LA 25e HEURE
Spike Lee, 2002
LE COMMENTAIRE
Les grandes métropoles sont remplies d’ego qui pensent que le ciel est leur seule limite (cf L’Associé du Diable). Leur ambition sert souvent d’excuse à leur vulgarité. On n’attend pas, on se sert. Tout est permis, donc tout peut se dire et tout peut se faire (cf The Apprentice). À force d’en vouloir toujours plus pour soi, en se payant les autres (cf There will be Blood), ils finissent par se prendre dans leur propre piège.
LE PITCH
Dernière journée avant de purger une peine de sept longues années de prison.
LE RÉSUMÉ
Montgomery Brogan (Edward Norton) était bien parti dans la vie : sa classe préparatoire lui avait permis de rencontrer sa future clientèle, son business d’héroïne était florissant, sa copine le faisait toujours fantasmer, sa voiture ronronnait. C’est finalement son ami Kostya (Tony Siragusa) qui le balance.
La justice le condamne. Sept années ne paraissent pas insurmontables, comparé à toutes ces peines de prison à perpétuité, ou à mort que l’on voit souvent pleuvoir au cinéma (cf Dead Man Walking). Alors que quand on y pense, sept années de malheur, cela fait quand même déjà beaucoup trop. C’est comme casser une glace.
Monty décide de passer ses dernières heures de liberté sous caution avec ses fidèles : Jacob Elinsky (Philip Seymour Hoffman), professeur de littérature, Franck Slaugherty (Barry Pepper), trader à Wall Street, et sa copine Naturelle Riviera (Rosario Dawson).
Cette nuit va permettre aux un·es et aux autres de devoir faire face à la réalité. L’échéance qui guette Monty force tout le monde à arrêter cette comédie qui fait que l’on pense que tout va toujours bien dans le meilleur des mondes. Ce n’est pas le cas.
À la fin de cette trop courte nuit, Monty demande à Franck de lui arranger le portrait afin de ne pas faire trop envie à ses futurs co-détenus sodomites (cf Sleepers).
Son père (Brian Cox) le conduit en prison, en lui racontant qu’ils pourraient filer tous les deux sur l’autoroute de l’Ouest. Monty pourrait y repartir de zéro. Il se laisse bercer par les histoires de son père et se prend à imaginer une nouvelle vie, avec une nouvelle identité. Naturelle le rejoindrait. Ils auraient des enfants, puis des petits-enfants. Ce serait super.
Son père prendra finalement la route de la prison d’Otisville.
C’est parti pour sept ans. Merci papa.

L’EXPLICATION
La 25e heure, c’est la fin de la récréation.
Dans la vie, on ne fait pas toujours ce que l’on veut. Et bien que l’on puisse avoir l’impression que la vie s’impose à soi, on ne se rend pas compte que l’on reste encore relativement libre. On le comprend mieux lorsqu’arrive le moment d’aller en prison – la vraie.
DJ Dusk ne mixera peut-être jamais du Etienne Daho, lui qui chantait pourtant avec beaucoup de justesse qu’un soir le rideau tombe et que c’est pareil pour tout le monde. Monty va passer ses 24 dernières heures à faire le constat douloureux de son échec. Il a foiré sa vie en beauté et le lendemain de fête a un goût très amer.
Dur de profiter du présent quand on a gâché le passé et qu’on risque certainement de compromettre son avenir (cf Les Vestiges du Jour). Ses amis vont tracer leur route, sa copine va refaire sa vie et son père ne sera peut être plus là à sa sortie de prison.
24 heures avant de plonger.
Pendant la 25e heure, on sort d’une grande hypocrisie. En finir avec la culpabilité des un·es et des autres qui s’en veulent de ne pas avoir été là pour leur ami, leur fils ou leur compagnon.
James, le père, s’en veut de s’être mis à picoler à la mort de sa femme. Naturelle s’en veut d’avoir accepté les billets pour Porto Rico tout en sachant qu’ils avaient été payés avec de l’argent sale. Jacob, naïf, essaie de se convaincre qu’un petit tour en prison et puis s’en va. Enfin Franck est le premier à dire Bye Bye Monty. Il n’est cependant pas foutu de lui dire les yeux dans les yeux, malgré sa supposée grosse paire.

C’est pourtant bien Monty qui va aller en prison. Il ne peut plus se cacher. Trop gourmand. Combien de fois il a pensé se ranger et demander à son pote Franck de faire fructifier son argent ? Il lui en fallait toujours un peu plus.
Alors qu’il insulte toutes les communautés de New York, Monty finit par se traiter lui-même d’imbécile dans la glace. Il ne peut s’en prendre qu’à lui-même.
Fuck you Monty Brogan. You had it all and you threw it away you dumb fuck!
Cela ne sert à rien de remettre toujours la faute sur les autres. New York va se relever du 11 Septembre, sans lui. C’est le moment de retrousser ses manches et endosser les responsabilités de ses actes. Comme le dit très justement Jacob:
You got what you earned.
Qu’il est quand même tentant le discours du père avec ses envies de far west. Quel salaud! Car s’il y a bien quelqu’un censé représenter l’autorité et la raison, c’est lui. Le papa se transforme en vilain tentateur. Son discours résonne pourtant. Combien de fois aurait-on préféré sécher ses heures de colle pour aller jouer au foot ?
La 25e heure, on aimerait en profiter.
On voudrait qu’elle ne s’arrête jamais, comme des arrêts de jeu,offerts par l’arbitre comme l’espoir de pouvoir marquer un dernier but. Ce sont des préliminaires que l’on rêverait éternels.
Bizarrement, ce sont les truands qui vont être les plus honnêtes avec Monty en l’invitant à regarder sa peine en face, comme un homme. Ces sont les plus sournois qui vont lui tenir un discours de vérité. La prison n’est pas un endroit où il fait bon vivre (cf Un Prophète).
I have been in three different prisons, Montgormery. Three different countries. And you know what I learned? I learned prison is a bad place to be.
En vérité, on n’a pas toujours le choix. Bienvenue dans la réalité. C’est pour cela qu’il faut savoir profiter de ce que l’on a quand on l’a, sans pour autant s’en satisfaire. Ni sans en vouloir trop, au risque de mordre la ligne jaune.
Au moins essayer peut-être de vivre heureux avant la mort, comme disait Desproges (cf Le Monde après nous).
Le bonheur est dans le pré, cours y vite il va filer
Merci pour cet extrait du poème de Paul Fort qui fait echo à l’histoire de Montgomery, trop pressé de profiter de la vie qu’il en a oublié qu’il existait des règles…