LES TALONS DE MA MÈRE
Lili Cazals, 2024
LE COMMENTAIRE
La parité va dans les deux sens, y compris lorsqu’il s’agit du genre. Si l’on ne devrait pas imposer aux petits garçons de devoir jouer avec un ballon dès leur plus jeune âge (cf 450 Grammes), on ne devrait pas non plus percer les oreilles des petites filles de force sous prétexte qu’elles sont des filles.
LE PITCH
Une mère kidnappe sa fille.
LE RÉSUMÉ
Gloria (Euphémia Vitte) embarque sa petite José (Lison Chabert) alors qu’elle était en train de jouer au foot.
José pose ce ballon. Je t’emmène avec moi!
Direction le centre commercial. Mais avant de descendre de voiture, il faut se faire belle.
Je trouve pas ton rouge à lèvres…
T’as les mains dégueulasses! Tu mettras tes mains dans les poches.
C’est effectivement un grand jour, comme Gloria l’annonce fièrement à la coiffeuse (Dalila Youb).
J’emmène José faire les magasins. C’est une première!
Gloria essaie de négocier une petite coupe de cheveux mais Natasha est inflexible : il faut prendre rendez-vous. Tant pis.
Quelle conne cette Natasha! Nan mais… ‘Ça fait longtemps ma belle.’ Ben oui ça fait longtemps pouffiasse! Vu comment tu fais tes colos, je vais pas te filer mon bif hein. Je sais pas comment elle a eu son CAP celle-là.
Petit passage obligé au magasin de bijoux pour regarder les boucles d’oreille. Aujourd’hui, José devient une fille.
T’inquiète pas, on va percer les deux oreilles en même temps, d’accord. D’abord on va les désinfecter et ensuite avec le petit pistolet on va les percer. Tu vas entendre un petit bruit. Ça fait pas mal du tout.
Gloria veut immortaliser le moment sur les réseaux sociaux sans plus attendre. Elle montre la photo à sa fille avant de la publier.
En commentaire tu mettrais quoi?
‘Merci les pouffiasses.’
Gloria n’est pas sûre de comprendre. Elle n’a pas le temps d’analyser qu’elle remarque une énorme tâche de chocolat sur le sweat de José. Une bonne occasion pour en acheter un autre. Plus joli. Rose.
Regarde le pull que je t’ai acheté. On va le mettre, dépêche toi!
Un dernier arrêt au magasin de sous-vêtements pour acheter un soutien-gorge. José n’a pas encore de poitrine. Elle ne sait pas lequel prendre.
Lequel tu préfères?
Je sais pas.
La journée ne fut pas une réussite. Cette petite virée au centre commercial n’a clairement pas enthousiasmé José, qui a refait sa queue de cheval.
Gloria se sent coupable. La mère regarde sa fille avec un air mêlé d’impuissance et d’inquiétude car elle se dit que non seulement José ne deviendra pas une cagole, mais en plus il pourrait bien que la gamine soit gay.
Bon allez viens ma crapette, on y va…
L’EXPLICATION
Les Talons de ma Mère, c’est comment on peut en venir à détester sa génitrice.
Une maman, on l’adore de manière inconditionnelle (cf Le Chateau de ma Mère). Au delà des difficultés qu’elle a du traverser pour mettre au monde, qui est en général quelque chose que l’on comprend bien plus tard (cf Mother!). Elle est toujours là quand on en a besoin (cf Mother), elle fait bien à manger, elle rassure, elle râle mais c’est elle qui range la chambre quand même. En somme, une maman est tout ce qu’un père n’est pas (cf Mommy).
Au cours d’une vie, il arrive que des brouilles se produisent, par exemple dans le cas de mères trop envahissantes dont on voudrait s’affranchir. Mais on se réconcilie toujours parce que l’on ne peut pas ne pas aimer sa mère (cf Lady Bird).
Sauf cas exceptionnels, comme celui de José.
Le style de José est malheureusement trop tomboy au goût de sa mère : José joue au foot (cf Comme des Garçons), elle n’a pas de poitrine, elle attache ses cheveux et ses sweats sont bleus XXL. C’est un drame pour Gloria qui préférerait sans doute que sa fille soit plus à son image, en suivant les clichés en vigueur dans le sud de la France faits de vernis à ongles colorés, tatouages, lunettes de soleil, chewing gum ou lingerie fine (cf Mektoub my Love). Cela serait sans doute plus normal aux yeux de Gloria.
Alors la mère prend les choses en mains. Elle n’accepte pas José pour qui il est et veut changer sa fille de fond en comble, de manière autoritaire en imposant sa propre vision de la féminité.
Dis au revoir à ton père!
Cette après-midi va donner toutes les raisons à José de détester sa mère.
On va où ?
… Surprise!
Quelle belle surprise en effet que d’aller faire du shopping. Ne se rendant compte de rien, Gloria a l’air toute contente de gâcher l’après-midi de sa fille. Prisonnière volontaire de la culture paternaliste, Gloria n’a visiblement pas compris que le football féminin est en plein essor.
Faire du shopping avec Gloria n’est pas ce que l’on pourrait qualifier de plaisant, car elle fait partie de ces gens qui ne cachent pas leur exaspération. José découvre un monde de boutiques qui lui est inconnu. Gloria n’a aucune patience et le montre. Cette initiation est un véritable échec.
C’est pas comme ça qu’on fait! Applique toi José, c’est en train de me gonfler là…
Cela ne donne pas envie d’y retourner.
Gloria est vulgaire dans sa manière de s’habiller, de sortir sa CB ou encore de parler. Elle pense faire une blague en proposant une cigarette à sa fille.
T’en veux une…?
Non non.
Ça va, je rigole!
On se marre.
Gloria est une égoïste. Lorsqu’elles vont dans la boutique de lingerie, son réflexe est de penser d’abord à elle.
Vous avez quoi pour les petites poitrines ?
Pour la jeune fille ?
C’est pas pour moi oui!!
Gloria est superficielle. N’importe quelle maman dirait de José qu’elle est la plus belle de la classe. Mais cela ne suffit pas pour Gloria qui publier sa photo sur les réseaux sociaux.
T’es trop belle! Fais moi un beau sourire s’il te plait.
Comme si cela ne suffisait pas, Gloria aboie des ordres à sa fille qu’elle a affublée d’un surnom ridicule.
Allez ma crapette!
Se faire appeler ainsi une fois, c’est déjà une fois de trop.
Non, José ne se relèvera pas de cette après-midi infernale qui marque le début d’une séparation avec sa mère qui ne fera que croître avec les années.
Devant la circonspection de sa fille, Gloria semble ennuyée. Mais qui sait ce qui peut vraiment traverser la tête d’une femme comme elle (cf On a tué mes Enfants)? Gloria est obligée de constater qu’elle n’a aucune affinité avec José. Peut-être se dit-elle qu’il lui faudra faire un autre enfant ?

