LES VESTIGES DU JOUR

LES VESTIGES DU JOUR

Mike Nichols, 1993

LE COMMENTAIRE

Avant de brexiter, la Grande-Bretagne fut à la tête d’un Empire qui a contribué à civiliser le monde et faire de l’Anglais la langue universelle (cf Mary Shelley). Puis quelque part au milieu du XXe siècle, le Royaume a perdu de sa superbe. Le jeune Anglais conquérant d’autrefois a laissé la place à un vieux papy, qui ne voit pas plus loin que le bout de son île et passe ses soirées à boire du thé en craignant la menace extérieure. Alors que l’Anglaise encore fraîche rêve plus que jamais d’Europe, de week-ends à Ibiza faits de shots de tequila et de gros son.

LE PITCH

La vie bien rangée d’un majordome de Darlington Hall est chamboulée par la gouvernante.

LE RÉSUMÉ

En 1959, Miss Kenton (Emma Thompson) qui fut jadis employée à Darlington Hall recontacte Mr Stevens (Anthony Hopkins), son ancien employeur, pour lui donner rendez-vous dans l’Ouest de l’Angleterre. Désormais divorcée et au chômage, elle aimerait reprendre du service. Sur la route qui le mène à Clevedon, Stevens va replonger dans ses souvenirs et devoir faire face à son passé.

À la veille de la guerre de 39 et devant l’afflux d’activité, Mr Stevens recrute Miss Kenton, une jeune intendante extrêmement rigoureuse comme lui. Bien que souvent en conflit, les deux membres du personnel vont se rapprocher. Mr Stevens lui apporte de la discipline. Elle tente de lui apporter un peu de fantaisie.

Tous les deux vont affronter la deuxième guerre mondiale. Bien qu’isolé, le monde se déplace encore au château de Darlington. Et le Lord (James Fox), sous influence, file un mauvais coton en se rapprochant des fascistes Anglais et des Nazis Allemands. Reginald Cardinal (Hugh Grant) alerte Stevens sur les dérives du Lord. Celui-ci reste fidèle à son patron. Son travail est de servir son maître, pas de critiquer ses décisions.

Of course this assumes that one’s employer is a superior person, not only in rank or wealth but in morale stature.

En plein conflit moral et supportant de moins en moins le platonisme de leur relation, Miss Kenton va pousser Stevens à une action qui ne viendra jamais. Miss Kenton décide, presque à regret, de s’engager avec Mr Benn et de quitter Darlington.

Stevens qui se faisait une joie de retrouver Miss Kenton va devoir déchanter. Son amour de toujours a changé d’avis et préfère rester dans l’Ouest où sa fille vient d’avoir un bébé. Mr Stevens s’en retourne donc la queue entre les jambes vers Darlington, finir sa vie en compagnie du nouveau propriétaire Américain, Mr Lewis (Christopher Reeves).

À son retour, un pigeon est capturé dans la salle de réception du château.

Stevens aidé par Lewis l’aideront à s’échapper.

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L’EXPLICATION

Les Vestiges du Jour, c’est une époque révolue.

Parce qu’il ne sort plus de son château que pour chasser le renard, Lord Darlington a une vision du monde qui est totalement dépassée. L’Angleterre et ses bonnes manières est renversée par le réalisme Américain. Lewis hallucine devant l’amateurisme de ses hôtes.

Do you have any idea of what sort of place the world is becoming all around you? The days when you could just act out of your noble instincts, are over. Europe has become the arena of realpolitik, the politics of reality.

Les vieux moutons Anglais sont sur le point de se faire dévorer tout cru par les loups Allemands.

Stevens, quant à lui, incarne un respect aveugle de l’autorité qui a presque totalement disparu. Aujourd’hui les employés n’hésitent plus à séquestrer leur patron, voire à lui déchirer sa chemise respectant ainsi une tradition chère à Zebda.

Les Vestiges du Jour traite aussi d’une époque où il incombait à l’employeur de se déplacer pour pouvoir décrocher un job. Alors qu’aujourd’hui on a simplement besoin d’un petit quart d’heure sur Skype pour se voir signifier qu’on n’a pas les compétences requises (cf La Loi du Marché).

Stevens refuse de voir le monde opérer une transition et donc il ne réagit pas. Il se sert de son travail comme d’une excuse pour mieux laisser sa propre vie lui passer sous le nez. Incapable de sortir de son personnage de majordome, il n’est pas un acteur de sa vie. Et quand il décide enfin de le devenir en sortant du château pour aller à la rencontre de Miss Kenton, devant assumer les décisions peu honorables de son Lord, il n’est pas récompensé.

Stevens est la figure du vieux garçon, incapable de s’ouvrir aux autres. Miss Kenton est curieuse de ses lectures. Elle s’intéresse à lui, fleurit sa vie. Il ne lui laisse aucune place.

This is my private time. You’re invading it.

Les Vestiges du Jour illustre toute la frustration que suscite Stevens en ne prenant jamais l’initiative et en laissant tout lui échapper. Des diplomates Anglais peu consciencieux lui volent son Lord, le travail lui vole son père et Mr Benn lui vole son amour. Sous son nez. Sans réaction (cf Welcome). Et quand finalement il se décide à prendre la Daimler, à la plus grande satisfaction de Lewis qui l’encourage à découvrir le monde, il va se faire punir par une femme qui n’a pas oublié. On n’y reprendra plus Stevens de si tôt.

Stevens n’est pourtant pas un mauvais bougre. Il essaie. Mieux vaut tard que jamais. Le pauvre bougre arrive malheureusement un peu après la bataille. En cherchant à remonter le passé, il est renvoyé à son présent.

Il a rendu service à tout le monde, y compris le pigeon. Grâce à lui, chacun peut se sentir libre car le majordome s’occupe de tout. Il s’est soucié de tout sauf de lui et se retrouve prisonnier volontaire des murs du château pour toujours, enfermé dans ses principes et ses règles qui effarent pourtant Lewis.

The rule in the kitchen has always been… cook cooks the cooked breakfast while her assistant toasts the toast.

On espère que Stevens puisse entrevoir un peu de bonheur ou qu’il puisse au moins le vivre par procuration, en voyant l’oiseau s’envoler au loin. À la fin de l’histoire c’est lui le pigeon. Pas de fin heureuse cette fois-ci. L’Angleterre a bien levé son verre mais elle a clairement oublié de bouger son boule. Elle se retrouve figée dans son château, en compagnie des États-Unis certes, mais de plus en plus loin du monde.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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