LE PROCÈS

LE PROCÈS

Orson Welles, 1962

LE COMMENTAIRE

La culpabilité nous enferme dans une forme de paranoïa. L’impression d’être constamment sous surveillance. Dieu nous observe même pendant notre sommeil. Les caméras de sécurité nous reconnaissent dans la rue. Big Brother avec nous sur le smartphone. Sans parler des milices qui peuplent les réseaux sociaux (cf The Social Dilemma). Aujourd’hui, il semble impossible de se soustraire au jugement de qui que ce soit.

LE PITCH

Un homme est mis en accusation sans en connaître le motif.

LE RÉSUMÉ

Joseph K (Anthony Perkins) est réveillé de bon matin par un homme (Arnoldo Foà) qui refuse de lui communiquer son identité. D’autres hommes entrent dans la pièce pour lui notifier son état d’arrestation, bien que Joseph ne soit pas mis en garde à vue.

You’re not going nowhere, you’re under arrest.

Pourquoi ses trois collègues fouillent-ils dans ses affaires comme pour apporter la preuve d’un quelconque crime? Que font-ils là? Quel est le motif d’accusation?

What is it that I’m charged with?

Personne ne répond.

Après le départ des autorités, Joseph cherche un peu de soutien auprès de sa propriétaire Mrs. Grubach (Madeleine Robinson), puis d’une autre locataire Miss Bürstner (Jeanne Moreau). Peine perdue.

They woke me up and told me.

Are you sure you’re awake?

Sur son lieu de son travail, son oncle Max (Max Haufler) soupçonne peut-être une affaire avec sa cousine Irmie (Naydra Shore), ce que Joseph nie formellement.

Lors d’une soirée au théâtre, il est emporté de force pour comparaître devant un tribunal où il prend sa propre défense.

Can there be any doubt that behind my arrest a vast organization is at work, an establishment which contains a retinue of civil servants, officers, police, and others.

L’avocat Maître Hastler (Orson Welles) ne veut pas prendre l’affaire. L’artiste Titorelli (William Chappell) ne se sent pas concerné. Joseph est seul. Trouvant refuge dans une chapelle, il apprend de la voix du prêtre (Michael Lonsdale) qu’il a finalement été déclaré coupable. Maître Hastler confirme le verdict.

Unbelievable, isn’t it?

Well, it happens.

Deux agents viennent appréhender Joseph la veille de son anniversaire, pour le déposer dans une fosse où il est contraint de se déshabiller. Les agents s’échangent un couteau puis le proposent à Joseph, qui refuse de se suicider.

You expect me to take the knife and do the job myself? No, you’ll have to do it.

Les agents s’éloignent puis jettent un baton de dynamite en direction de Joseph.

L’EXPLICATION

Le Procès, c’est responsable de rien et coupable de tout.

À la fin du siècle dernier, lors du scandale du sang contaminé (cf 120 battements par minute), la Ministre des Affaires Sociales de l’époque avait alors employé une formule devenue tristement célèbre : responsable, mais pas coupable. Reconnaissant son implication évidente dans l’affaire, sans en admettre la faute.

Il s’agit de l’exception qui confirme la règle. Seules quelques personnes haut placées peuvent se permettre de pareilles galipettes. Les anonymes sont souvent reconnus coupables sans raison – à l’image de Joseph K dont le motif d’accusation est encore plus flou que son accusation elle-même.

De quoi est-il responsable?

Personne ne le sait.

De quoi est-il coupable?

Peu importe.

L’État décrète qu’il est coupable.

Le système fait ainsi naître le sentiment de culpabilité.

Joseph K est pourtant un membre productif de la société (cf The Yards). Il ne vit pas isolé. Comme ses collègues, il a ses petites habitudes sans être un robot (cf Brazil). On ne lui prête pas d’intention révolutionnaire (cf V for Vendetta). Malgré tout, il est un homme libre au sens où il se pose des questions. Tellement libre qu’il ne comprend pas ce qui lui arrive quand les inspecteurs débarquent chez lui sans prévenir.

C’est bien sa liberté qui est visée ici. Une liberté qui dérange parce qu’elle peut menacer tout un système de par son questionnement. L’État cherche à transformer cette liberté en doute. La recherche de vérité ne doit plus déboucher sur rien.

Is it true?

Pas de réponse.

Les questions commencent à s’auto-entretenir jusqu’à se mordre la queue. La liberté est mise en échec par l’autorité. Les interrogations deviennent stériles. On ne sait plus qui croire.

Don’t you believe me?

Why should I?

Ne reste plus que l’autorité en qui se fier. À défaut de preuve et sans possibilité d’en réclamer. On ne trouve que des évidences qui semblent être toutes contre Joseph. Tout l’accable.

You seriously think that we don’t know who you are? Really, Mr K. You’re not doing your case any good, you know.

Cette arrestation sans explication lui fait remettre en cause sa propre conduite : peut-être a-t-il fait quelque chose de mal sans s’en rendre compte? Joseph K devient le coupable idéal. Il s’excuse alors qu’il n’a rien fait. Sa culpabilité fait le reste.

It’s never any use, is it, apologizing? It’s even worse when you haven’t done anything wrong and still feel guilty. (…) Unless your thoughts are innocent: 100%. Can that be said of anybody? Even the saints have temptations.

La cour se montre inflexible, ce qui le conduit à la folie. Pas d’avocat auprès de lui pour le soutenir, ni d’artiste pour s’engager derrière sa cause. L’homme de foi valide la sentence. Tout est contre Joseph qui se voit contraint d’admettre sa culpabilité.

Il résiste cependant. Sa seule voie de sortie est de penser à une conspiration contre lui. C’est une impasse. Tout le monde sait bien ce que valent les théories conspirationnistes (cf Everything is a rich man’s trick). Joseph se retrouve échec et mat.

I think that’s what the court wants me to believe. Yes, that’s the conspiracy: to persuade us all that the whole world is crazy, formless, meaningless, absurd. That’s the dirty game.

Joseph K se marginalise. Il se noie en plein cauchemar. Son exemple devient la preuve qu’il est plus facile de suivre ce qui est dit, les yeux fermés, sans broncher. C’est d’ailleurs le conseil de l’avocat.

We needn’t accept everything as true, only what’s necessary.

On prend définitivement moins de risque quand on se soumet entièrement au système.

To be in chains is sometimes safer than to be free.

La religion a bâti un empire sur la peur de la mort et la croyance en un arrière-monde. Dans cette configuration, la confession devient une condition nécessaire à la vie éternelle.

L’État va plus loin dans l’exploitation de la culpabilité. Avec l’aide de sa police et de sa justice, il trouve une formule redoutablement efficace pour tenir en laisse ses sujets (cf Un pays qui se tient sage). Un système écrasant contre lequel l’individu perd toujours (cf Cleveland contre Wall Street). L’État qu’on ne voit jamais mais qui pousse les consciences au suicide pour s’épargner le sale boulot.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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