LA LA LAND

LA LA LAND
Damien Chazelle, 2016

LE COMMENTAIRE

La rencontre de l’autre est la grande impossibilité de ce début de siècle. Rencontrer un animal sauvage reste un exercice imprévisible. Marie Ange Nardi s’en souvient encore. La rencontre ethnique est plus que jamais sensible, la faute à trop de génocides (cf Elie et Dieudonné). Même la rencontre des genres est toujours explosive tant l’homme et la femme sont restés des énigmes l’un pour l’autre. En même temps, comment rencontrer l’autre quand on ne s’est pas encore trouvé soi-même?

LE PITCH

Immobilisés dans le trafic, Mia (Emma Stone) et Sebastian (Ryan Gosling) ne peuvent que s’insulter.

L’HISTOIRE

Mia et Sebastian se croisent la première fois dans les embouteillages de Los Angeles et partagent leur haine respective à coups klaxon et de doigt d’honneur.

Mia est serveuse dans un café et désespère de pouvoir enfin décrocher le rôle de ses rêves. En rentrant d’une soirée, Mia atterrit par hasard (?) dans un restaurant où Sebastian joue du piano, assis. Son improvisation jazzy séduit Mia, pas son patron (J.K Simmons) qui le vire sans pré-avis. C’est la seconde fois que Mia et Sebastian se croisent. La troisième fois sera la bonne.

It’s pretty strange that we keep running into each other.

Maybe it means something.

Ils se lient d’amitié. Tous les deux nourrissent de grandes ambitions. Elle lui fait découvrir le cinéma. Il lui apprend à aimer le jazz. Elle l’incite à lancer son propre club. Il la pousse à monter sur scène. Fatiguée de ses auditions ratées, Mia suit les conseils de son mec en lançant son propre one woman show. De son côté, Sebastian se voit offrir la possibilité de rejoindre le groupe de son ancien pote Keith (John Legend). Sebastian est sceptique quant au style neo-pop des Messengers. Keith parvient néanmoins à le convaincre. Le salaire fera le reste. Sebastian part en tournée et s’éloigne de Mia. Le couple se perd de vue. Le disque s’arrête. Sebastian n’est pas là pour assister à la première de son amie. Il n’y a d’ailleurs presque personne dans la salle ce soir là. C’est la goutte d’eau qui va faire déborder le vase à engueulades.

Les chemins de Sebastian et Mia vont se séparer. Mia repart chez ses parents dans le Nevada. Sebastian la branche néanmoins sur un plan casting de dernière minute. Ça sera le début d’une grande carrière et probablement aussi la fin de leur belle histoire. Ils le savent et se disent au revoir.

I’m always gonna love you.

I’m always gonna love you, too.

Cinq ans plus tard, Mia est devenue une actrice célèbre et une maman comblée. Après un dîner chic avec son mari qui ne l’est pas moins, elle atterrit par hasard (?) dans un club de jazz, le Seb’s.

Mia réalise où elle vient de mettre les pieds. Sebastian l’aperçoit et joue un morceau nostalgique à son attention. Tous les deux se prennent à imaginer ce à quoi aurait pu ressembler leur vie ensemble. Le morceau s’arrête. Mia prend la décision de partir. Elle échange un dernier regard avec Sebastian qui lui sourit en retour. La musique peut reprendre.

L’EXPLICATION

La La Land c’est la paix des braves, au sens du Général de Gaulle.

La réalité de la guerre nous rattrape. On est d’abord rattrapé par la violence du trafic urbain. On est pris au piège de la routine de notre quotidien fait du job tout pourri chez Starbucks et de faux-castings où l’on n’a qu’une minute pour jouer sa vie devant un jury qui n’a même pas la politesse de décoller les yeux du smartphone.

On est rattrapé par une modernité qui court toujours plus vite que nous. Sebastian est un musicien hors-jeu parce qu’il a raté le virage du launchpad. Il est devenu old school, à se battre pour préserver ce jazz qu’il aime tant. Il n’évolue plus. Pire, il empêche sa musique de progresser. Il est dépassé par ce connard de Keith qui, lui, a su parfaitement surfer sur la tendance.

How are you gonna be a revolutionary if you’re such a traditionalist?

On est rattrapé par les saisons qui font qu’on est bien forcé de passer à autre chose. Sebastian finit lui-même par changer.

It’s time to grow up!

La réalité c’est aussi que dans la vie on ne fait que se croiser. Comme Mia en plein dans le doute et Sebastian en plein dans son entêtement. Tous les deux vont se trouver l’espace d’un instant, le temps d’évoluer ensemble. Sebastian a besoin de quelqu’un qui le canalise et l’oriente, comme Mia. Mia au contraire a besoin de quelqu’un qui lui botte les fesses et la tire vers le haut. Sebastian n’hésitera pas à aller la chercher jusque chez ses parents, en plein désert pour la remettre dans le circuit. Mia le mettra face à ses contradictions.

You said yourself no one wants to go that club. No one wants to go to a club called ‘Chicken on a Stick.’

So change the name!

Dans la vie, on se croise puis on se perd. On se trouve de bonnes raisons avant de se trouver de fausses excuses. On se comprend puis on ne se comprend plus. Jusqu’à ce qu’on se perde pour de bon, avant de se recroiser de nouveau. On s’éloigne et on revient, comme dans une chanson de Fauve. La musique s’arrête puis reprend toujours. 1,2… 1,2,3,4…

Dans cette réalité yo-yo qui s’impose à nous, à nous donner le vertige et la nausée, autant danser un peu avant de remonter dans la fournaise de sa voiture. Autant voir la vie comme une comédie musicale, pendant qu’on le peut. Et puis d’abord chacun est libre de se faire le film qu’il veut.

You could just write your own rules.

Rien ni personne ne doit pas nous empêcher de nourrir des ambitions folles et de suivre nos passions, quelles qu’elles soient.

People love what other people are passionate about.

La règle c’est simplement de se promettre de ne pas se perdre dans nos fantasmes. Bien sûr on aimerait tous une vie rêvée, en plan séquence et sans fausse note. On voudrait tous que Sebastian lâche son piano pour embrasser Mia, qu’il refuse l’offre de Keith, qu’il soit là lors de la standing ovation et que le couple ait un enfant ensemble. Ça n’arrive pas. C’est comme ça. Dans la réalité, des erreurs on en fait plein. Dans la réalité de Sebastian, Mia n’a pas sa place. Et inversement. Et c’est pas grave. Il faut juste savoir l’accepter sans se taper la tête contre les murs.

On a le droit d’être un peu nostalgique des bons moments passés. On a le droit de songer à ce qu’aurait pu être un hypothétique futur. Il ne faut pas vivre avec des regrets. D’abord parce que ça ne sert à rien. Ensuite parce que Souchon en a fait une chanson qui n’était pas sa meilleure et de loin. Sebastian et Mia font la paix entre eux, avec eux-mêmes et avec la vie. Ils n’abdiquent pas. Ils acceptent juste les choses telles qu’elles sont.

Quittons nous bons amis, sur un sourire. Et puis de toute manière, on ne se quitte jamais vraiment quand on ne fait que se croiser.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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