AU HASARD BALTHAZAR

AU HASARD BALTHAZAR

Robert Bresson, 1966

LE COMMENTAIRE

Les ânes pensent aux contes de Hans Christian Andersen non sans un certain agacement. Pourquoi le vilain petit canard se transformerait-il en cygne, tandis que les ânes devraient subir des injures répétées toute leur existence ? Ce n’est pas juste. Pourquoi faisait-on porter aux cancres un bonnet d’âne ? Les ânes ne pourraient-ils pas avoir le droit à une meilleure considération ?

LE PITCH

Un âne tente de survivre dans l’enfer des Pyrénées.

LE RÉSUMÉ

Tout va bien au Pays Basque. Marie (Anne Wiazemsky) s’est prise d’affection pour Balthazar, un âne que vient de se procurer son père (Philippe Asselin). Elle flirte avec Jacques (Walter Green) qui lui dit des mots doux.

Balthazar bosse dur, mais il peut compter sur Marie qui le dorlote.

Puis les affaires se compliquent entre le père de Marie et celui de Jacques, ce qui affecte la relation entre les deux adolescents.

Des lettres sont arrivées à la maison, toutes anonymes, prétendant que la vente s’était faite sur le dos de mon père au profit du tien.

C’est ignoble.

Oui, c’est ce que coûte à ton père sa réussite : l’envie, la jalousie des gens…

Papa est irréprochable!

Ô Marie comme tout est resté pareil. Et toi Marie, tu es encore plus belle. Tu te souviens de ce que je t’ai promis il y a beaucoup d’années sur ce banc ? Que je n’en aimerai pas d’autres.

Mais moi Jacques, je ne suis pas sûr de t’aimer.

Marie ne s’occupe plus autant de son âne. Le père de Marie doit d’ailleurs le vendre au boulanger (François Sullerot).

Gérard (François Lafarge) travaille pour le boulanger. Il maltraite Balthazar, et il abuse de Marie.

Ce garçon, qu’est-ce que tu trouves en lui ?

Je l’aime. Est-ce que l’on sait pourquoi on aime ? Il me dit ‘viens’, je viens. ‘Fais ça’, je le fais.

Pauvre petite…

Je le suivrais jusqu’au bout du monde. Et s’il me demandait de me tuer, je me tuerais pour lui.

Un vagabond du nom de Arnold (Jean-Claude Guilbert) hérite de l’âne. Cet alcoolique maltraite également Balthazar, qui réussit à s’enfuir une première fois. L’animal change de mains. Il est récupéré par un cirque qui l’exploite pour réaliser des numéros.

En plus d’être abusée par Gérard, Marie s’offre à un marchand (Pierre Klossowski).

Je ne vous demande qu’une petite place, là sur la paille. (…) Si vous voulez, je vais vous embrasser… 

Comme son âne, elle aimerait également s’échapper.

J’ai toujours voulu m’enfuir.

Son histoire d’amour avec Jacques n’aura jamais lieu.

Toi tu vois l’allée, ce banc, nos deux noms sur ce banc, nos jeux avec Balthazar… Mais moi Jacques je ne vois rien. Je n’ai plus de tendresse. Plus de coeur. Je suis insensible. Ce que tu me dis ce sont des mots, ils ne me touchent plus. Nos sermons d’amour, les promesses enfantines que nous nous étions faites, c’était dans un monde imaginaire. Pas dans la réalité. La réalité c’est autre chose.

Elle veut en finir avec Gérard, qui la bat et la viole en compagnie de ses amis. À la suite de quoi, elle disparait.

Marie est partie. Elle ne reviendra plus jamais.

Le père de Marie ne s’en remettra pas non plus.

Gérard récupère Balthazar pour qu’il transporte sa marchandise de contrebande. L’âne parvient à partir dans la montagne, où il meurt au milieu des moutons.

L’EXPLICATION

Au Hasard Balthazar, c’est marche ou crève.

La nature du monde est sauvage (cf There will be Blood).

Ces champs ne nous appartiennent pas. Rien n’est à nous ici…

Quand les civilisations se développent, elles visent une prospérité qui s’appuie sur l’épanouissement des classes moyennes. Elles mettent ainsi en place des systèmes de protection sociale qui veillent à l’égalité des chances. On travaille avec le soucis de l’intérêt collectif. Il est possible de partager. Alors le succès profite à chacun·e (cf Un Homme d’Exception). Ce système requiert beaucoup d’altruisme et d’optimisme.

Qu’importe! Nous allons être heureux.

Marie et son père veulent y croire. Ils pensent que le monde est juste. S’ils travaillent bien, droits dans leur bottes, ils seront récompensés.

Plutôt que de croire en l’autre, les partisan·es du libéralisme croient davantage en eux-mêmes. Dans cette optique, l’égoïsme n’est donc pas un défaut (cf Wall Street). Bien au contraire, il faut penser à soi et se battre pour s’en sortir (cf À la Recherche du Bonheur). Personne ne fait de cadeau à personne. Si l’on renvoie l’ascenseur, c’est pour une bonne raison. On ne vit pas chez les Bisounours. Chacun pour soi. La compétition a des vertus. Ce ne sont pas forcément les meilleur·es qui réussissent mais les plus malin·es. Si cela ne leur plait pas, les faibles n’ont qu’à s’arrêter au bord de la route (cf Des Hommes d’Honneur, Adieu les Cons).

Le marchand partage complètement cette vision réaliste et pragmatique.

Vous ne croyez à rien ?

Je ne crois qu’à ce que je possède.

C’est ce qu’il explique à Marie, avec un brin de cynisme.

Voilà ce qui arrive quand on met l’honneur et la probité au dessus de tout. Ton père aura passé toute sa vie à se créer des devoirs et des obligations. Pour quoi ? Pour qu’il n’y ait pas un habitant sur dix qui croit à son innocence. (…) La vie n’est qu’un champ de foire. Un marché où la parole même n’est pas nécessaire, le billet de banque suffit. (…) Tout le monde ne voit pas les choses sous le même angle. On apprend vite qu’on peut tout se permettre et avoir en même temps l’estime, la considération des gens. C’est une question de culot, d’aplomb.

Le même marchand qui va profiter de Marie malgré leur différence d’âge, sans scrupule.

Je ne dois d’explication à personne.

Gérard l’a également compris. Il n’est pas vraiment ce qu’on peut appeler un romantique (cf L’Amour ouf). Par ailleurs, il vit au dessus des lois et fait parler sa force. Ainsi il peut développer son business et séduire Marie qu’il donne sans problème en pâture à ses amis. Cela peut paraitre injuste mais en attendant, Gérard ne finit pas derrière les barreaux.

Bizarrement, c’est plutôt le père de Marie qui doit payer.

C’est un tribunal qui vous condamnera par défaut si vous partez, je vous en avertis.

Sans surprise, c’est aussi le père de Marie qui meurt de chagrin.

Il n’y a décidément pas de justice. Marie n’a rien compris :

Ce n’est pas d’argent dont j’ai besoin, mais d’un ami.

Marie porte peut-être le prénom d’une sainte, elle n’en reste pas moins naïve.

Ô Jacques, combien de fois j’ai rêvé de toi. D’un garçon comme toi : honnête un peu nigaud qui venait me chercher et me disait : ‘viens sois à moi, ne crains rien ce n’est pas de ta faute’.

Elle va sortir du cadre sans même qu’on le remarque. Seule sa mère (Nathalie Joyaut) verse quelques larmes.

Au milieu de ce système, il y a Balthazar à qui l’on met des coups de pied dans le derrière pour qu’il avance et à qui l’on brûle la queue. Alors qu’il est capable de faire des multiplications, sans même être allé à l’école. Personne ne se rend compte de sa sensibilité (cf Eo). On s’en fout. Il marche avec résignation.

Quand Balthazar se met en marge du système, il crève parmi le troupeau prêt à être dévoré par les loups (cf Le Loup de Wall Street)…

LE TRAILER

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