NATURAL LIGHT

NATURAL LIGHT

Dénes Nagy, 2021

LE COMMENTAIRE

Dire qu’on est en guerre pendant une pandémie (cf Contagion) est un abus de langage politique visant à créer un effet de communication. La guerre ne se résume pas à un confinement. C’est une toute autre histoire. Les visages ne trompent pas. Ils sont marqués. Il faut se faire tirer l’oreille pour esquisser un sourire forcé. Les yeux restent figés.

LE PITCH

Un militaire tente de sauver ce qui lui reste d’humanité.

LE RÉSUMÉ

István Semetka (Ferenc Szabó) est caporal de réserve dans une unité de l’armée hongroise, alliée de circonstance avec les nazis. Les soldats traquent des partisans soviétiques. Ils croisent deux paysans et leur dérobent un élan. Dans le froid et la boue russe, un peu de protéines ne feront pas de mal.

La troupe arrive dans un village.

Sergueï Alexandrovitch (Aivars Kuzmins) est le staroste. Il affirme que les partisans sont déjà partis sans rien laisser. Alors les soldats se restaurent et discutent de la suite.

On repart ce soir. La compagnie avancera de nuit. 

Semetka n’est pas insensible aux charmes d’une jeune paysanne qui lui sert à manger.

Les soldats de garde dorment. Ils auront le droit d’être suspendus par les bras pendant une heure en guise de punition.

Vanya (Dirmitrijs Malascenkovs), un paysan, a volé des pommes de terre. Les soldats le font ramper sous la table en le rouant de coups au passage. Après ce chatiment corporel, Semetka doit prendre la photo du jeune homme.

Avant que la nuit ne tombe, Semetka doit aller à la rencontre de bûcherons signalés à 5km au nord du village. Ceux-ci se montrent hostiles.

Ils ont tout pris! On n’a plus rien! Fichez le camp!

Semetka n’insiste pas. Plus tard, il se joint à l’escadron d’éclaireurs qui se font prendre en embuscade par l’ennemi. Le commandant meurt. Semetka et les autres survivants battent en retraite.

Il y a des traitres au village. Ils leur ont dit quel chemin on allait prendre.

Les villageois sont réunis dans la grange. Sept d’entre eux s’échappent.

Illés (Illés Pál) est désigné pour prendre la relève.

On prend le commandement du village. Toi, va inspecter les marais. Je garderai la grange… T’es sourd ou quoi ?!

Lorsque Semetka revient au village, la grange a brûlé – avec les villageois·es dedans (cf Requiem pour un Massacre).

Koleszár (László Bajkó) révèle à Semetka qu’il a pris la décision de l’éloigner, dans le but le préserver.

Je t’ai envoyé dans le marais pour que tu ne sois pas là. Le crime guette, à l’affût. Il te convoite. Tu dois le dominer. Oublions tout ça…

Semetka raconte son histoire au médecin militaire.

Pars en perm deux semaines. Embrasse ta famille. Puis reviens me voir.

L’EXPLICATION

Natural Light, c’est déjà l’horreur.

La règle veut que l’on ne compare pas les choux avec les carottes. Ce qui veut dire que l’on ne doit pas tout mélanger. À ce titre, on ne devrait pas non plus mettre tous les crimes contre l’humanité sur le même plan. Sur le plan moral, on peut les distinguer en fonction de leur cruauté ou du nombre de victimes.

Sur le plan juridique, un crime contre l’humanité est un crime contre l’humanité. Quand on bascule dans l’horreur, il n’y a plus de nuance. C’est l’expérience que va vivre Semetka.

Il est rentré dans cette deuxième Guerre Mondiale par obligation, en tant que militaire de réserve. Dans le civil, il est agriculteur. Semetka est un anonyme.

Il est envoyé sur un front qui n’est pas stratégique, au sein d’une unité modeste d’une armée hongroise qui n’a pas marqué l’Histoire.

Semetka n’est clairement pas la figure du chef de guerre suprême auquel on est habitué (cf Apocalypse Now, Napoléon). Le Caporal ne ressemble pas au Baron Vladimir Harkonnen (cf Dune). Il n’est pas le père de la bombe atomique (cf Oppenheimer). Ce n’est pas non plus un officier enragé d’une armée sanguinaire (cf La Ligne Rouge, Rebel Moon).

Il n’a pas joué de rôle majeur dans la solution finale (cf La Conférence, Amen), ni assuré la gestion d’un camp de la mort (cf La Zone d’Intérêt). On ne peut pas l’accuser de meurtre, de viol (cf Le Vieux Fusil), ni de torture (cf The Card Counter).

Semetka n’a presque rien à se reprocher, il n’est même pas nazi!

Il ne décide de rien et ne prend pas le risque de s’élever contre sa hiérarchie (cf Les Sentiers de la Gloire, Valkyrie). Au contraire, il exécute ce qu’on lui dit de faire comme un bon petit soldat.

À vos ordres.

Lors de l’attaque, il n’est pas blessé. Il ne voit pas son commandant mourir sous ses yeux.

Semetka a la chance que Koleszár l’envoie en mission dans le marais, tandis que les villageois périssent dans la grange. Ses oreilles n’ont pas entendu les cris. Quand il revient sur les lieux du drame, il ne peut que constater les dégâts et s’imaginer le calvaire vécu par les personnes qui lui ont donné à manger la veille.

Donc il s’en sort presque bien, si l’on peut dire. Il participe à ce que conflit de manière passive – presque à la manière d’un témoin (cf Valse avec Bachir).

Pour autant, il baigne dans l’horreur au même titre que les autres.

Il n’a pas besoin d’être acteur ou d’assister à des atrocités exceptionnelles pour être traumatisé (cf Né un 4 Juillet).

Semetka est un homme ordinaire qui essaie tant bien que mal de garder sa dignité parmi les autres, dans un environnement sombre (cf 1917) où l’on vit dans la crainte permanente de se faire canarder par un ennemi inconnu, au nom d’une cause qui n’est pas la sienne.

Des hommes qui préféreraient sans doute être ailleurs, mais on ne leur a pas donné le choix (cf Une Vie Cachée).

J’aurais aimé fuir.

Ce qui illustre qu’en période de guerre, chacun est logé à la même enseigne face à l’horreur.

Y’a pas de soldats en bonne santé.

On a l’impression que Semetka a vécu une guerre au rabais, comparativement à ce qui s’est passé lors d’autres batailles plus mémorables (cf Dunkerque). Sa guerre semble être celle de monsieur tout le monde. Il donne presque l’impression d’être fragile quand le docteur lui donne une permission de deux semaines. Preuve qu’on n’a pas besoin de voir le pire (cf Le Fils de Saul) pour que la guerre soit insupportable.

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son auteur.

Explication de film est un blog indépendant de cinéma qui s’intéresse au fond, plutôt qu’à la forme.
découvrez l’interprétation de milliers de films, également classés par LEURS thématiques.

Commentez ou partagez votre explication

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.