REQUIEM POUR UN MASSACRE

REQUIEM POUR UN MASSACRE

Elem Klimov, 1987

LE COMMENTAIRE

Les chères petites têtes blondes ne sont pas des enfants de choeur puisqu’ils savent faire preuve d’une violence froide à l’égard de leurs prochains. Rien à voir cependant avec les adultes qui entretiennent un rapport à la violence autrement plus calculé. À mesure que les jeunes montent les marches des années, ils découvrent petit à petit à quoi ressemble le monde impitoyable qui les attend.

LE PITCH

Un garçon se retrouve plongé dans l’horreur de la guerre.

LE RÉSUMÉ

Alors que la 2e Guerre Mondiale fait rage à l’Est, les Biélorusses sont enrôlés de force par les forces Soviétiques. Fiora Gaischun (Alekseï Kravtchenko) doit abandonner le village, sa mère (Tatyana Shestakova) et ses deux soeurs.

They’re all going. I can’t stay here.

Le lendemain, les partisans partent à l’attaque contre les Allemands. Kosach (Liubomiras Laucevičius) estime que Fiora doit rester au camp car il est encore trop jeune. Frustré d’avoir été mis à l’écart, Fiora s’aventure dans la forêt et y fait la rencontre de Glasha (Olga Mironova).

Sous les bois, tous les deux sont protégés des bombardements Allemands. Fiora et Glasha se cachent puis retournent au village désormais vide. Persuadé que les habitants sont partis se réfugier sur une île, Fiora décide de traverser les marécages. Ce qui lui évite de découvrir la pile de cadavres derrière l’une des maisons.

Pris d’hystérie, Glasha révèle la cruelle vérité à Fiora.

They were all killed! All of them! Dead!

Celui-ci refuse d’entendre quoi que ce soit et tente d’asphyxier Glasha dans la boue. Dans un autre village ravagé, un homme raconte à Fiora le sort cruel que les Allemands ont réservé à sa mère et ses soeurs. Le petit garçon tente de se suicider avant d’être sauvé par Rubezh (Vladas Bagdonas).

Capturé par les SS, Fiora arrive au village de Perekhody où des dizaines de villageois attendent d’être massacrés dans une chapelle. Fiora ainsi qu’une jeune fille parviennent à s’échapper avant que les officiers ne mettent le feu.

Tandis que la fille est trainée par les cheveux vers une remorque où l’attendent quelques soldats Allemands, Fiora est pris en photo avec un revolver sur la tempe pour immortaliser la scène. Il est finalement épargné par ses bourreaux.

Quelques kilomètres plus loin, Fiora retrouve la fille encore traumatisée, les jambes en sang. Les soldats Allemands ont été capturés par les partisans. Si certains ont tenté de se dissimuler parmi les villageois, d’autres comme le fanatique Obersturmführer promettent que les Nazis continueront leur mission génocidaire.

Inferior races have no right to be! And our mission will be accomplished! If not today, tomorrow!

Les monstres sont abattus.

Fiora tire désespérément à plusieurs reprises sur un portrait du Führer se trouvant par terre. Comment imaginer qu’Hitler fut lui-aussi un bébé assis sur les genoux de sa mère?

Fiora rejoint ses camarades sur le front.

L’EXPLICATION

Requiem pour un massacre, c’est l’humanité à son pire (cf Les Démons de Jésus).

Si l’humanité est capable des surprises les plus grandioses, elle n’a pas son pareil pour se voiler la face. Par exemple, elle a pour fâcheuse habitude de ne compter que quand cela l’arrange (cf Nikita). Elle peut également fermer facilement les yeux sur un passé gênant, ou sur sa part de monstruosité.

Didn’t I tell you not to dig?

Elle fait mine de croire que le temps est linéaire plutôt que cyclique. Comme une sorte de belle ligne droite vers le progrès, nous empêchant de revivre de potentielles régressions telles que des pandémies. Or elles semblent pourtant être le lot inévitable de toute civilisation – pour peu que l’on s’en réfère à l’Histoire. Personne n’y échappe (cf Contagion).

L’humanité célèbre également en grandes pompes les anniversaires de ses plus belles réalisations afin de mieux dissimuler ce qu’elle sait faire de plus horrible. Ainsi, les carnivores font la publicité de délicieux nuggets de poulet en omettant le traitement des poussins en batterie pour les produire (cf Okja).

Non pas par méchanceté gratuite mais plutôt par égoïsme naturel conduisant à un désintérêt de l’humain pour son environnement (cf Cannibal Holocaust).

Il en va de même pour les guerres, signe du caractère féroce de l’humanité. Un caractère qui ne saurait être ignoré car peu de choses ont changé depuis le dialogue Mélien opposant Athènes au peuple de Mélos. En effet, notre nature impérialiste veut que nous ne savons pas nous contenter de notre part du gâteau. Nous voulons le gâteau tout entier pour nous et celui du voisin avec. Voisin à côté duquel il nous est de toute façon impossible de vivre en paix.

Aimer son prochain comme soi-même? N’importe quoi.

Le moindre prétexte devient une excuse pour justifier un conflit : un espace pseudo-vital, une race pseudo-inférieure, une pseudo-religion. Tous les moyens sont bons pour que l’humanité fasse voler en éclat ses plus beaux principes censés la séparer de l’animalité : viols, tortures (cf The Card Counter), expériences en tout genre (cf The Human Centipede), génocides (cf Amen)…

Le conflit devient synonyme de licence. Par temps de guerre, tout est permis. L’uniforme militaire permet à l’humanité de s’asseoir tranquillement sur la convention de Genève.

Les Nazis ont exterminé des millions de personnes, tout comme l’Eglise Catholique avait brûlé auparavant des millions d’hérétiques sous l’Inquisition ou comme le petit Père des Peuples allait déporter des millions de ses compatriotes quelques années plus tard.

They’ll get you.

C’est aussi cela l’humanité.

Pour Fiora, la guerre se présente d’abord sous la forme d’un concept flou portant les hommes loin des villages. Puis elle le rattrape jusque dans la forêt (cf Une vie cachée).

Ces officiers SS n’ont rien d’extraordinaires, ce qui leur donne une dimension très humaine – dans leur inhumanité. Fiora plonge dans une horreur sans filtre. L’enfant refuse de voir ce qui s’est passé, ou d’imaginer que cela puisse s’être passé. Finalement il est contraint impuissant de regarder l’enfer tel qu’il est (cf Orange Mécanique).

Fait prisonnier. Sentant la mort appuyée contre sa tempe. Ne pouvant rien faire d’autre que tenter de s’échapper pour survivre (cf Le Pianiste) et constater de nouvelles atrocités.

Rescapé de ce désastre et animé par un désir de vengeance, Fiora va pouvoir y contribuer à son tour en prenant les armes.

On a envie d’arrêter le massacre. Ce serait nier ce dont est aussi capable l’humanité.

Car la guerre ne s’arrête malheureusement jamais (cf La Ligne Rouge).

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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