SIMONE
LE VOYAGE DU SIÈCLE
Olivier Dahan, 2021
LE COMMENTAIRE
Beaucoup cherchent d’abord leur propre nom dans la liste pour va que l’on existe, se situer dans un classement ou valider une réussite. D’autres regardent le nom des autres pour se souvenir (cf The Watermelon Woman).
LE PITCH
Une femme victime de la déportation écrit l’histoire de France.
LE RÉSUMÉ
À l’aube de sa vie, Simone Veil (Elsa Zylberstein) souhaite que l’on n’oublie pas.
Bientôt s’éteindra cette génération qui ne devait pas survivre. Les livres seront alors les seuls dépositaires de notre mémoire.
Avant de livrer de grandes batailles pour faire bouger l’Assemblée Nationale, Simone Veil était Simone Jacob (Rebecca Marder). Son enfance fut heureuse dans le sud de la France avec sa mère Yvonne (Elodie Bouchez), son père André (Bruno Georis) et sa soeur Milou (Judith Chemla). Jusqu’à ce que la deuxième guerre mondiale éclate.
À mesure qu’elle s’est élevée dans l’arène politique, elle a rencontré de nombreux obstacles.
Vous allez tuer nos enfants, détruire notre pays, ses valeurs, sa jeunesse. Tout ça pour satisfaire une poignée de féministes déchaînées, homosexuelles pour la plupart. Pourquoi êtes vous aussi ignoble ?
(…) Sale juive!
(…) Pourquoi ils m’attaquent comme ça ?
Ils ne supportent pas ce que tu représentes. (…) Les Français et le gouvernement voulaient oublier le passé. (cf Uranus)
On ne se défait pas de son passé.
Nous sommes des victimes honteuses, des ‘deportées ratio’ comme ils disent. Pas des resistantes honorables. Que sommes nous? Nous sommes l’épine dans la memoire collective, nous sommes pour toujours leurs fantômes…
Grâce à son courage, Simone Veil ne s’est pas laissée écraser par ce passé. Elle a survécu à l’horreur des camps où elle a pourtant perdu sa famille.
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Puis elle a rencontré son mari Antoine (Mathieu Spinosi), derrière lequel on lui recommandait de se ranger à l’époque.
Il faudra soutenir votre jeune mari madame.
Alors elle s’est lancée à son tour avec beaucoup de détermination, et c’est Antoine (Olivier Gourmet) qui l’a soutenue dans ses combats pour les droits des femmes. Une carrière politique brillante au cours de laquelle elle a toujours été fidèle à ses idées. Ce qui l’a conduit à la présidence du Parlement Européen.
Simone Veil fut une femme lucide et admirable, dont la parole compte plus que jamais.
Nous sommes faits de ce qui nous a précédé, et pour partie nous engageons l’avenir. Aussi, lorsque j’entends aujourd’hui des revendications mémorielles qui, quelle que soit leur légitimité, banalisent la Shoah comme un épisode qu’il convient de relativiser et de passer aux oubliettes de l’histoire, je me demande vraiment si notre société n’est pas en train de se perdre et de confondre tous les combats, droits et devoir et de confondre le mensonge avec la vérité et d’entrainer la jeunesse sur les chemins de la haine, du racisme, de l’antisémitisme et de la xénophobie. Les faux prophètes sont nombreux en France et en Europe et dans le monde pour entrainer les plus faibles d’entre nous sur ces chemins. Ils nous appartient d’y faire échec.
L’EXPLICATION
Simone, le voyage du siècle, c’est ne pas se laisser emporter par le pire.
Dans leur échange, Boris Cyrulnik et Tzvetan Todorov sont arrivés à la conclusion que la tentation du bien était sans doute plus dangereuse que la mémoire du mal. Toutes celles et ceux qui ont voulu inventer un monde nouveau ont fait fausse route dans des proportions catastrophiques, au nom du bien. Inversement, celles et ceux qui se souviennent du mal commettent moins d’erreur.
Ce que semble confirmer le voyage de Simone Veil à travers le XXe siècle.
Une femme qui tient absolument à se rappeler comment le monde peut dériver vers le mal, afin d’éviter que cela ne se reproduise à nouveau. Elle a été la témoin de ce que l’on pouvait faire de plus affreux à autrui. Contrairement à d’autres, elle sait parfaitement de quoi elle parle.
Il est important pour elle de se rappeler car elle connait les chemins sinueux qui conduisent vers le pire. Elle a vu trop d’individus les emprunter, par paresse ou par faiblesse. Plus jamais elle ne veut avoir à affronter le pire. Donc il faut trouver une manière de lutter contre cette spirale.
Cela commence par ne pas se laisser détruire par ses souvenirs douloureux. Bien qu’elle ait été elle-même victime de la haine, Simone Veil est restée une profonde optimiste. Elle a préféré se laisser guider par une volonté farouche de liberté, plutôt que par une soif de vengeance (cf Munich). Construire sur les ruines plutôt que de repartir de zéro. Défendre l’avortement, au nom de la vie.
Tout cela face à des opposants aux pieds englués dans leurs principes nauséabonds. Les vieux réflexes reviennent vite. C’est la raison pour laquelle il faut sans cesse rester vigilant·e. Elle a toujours su maintenir le cap face aux insultes.
Elles ne méritent pas le nom de femmes puisqu’elles se prennent pour des hommes!
Simone Veil a du trouver une manière de remotiver des personnes qui avaient abandonné les armes. Son énergie lui a permis de raviver la flamme chez beaucoup de Français·es qui ont senti que ses mots n’étaient pas que du discours.
Avez vous le pouvoir de changer le monde, ou c’est foutu ?
Personne n’est destiné·e au malheur.
C’est ainsi qu’elle a avancé, non pas vers un monde utopique mais vers un monde meilleur dans le soucis de se libérer des contraintes du passé. Elle a construit, malgré les vents contraires de ces hommes qui ne font de place à personne.
Simone Veil a entrepris sans relâche, sans écouter celles ou ceux qui lui conseillait de prendre son temps.
Tu vas vite simone!
Je n’ai jamais été patiente en politique.
Encore plus qu’une consécration à Strasbourg, c’est la reconnaissance quotidienne des femmes qui comptait davantage à ses yeux et qui confirmait que tout cela en valait la peine.
Merci de ce que vous faites pour les femmes.
Simone Veil a du s’employer face aux parlementaires. Elle s’est énervée parfois, et a su hausser le ton quand c’était nécessaire. Jamais cette icône du féminisme ne s’est découragée. Petit à petit, elle a cimenté de belles pierres à l’édifice.
Chaque avancée, même mineure, est importante.
Par respect pour le passé et pour le futur, il ne faudrait pas laisser certain·es déconstruire tout son travail. S’élever contre celles et ceux qui ont cédé à la pulsion de mort.

