NUREMBERG
James Vanderbilt, 2025
LE COMMENTAIRE
Les personnes religieuses sont convaincues qu’elles devront répondre de leurs actes devant Dieu, lors du jugement dernier. En dehors de toute religion, les individus avec un minimum d’éthique s’imaginent qu’il devront, eux aussi, assumer leur bilan devant une plus haute autorité à un moment ou un autre. Même les monstres savent que tout le monde y aura droit.
LE PITCH
Des hauts dignitaires nazis s’apprêtent à être jugés.
LE RÉSUMÉ
1945. Le Reich est tombé (cf La Chute). Lors de la débâcle, des soldats américains sont tout surpris de capturer Hermann Göring (Russell Crowe).
Jesus-Christ! It’s Hermann Göring! The second in command.
Lorsqu’il apprend la nouvelle, Robert Jackson (Michael Shannon) insiste pour faire juger l’ancien maréchal ainsi qu’une vingtaine d’autres criminels nazis. Ce qui pose de nombreuses questions sur le plan juridique.
It can’t be done! There’s no legal precedent for a trial, there’s no international law to base the charges on. No one has ever tried war criminals outside of one nation jurisdiction because the whole concept of international law is that one country can’t tell another country’s citizen how to conduct themselves.
Le major Douglas Kelley (Rami Malek) est désigné pour évaluer la santé mentale des détenus ainsi que les risques de suicide. Il se rapproche du diable en personne (cf Le Silence des Agneaux, Frost / Nixon). À la différence de Robert Ley (Tom Keune) ou Julius Streicher (Dieter Riesle), Göring se conduit pourtant en gentleman. Kelley voit en lui un homme habile, très intelligent et clairement narcissique.
No man has ever beaten me.
Pendant que Jackson se débrouille avec les alliés pour monter un tribunal international à Nuremberg, Kelley se frotte les mains à l’idée du livre qu’il va pouvoir écrire suite à ses entretiens – en plus de faire du monde un monde meilleur. Cela mettrait du beurre dans les épinards.
We have a chance to find out what makes the Germans different. The man who writes a book about that could make a lot of money… If we could psychologically define evil, we could make sure something like that never happens again.
Peu à peu, Kelley gagne la confiance d’un Göring dont la santé s’améliore. Cette proximité entre le thérapeute et le détenu inquiète Burton C. Andrus (John Slattery) qui demande à Gustave Gilbert (Colin Hanks) de seconder Kelley. Un coq de plus dans la basse-cour…
I’m not here to step on your toes. (…) We’ll co-author.
Göring apprend de Gilbert que Kelley lui a menti à propos de l’arrestation de sa femme (Fleur Bremmer) et de sa fille. La confiance est rompue. Kelley s’est fait piéger par Gilbert. Il se saoule et se confie auprès d’une femme (Lydia Peckham) dont il ignore qu’elle est journaliste. Tout son travail est révélé les jours suivants dans la presse. Kelley est aussitôt démobilisé par Andrus.
Your conversation with Herman Göring made the front page. You’re finished! I signed your transfer order this morning, you’re to be sent back to the States where you’ll be discharged. You’ve embarrassed me and this office for the last time.
Avant de partir, Kelley suggère malgré tout une approche à Jackson pour conduire Göring à admette sa responsabilité dans le génocide (cf Des Hommes d’Honneur). Ce que Jackson parviendra à faire, avec l’aide du britannique Sir David Maxwell Fyfe (Richard E. Grant). Après avoir nié son implication dans la solution finale (cf La Conférence), Göring passe aux aveux.
Knowing what we know : would you still follow, the Führer, Adolph Hitler?
… Yes, I would. Heil Hitler.
L’Allemand est condamné à mort pour plan concerté ou complot, crimes contre la paix, crimes de guerre et crimes contre l’humanité. L’affaire est pliée.
As Göring falls, so do they all.
Göring échappe néanmoins à sa pendaison en se suicidant avec une capsule de cyanure fournie par un garde.
Avant de quitter l’Allemagne, Kelley avait tenu à dire au revoir en personne à Göring dans sa cellule, leurs échanges l’ayant profondément marqué.
We were friends for a while… I wonder what you will say about us. Will you even acknowledge we were humans?
De retour aux États-Unis, Kelley écrit un livre dans lequel il met en garde contre toute forme de dérives autoritaires, refusant de faire des nazis une exception.
I ran hundreds of tests. You know what sets him apart from us? Nothing!
Le livre va contre la doxa. Il est un échec commercial.
Trashing our country is probably not the best way to sell your book.
Kelley sombre dans l’alcool et se suicide en 1958, avec du cyanure.
L’EXPLICATION
Nuremberg, c’est ne reconnaître qu’une partie de la vérité.
Lors d’un procès, les accusé·es doivent prêter serment. Comment raisonnablement croire que l’on pourrait réussir à dire toute la vérité dans un tribunal alors que personne n’est capable de l’entendre ? Le principe moral que dire la vérité est un devoir, s’il était posé de manière absolue et isolée, rendrait toute société impossible. Kant ne s’y était pas trompé : la vérité est insoutenable. C’est bien pourquoi on lui préfère une fabrication (cf Memento). On se raconte des histoires.
De ce point de vue, le procès de Nuremberg était un narratif.
Certes, ce procès était nécessaire pour les victimes et leurs familles.
It matters, more than you know.
Ce procès devait faire toute la lumière sur les atrocités nazies, désigner les responsables et que ces derniers reconnaissent les crimes pour lesquels ils allaient être condamnés.
The world needs to know what these men did! (…) People will remember.
(…) Why not just shoot them?
If we shoot these men, we make them martyrs.
Le procès de Nuremberg avait donc valeur de symbole. Quand on voit les audaces révisionnistes que certain·es se permettent (cf Le Procès du Siècle), il était indispensable d’écrire correctement ce sombre moment de la grande Histoire. Car il s’agit bien d’histoires…
Göring a voulu se servir de Nuremberg pour se réhabiliter. Jackson espérait que cela accélère sa carrière politique. Sans parler de Kelley qui rêvait de prix Pulitzer, et à qui Gilbert aurait bien voulu griller la priorité. Ils furent donc nombreux à vouloir tirer profit de ce narratif, dont Göring était le personnage principal.
You want to be known as a great man.
Yes.
And I’m your ticket.
Ce procès ne fut pas une parodie puisqu’il s’est appuyé sur des faits et ses acteurs ont tenté de rester les plus fidèles à l’esprit du droit. Pour autant, ce narratif occulta quelques vérités gênantes.
Tout d’abord, une première vérité qui est qu’il n’existe pas de palmarès dans l’horreur (cf Natural Light, la Vie et rien d’Autre, Requiem pour un Massacre). Avec Nuremberg, on a voulu faire des nazis l’arbre qui cache la forêt. À tel point qu’aujourd’hui, on cherche à systématiquement comparer les salauds contemporains sur l’échelle de l’horreur dont les nazis sont le référentiel. Kelley a pourtant écrit qu’il était possible d’être monstrueux, dans un autre genre. Personne n’a voulu acheter son livre.
They are not unique people! There are people like the nazis, everywhere in the world today! There are people who want to be in power. (…) And if you think the next time it happens, we will recognize it because they are wearing scary uniforms… you’re out of your damn mind!
Ensuite, une autre vérité est que l’idéologie n’a clairement pas disparu. Le narratif de Nuremberg a voulu faire croire que les nazis étaient tombés et que le feu s’était éteint précisément là où il avait démarré. Pourtant, Göring échappa à sa pendaison. La condamnation de quelques gros bonnets permit de masquer le recyclage honteux de milliers d’autres nazis par les alliés : Werner von Braun, Klaus Barbie, Reinhard Gehlen, Reinhard Höhn, Helmut Gröttrup (cf Amen). Des personnages publics se sont récemment fendus de saluts nazis que les journalistes ont préféré ignorer. Des défilés néo-nazis sont autorisés dans les rues de Paris. Kanye West a sorti une chanson à la gloire d’Hitler. L’idéologie nazie perdure.
Une vérité difficile à accepter est que chacun roule d’abord pour soi. Ce narratif voulut donner l’impression que l’union sacrée face au Mal était possible. Alors que tout le monde calcule selon ses propres intérêts. Les alliances restent toujours de circonstances. À la table des hautes instances, il n’y a pas d’ami. Il suffit d’observer l’embarras des Européen·nes face à la posture de Donald Trump.
Just because a man is your ally doesn’t mean he’s on your side.
Enfin, une vérité est que les Américains sont des pompiers pyromanes. Ce narratif leur donne le beau rôle. Alors qu’il faut quand même rappeler quel fut le rôle des grandes entreprises américaines dans le développement fulgurant du régime nazi. IBM, Ford, General Motors, ITT, DuPont de Nemours, General Electric… ont apporté leur soutien matériel aux nazis sous prétexte qu’il fallait faire rampart au communisme, et parce que l’argent n’a pas d’odeur. C’est bien pratique. Chacun·e voit midi à sa porte.
Your hypocrisy is stunning.
My hypocrisy ??
You think American bullets and bombs don’t kill people? You vaporize 150,000 Japanese at the touch of a button and you presume to stand in judgement on me for war crimes…?
We had every right to defend ourselves!
How do you defend yourself on someone else’s soil?
Nuremberg fut une façade. Son narratif ne doit pas faire oublier que le public ne peut accepter qu’une forme de vérité, pas toute la vérité (cf La Société du Spectacle, le Prestige, Personne n’y comprend Rien).
It works because people want to believe.
LE TRAILER
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