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BLINDNESS

BLINDNESS

Fernando Meirelles, 2008

LE COMMENTAIRE

Par orgueil, on fait de son mieux pour ne pas se montrer sous son vrai jour – chaque jour (cf Masques). On fait semblant, comme tout le monde. C’est une manière de passer inaperçu·e. Pourtant, il y a toujours une personne pour mieux voir que les autres.

LE PITCH

Une ville est frappée par une épidémie de cécité.

LE RÉSUMÉ

Un conducteur (Yūsuke Iseya) reste à l’arrêt alors que le feu est passé au vert, dans un tonnerre de klaxons. Il est devenu aveugle. Un passant (Don McKellar) lui propose de le reconduire à la maison. La femme du conducteur (Yoshino Kimura) l’y attend. Elle consulte un ophtalmologiste (Mark Ruffalo) dans la foulée. Celui-ci ne voit bizarrement rien d’anormal.

Cependant, le lendemain matin, c’est au tour du spécialiste de perdre la vue. Il craint de contaminer sa femme (Julianne Moore).

It’s infectious!

Il est transféré par les autorités dans un asile où sa femme l’accompagne (cf Shutter Island). Là-bas, deux de ses patients (Alice Braga, Mitchell Nye) l’y retrouvent. Ils doivent apprendre à vivre ensemble, différemment.

What I hope is that we can go on living together. As we are.

Il faut prendre son mal en patience et suivre un fil pour s’orienter. Rapidement l’asile se transforme en dépotoir à mesure que d’autres malades sont confinés.

We’re on our own!

Les gardiens ne laissent personne sortir afin de ne pas accélérer la propagation du virus (cf Contagion).

À l’intérieur, une faction emmenée par un barman (Gael García Bernal) prend le contrôle de l’alimentation et dérobe les bijoux des autres en échange de nourriture.

There’s gonna be a lot of changes around here. Number one : you wanna eat, you’ll have to pay for it. I guess that’s it.

Avant de rapidement réclamer des faveurs sexuelles…

Women for food. Have a good day.

Dans cet enfer, la femme de l’ophtalmologue est la seule à ne pas avoir perdu la vue – et l’espoir. Elle va couper la tête du tyran et permettre à son groupe de quitter l’asile.

We’re free!

À l’extérieur, la ville a été ravagée. Des zombies aveugles errent dans les rues, au milieu des rats, à l’affut de la moindre chose à manger. La femme guide ses ami·es vers son domicile où toutes et tous seront à l’abri.

Quand enfin, le conducteur retrouve la vue.

Au fil des jours, les survivant·es ouvrent à nouveau les yeux. La femme de l’ophtalmologue se sent soudainement bien seule.

They would see again. This time, they would really see. But who would be so timid as to cling to this blanket of blindness? Who would be so foolish as to fear that its intimacies might be lost? And what of this woman who is now so strangely silent. Who has borne such a terrible weight and is now so suddenly free? Already she could imagine the voices of the city, shouting: « I can see! » « I’m going blind », she thought.

L’EXPLICATION

Blindness, c’est mieux vaut ne pas être lucide.

Face à l’énigme de l’existence, il y a deux écoles.

Une majorité veut croire que l’on peut trouver un début de réponse – à défaut de percer le mystère (cf Retour vers le Futur 3, Le Sens de la Vie). Donc on se lève le matin pour continuer cette quête de révélation. On se prend la tête en long, en large et en travers dans l’attente d’un moment de vérité qui pourrait tout expliquer (cf The Game), mais qui ne vient jamais. Dans cette configuration, il s’agit d’apprendre à vivre dans un état de frustration permanente.

We’re in a state of crisis.

Les autres n’ont pas envie de se faire des noeuds au cerveau pour rien. Dans ce cas, on se contente de son quotidien : feu rouge, feu vert. On râle dans les bouchons pour aller au boulot (cf La La Land). Le weekend, on fait des barbecues entre ami·es et l’été on va à la plage avec les gamins (cf Camping). On attend les soldes avec impatience, avec l’espoir un peu fou de gagner les cent patates (cf Les Trois Frères, Les Tuche). Et surtout, on s’accommode très bien de cette vie.

It’s gonna be okay. There’s nothing else we can do right now.

La femme de l’ophtalmologue est plutôt dans la première catégorie, bien qu’elle s’en défende.

You’re afraid to close your eyes?

No. I’m afraid to open them.

Elle va faire l’expérience unique de voir les gens pour ce qu’ils sont vraiment. Puisque lorsqu’ils deviennent aveugles, ils n’ont plus aucun artifice derrière lequel se cacher.

I don’t want to know what you look like.

But how do we know each other?

I know this part of you with no name. And that’s who we are. Right?

On dit que perdre un sens permet de développer les autres. Comme si les aveugles devenaient des super-héros capable de mieux sentir les situations. Quand ils perdent la vue, les gens montrent surtout à quel point ils peuvent être ridicules en s’attachant bêtement à ce qui ne fait pas de sens.

He stole my car!

It doesn’t matter.

Ils se révèlent racistes, sans raison.

We can stick together.

I’m not giving my stuff up because a nigger says I have to.

Hey, we don’t know what race he is…

I can tell by his voice!

Dès que personne ne voit rien, plus besoin de ranger quoi que ce soit. La discipline s’évapore. Le concept de propreté disparait. On jette les poubelles n’importe où. Pire, on pisse ou on chie dans les coins.

Dans cet asile où la société s’est effondrée, tout ne tient plus qu’à bout de bras. L’équilibre social repose sur ce qui reste de valeurs morales. C’est à dire pas grand chose.

So, I just think that people should do whatever they feel like doing according to whatever morality they think they have left.

Les hommes du dortoir d’en face sont vite violents. Ils se servent de leur position dominante pour abuser des autres.

La femme de l’ophtalmologue est témoin de tout cela.

The only thing more terrifying than blindness is being the only one who can see.

Sa malédiction est que la vue lui permet de garder une forme de lucidité. Elle devient le guide des moutons égarés.

How lucky we are to have a leader with a vision.

Tout s’achève lorsque la vue revient. Non seulement la femme perd son statut particulier et se fond dans une masse qui ne donne pas envie, mais en plus elle a vu la véritable nature du monde. Impossible pour elle de revenir en arrière, même si elle aurait certainement préféré ne pas savoir. À présent, elle doit donner le change. Reprendre sa vie d’avant avec son mari. Peut-être donner une ou deux interviews sur son expérience. Faire semblant.

Alors qu’elle se demande plus que quiconque si tout cela en vaut vraiment la peine.

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son auteur.

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