GET OUT
Jordan Peele, 2017
LE COMMENTAIRE
La vie prend parfois des allures de film d’horreur. Certaines paroles perdurent encore aujourd’hui (cf Le 13e) alors qu’elles semblaient appartenir à une époque révolue (cf Detroit, Mississippi Burning, LA 92). Confirmant la citation de Pierre Dac : Quand on voit ce qu’on voit et qu’on entend ce qu’on entend, on a bien raison de penser ce que l’on pense… On essaie de rester philosophe, mais quand même.
LE PITCH
Un homme subit une version raciste de Mon Beau-Père et Moi.
LE RÉSUMÉ
Chris Washington (Daniel Kaluuya) file le parfait amour avec Rose Armitage (Allison Williams). Après cinq mois ensemble, le moment est venu de rencontrer les parents de sa copine – malgré les avertissements de son pote Rod Williams (Lil Rel Howery). En effet, Chris est afro-américain et la couleur de la peau reste un sujet explosif comme le rappelle leur arrestation par un agent de police.
Chris est accueilli par Dean (Bradley Whitford) et Missy (Catherine Keener) Armitage, à bras ouverts. Cependant, Dean profite de la première occasion pour semer le trouble.
I do not like the deer, I’m sick of it, they’re taking over, they’re like rats, they’re destroying the ecosystem. I see a dead deer on the side of the road and I think ‘That’s a start’.
Chris n’est pas à l’aise avec le second degré de cette belle famille dont les employé·es de maison, Georgina (Betty Gabriel) et Walter (Marcus Henderson), sont noir·es. Cela rappelle forcément des mauvais souvenirs (cf 12 Years a Slave). L’arrivée tardive de Jeremy (Caleb Landry Jones) va accroître le malaise.
Chris se réveille dans la nuit et se fait coincer par Missy qui l’hypnotise. Le lendemain, les Armitage ont des invité·es qui se fendent tous d’une petite réflexion raciste à l’encontre de Chris. Logan King (LaKeith Stanfield), le seul autre noir de la fête, n’est pas inconnu de Chris. Il se comporte bizarrement, comme anesthésié. Chris essaie de le prendre en photo discrètement et déclenche son flash par erreur, ce qui semble faire revenir Logan à ses esprits. Il invite Chris à s’enfuir.
Get out!
Décidément peu rassuré par ce qui se passe autour de lui, Chris envoie la photo à son pote Rod. Logan est en fait Andre Hayworth, kidnappé il y a quelques mois auparavant. Chris est pris au piège d’un plan monstrueux visant à donner la vie éternelle aux Armitage. Rose séduit les victimes qui vont servir de réceptacles pour le cerveau de quelqu’un d’autre.
A mind is a terrible thing to waste.
Chris passe du statut d’invité à celui de lot de tombola, remporté par Jim Hudson (Stephen Root) qui veut retrouver la vue. Quand Chris demande à Jim pourquoi des noir·es, ce dernier lui répond que c’est parce qu’ils sont à la mode.
Chris parvient à s’enfuir grâce à son pote Rod venu à sa rescousse et qui en profite pour lui refaire une leçon de morale au passage.
Man, I told you not to go in that house!
L’EXPLICATION
Get Out, c’est la fin du mythe de Benetton.
On a longtemps cru que le meilleur moyen de prévenir les conflits était de faciliter la collaboration. C’était le postulat. L’Union Européenne en était la preuve vivante. La CEE a été crée en 1957 et a permis au Vieux Continent de vivre sans guerre majeure plus d’une soixantaine d’années – si l’on passe sous silence l’épuration ethnique en ex-Yougoslavie. Soixante ans, c’est pas mal. De la même manière, le métissage pourrait être considéré comme l’antidote au racisme (cf Les Olympiades, Dreams).
Le jour où l’on partagerait toutes et tous le même toit, et surtout le même portefeuille ou mieux le même sang, alors c’est sûr : on n’aurait plus aucune raison de se taper dessus. Suivant cette logique, on se doit d’encourager le couple Chris-Rose.
Ce modèle est apparemment cassé, voire mensonger.
La faute à cette famille de blancs qui tuent des noir·es pour mieux assouvir leur soif d’éternel. D’autant plus regrettable que les Armitage sont racistes. En effet, ils ne tuent effectivement pas n’importe qui. Puisqu’ils ne choisissent leurs victimes que parmi la communauté noire… pour la puissance de leur physique ou leurs aptitudes sexuelles, donnant ainsi raison à Rod.
White people love making people sex slaves and shit!
Les préjugés les plus nauséabonds remontent soudainement à la surface.
Oh white girls… they get you every time.
Chris ne cautionne évidemment pas ces préjugés mais il est un peu passif : il tend sa carte d’identité à l’agent de police. Répond poliment aux parents qui le provoquent. Fait des sourires aux invités. Il se positionne comme un témoin du monde, en qualité de photographe.
Les événements vont faire de lui un acteur. Obligé de passer à l’action et réussissant au passage un beau pied de nez en se bouchant les oreilles avec un peu de coton. Le coton n’asservit plus (cf 12 Years a Slave), il libère.
Chris reste malgré tout le noir de l’histoire, fait prisonnier par des blancs qui veulent s’en servir comme d’un esclave. On pourra s’étonner que les Armitage sélectionnent des noirs, censés être la crème de la crème, pour les cantonner au rang d’employé·es de maison. On se parle quand même des grands-parents de Rose! La mamie au plumeau! Bonjour le cadeau. Merci la vie éternelle. Les classes moyennes américaines ne sont visiblement plus à une incohérence près dans leur monstruosité.
Voilà encore des bourgeois·es bien pensant·es qui, parce qu’ils ont voyagé à travers le monde, se croient permis des pires ignominies. Le racisme n’est plus le fait de l’Amérique profonde (cf L’Âme divisée de l’Amérique), porté par quelques rednecks indécrottables perdus au fin de fond de leur cambrousse. Il redevient la mode au sein des familles aisées (cf Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu). Les Armitage sont répugnants tout comme leur fille, dont le féminisme progressiste n’est qu’un trompe l’oeil.
On ouvre donc grand les yeux sur la réalité faite de préjugés tenaces et on écrase une larme. Car au delà de l’échec du couple mixte, on comprend que la fracture est profonde et que la route est encore longue (cf Danse avec les Loups).
Après une telle expérience, comment imaginer que Chris ou Rod puissent se remettre en couple avec une personne d’une autre origine ethnique ?
LE TRAILER
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