ADIEU LES CONS

ADIEU LES CONS

Albert Dupontel, 2020

LE COMMENTAIRE

À force d’avoir le nez dans le guidon, on prend le risque de ne plus être capable de distinguer la route. Nous nous laissons volontairement happer par notre quotidien. Bizarrement, personne ne nous force à passer notre temps en réunion. Nous nous privons nous-mêmes des moyens de comprendre l’intérêt de notre existence. Comme si l’on espérait pouvoir trouver collectivement la solution lors d’un workshop. Le sens de la vie n’est pourtant pas écrit sur des post-it collés au mur.

LE PITCH

Deux désespérés se donnent la main.

LE RÉSUMÉ

Suze Trappet (Virginie Efira) apprend de la bouche de son médecin (Bouli Lanners) qu’elle souffre d’une maladie auto-immune et que ses jours sont comptés.

Tout dépend de ce que vous appelez avoir du temps…

Se sachant condamnée, elle se met en tête de retrouver l’enfant à qui elle a donné naissance il y a 28 ans lors d’un accouchement sous X, par la volonté de ses parents. Elle n’avait que 15 ans à l’époque.

De son côté, JB (Albert Dupontel) apprend de la bouche de son patron M. Kurtzman (Philippe Uchan) qu’il va être remplacé par un diplômé sorti d’école, malgré ses plans pour la division Nord et ses espoirs de reprendre la direction. Toute une vie pour rien (cf Monsieur Schmidt).

C’est le burn out (cf Chute Libre).

Je trouve ça trop injuste. Excusez ma grossièreté mais… adieu les cons! 

Malheureusement, sa tentative de suicide échoue et cause un blessé grave. Fait du hasard, Suze Trappet se trouvait dans les bureaux de l’administration à ce moment précis. Dans la confusion, la jeune femme en profite pour kidnapper le fonctionnaire qui peut l’aider à retrouver son dossier perdu dans les archives de la DDASS.

Par l’intermédiaire du Dr Lint (Jackie Berroyer), et avec l’aide de M. Blin (Nicolas Marié), JB et Suze retrouvent la trace de l’enfant : Adrien (Bastien Ughetto), un jeune normalien un peu nerd sur les bords, complètement amoureux et totalement empoté (cf Her).

Il écrit des poèmes bêtes. Il va pas bien, il est amoureux… Pauvre gosse! Il se cache. Y’a même pas son nom sur la boîte aux lettres.

JB pirate le système de sécurité de l’entreprise d’Adrien pour que le jeune homme se retrouve coincé dans le même ascenseur que Clara (Marilou Aussilloux), dont il est épris. Suze prend le micro et force la main à son fils, façon Mickey 3D.

Je t’aime, ce sont les mots les plus importants à dire dans une vie. Faut pas avoir peur de les dire.

Inspiré, JB avoue ses sentiments à Suze.

J’ai pas peur de dire que je tiens à vous.

Mis en joue par les forces de l’ordre, le couple est finalement exécuté sèchement alors qu’il est en train de s’embrasser.

L’EXPLICATION

Adieu les cons, ce sont les derniers romantiques.

Il n’est plus à démontrer que notre monde n’est pas pour les vieux (cf No country for old men). En effet, les jeunes ont imposé la tyrannie du temps réel, sorte de dictature du FOMO, et n’ont plus aucun respect pour la sagesse. JB en fait les frais. Son expérience ne sert à rien. Ses années de bons et loyaux services sont balayées d’un revers de la main par M. Kurtzman, sans scrupule, qui préfère choisir un jeune loup (cf Wolf).

Le système identifie chacun de ses éléments, se nourrit copieusement de leurs ambitions.

On compte sur vous.

Puis il les recrache purement et simplement quand ils sont épuisés. Les états d’âme des uns n’intéressent pas les autres. Marche ou crève. Celles et ceux qui sortent du circuit n’existent plus. (cf La Loi du Marché) Quand on perd son matricule, on n’est plus rien.

C’est pas parce qu’on craque qu’on est fou. (cf l’Armée des douze singes)

Attention. Il y a l’art et la manière de débrancher la prise. M. Kurtzman, con-plice du système, le fait avec un sourire à moitié gêné. Tout est fait discrètement. Surtout pas de scandale.

Ça reste entre nous. (cf Merci Patron!)

Il n’est plus, non plus, à démontrer que notre monde ne fait pas de cadeau aux travailleuses et travailleurs de l’ombre (cf Hidden figures). Les petites mains font le sale boulot, à s’en rendre malade, à l’image de Suze. Tout comme Kurtzman, son médecin met les formes. Il n’a même pas la politesse de lui annoncer qu’elle a une maladie incurable. En refusant de prendre ses responsabilités, il déshumanise la relation, niant le droit au patient d’entendre la vérité.

Malheureusement, il ne sert à rien de se plaindre. Personne n’entend rien. Et puis il faut d’abord prendre son ticket et faire la queue – comme tout le monde.

Si vous êtes pressée, on s’en sort plus. Vous comprenez, vous n’êtes pas seule.

En vérité, il s’agit d’un monde violent et qui n’a jamais vraiment cessé de l’être. La violence a simplement changé de nature. Elle est devenue plus sournoise avec le temps. On ne la voit pas venir, comme M. Blin.

La justice n’est pas aveugle. Par contre, l’autorité frappe dans le tas, sans faire de sentiment. Ni se soucier des conséquences.

C’est comme la police, quand elle se trompe ça fait des dégâts. (cf Un pays qui se tient sage)

Mener la révolution serait une trop grande bataille (cf Joker). Alors nous cherchons plutôt à nous conformer à ces règles absurdes, de façon à jouer ne serait-ce qu’un petit rôle dans ce système pervers. Avoir le sentiment d’exister. Seul JB a la présence d’esprit de réaliser que tout cela ne sert à rien.

Intégré dans un monde de tarés, je suis pas sûr que ça soit une réussite.

Autant en finir. C’est par dégoût que ce fonctionnaire dysfonctionnel veut se tirer une balle.

Suze lui prouve que tout n’est peut-être pas encore perdu, au moins pour les autres. Son combat n’est pas vain. En l’occurrence, il n’est pas encore trop tard pour la génération d’après : celle d’Adrien et Clara. Suze se fait la porte parole d’une romance empêchée. Elle va libérer la parole de son fils en lui faisant part d’une vérité.

Vous êtes coincés depuis longtemps j’ai l’impression…

Les forces de police executent les romantiques que sont Suze et JB. Reste à espérer qu’Adrien et Clara puissent ouvrir les yeux sur la réalité. Qu’ils quittent Courbevoie au plus vite pour aller s’installer dans un endroit où ils pourront être heureux. En marge du système, peut-être, mais où ils pourront vivre leur histoire libérés de leur ego (cf La La Land), sans redouter un hypothétique divorce (cf Marriage Story). Quelque part où ils pourront exprimer leurs sentiments, sans craindre d’avoir l’air ridicule ou de se prendre une balle dans la tête.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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