé une manière de naviguer dans le labyrinthe des hommes, tout en évitant leurs pièges. Les femmes tuent (cf Basic Instinct, Le Baiser du Tueur). Elles savent qu’elles ne doivent leur salut qu’à elles-mêmes (cf Suspiria, La fille du train, Working Girl) et qu’il est de leur responsabilité de changer le monde (cf 20th century women). La femme a la possibilité d’écrire ses propres lignes (cf Mary Shelley). Marie de Heredia en est un exemple éclatant.

Pourtant, tout n’était pas gagné puisque sa mère l’a contrainte à se marier avec un homme à l’opposé de sa conception de la vie.

Le quotidien est bien ennuyant.

Non seulement Henri n’est pas très charmant, mais en plus il est ennuyeux. Extrêmement ennuyeux. Pas le genre d’homme avec lequel on a envie de flirter dans les couloirs. Marie a soif d’apprendre et Henri ne lui en donne ni l’envie, ni la possibilité. Tandis que Pierre est un aventureux romantique et gourmand. Il fait parler les corps et vois des sourires dans les plis des hanches.

J’aurais voulu tout photographier.

Plutôt que de se résigner, Marie va franchir la barrière. Au début du XXe Siècle, aller voir ailleurs n’était pas très bien vu. Rappelons que jusqu’à en 1975, l’adultère était encore une faute pénale en France.

Cependant, Marie brave les interdits pour voir son amant. Surtout elle veut profiter de son indépendance et des plaisirs que la vie a à offrir. Personne ne doit lui dicter sa conduite, à commencer par sa mère ou son mari. Son amant non plus ne doit pas lui donner de tourments.

C’est moi que tu aimes n’est-ce pas?

Non. C’est lui. Nous deux c’est pour rire.

Pour pleurer.

La passion est comme une drogue à laquelle elle s’adonne pleinement, afin de mieux profiter de ses effets hallucinatoires. La descente reste douloureuse. Une phrase maladroite de Pierre peut la contraindre à vouloir quitter immédiatement l’opéra. Son absence pour se rendre au Maghreb afin de retrouver une autre la blesse terriblement. Marie découvre la jalousie enfermante (cf L’Enfer). Elle renonce à tout, pour mieux profiter.

J’ai l’habitude de souffrir moi.

Elle ne peut pas oublier Pierre, alors elle abdique. La femme se sait capable de tout, bien plus que n’importe quel homme. Elle jure à Pierre qu’elle n’a jamais cessé de lui appartenir alors qu’elle n’appartient qu’à elle même. Elle l’aime assez pour le partager, avec sa propre soeur.

Marie n’est enfermée ni par sa mère, ni par son mari, son amant, son enfant ou même ses photographies. Elle est fille, soeur, femme, maîtresse et mère à la fois sans être fixée dans aucun album photo. Marie devient surtout romancière sans pouvoir l’être en son nom propre ce qui la prive de la gloire (cf Le Prestige). Qu’importe. Elle est parvenue à dépasser toutes ces considérations. Si elle est l’esclave de quelque chose, ce n’est que de ses plaisirs.

En dehors de quelques chagrins, cette vie lui aura permis de profiter pendant 87 années. La liberté conserve!

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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