WEINER

WEINER
Josh Kriegman, Elyse Steinberg, 2016

LE COMMENTAIRE

Grâce à House of Cards on a enfin compris que le couple moderne fonctionne comme une Sarl. Il ne s’agit plus tant d’amour que d’une union d’intérêts. Et c’est assumé. Dans la série, ça fonctionne. Franck et Claire Underwood forment un duo redoutable qui leur permet d’atteindre les sommets (encore que). Parfois, souvent en fait, ça ne marche pas. L’entreprise fait faillite. Et le couple déraille.

LE PITCH

Anthony Weiner se lance dans la course pour la mairie de New York après un scandale au sexto.

L’HISTOIRE

Anthony Weiner est un homme politique démocrate très virulent. Sa femme, Huma Abedin est le bras droit d’Hillary Clinton. En 2011, il se retrouve au centre d’un scandale après avoir envoyé par SMS des photos explicites à d’autres femmes. Il se confond en excuses avant de démissionner de son poste à la Chambre des Représentants, sous la pression de Barack Obama.

Absous par sa femme, il revient à la charge en 2013 et mène campagne pour devenir le nouveau maire de New York. Fort d’une belle côté de popularité, il caracole en tête des sondages jusqu’à ce que de nouvelles photos explicites refassent surface.

Shit. Shit. This is the worst. This is the worst. Doing a documentary on my scandal…

Totalement décrédibilisé, le clan Weiner tente néanmoins de faire front. Le candidat finira la campagne en dernière position avec 5% des suffrages.

L’EXPLICATION

Weiner c’est un surfer mangé par la vague.

L’homme politique est excité par les réseaux sociaux comme un enfant avec un nouveau joujou. Les réseaux représentent un nouveau moyen d’expression puissant. C’est aussi là qu’on touche l’audience. Les candidats les plus ambitieux et les plus téméraires veulent donc absolument jouer ce jeu. Sauf que les règles du jeu sont bien différentes du temps de Pompidou. Tout se sait plus vite et à plus grande échelle.

It is hard to have normal relationships.

Les réseaux sociaux nous donnent la possibilité (et l’illusion) d’être en contrôle de notre propre image. On ouvre grand ouvert son album photo sur Instagram. On se sent libre de poster le néant de son quotidien sur Snapchat comme si c’était important. On gonfle bien fort notre poitrine pour donner une image totalement fantasmée de notre vie à travers la grande vitrine sociale.

Parce qu’absolument tout devient social, il est aussi extrêmement compliqué de garder la maîtrise de sa propre image, malgré un contrôle rigoureux de ses paramètres de sécurité. C’est encore plus dur quand on est un homme politique qui est par définition un personnage public.

It takes one to know one, jackass.

Il faut d’abord garder la tête froide. Les hommes politiques sont des narcissiques. Comment ne pas l’être? Anthony Weiner l’explique lui-même: l’homme politique plus qu’un autre a besoin de ce contact avec la foule. Les médias le rendent littéralement euphorique. Il aime ça. Il a besoin de ça. On le retrouve ainsi le lendemain de son passage dans The Last Word face à Lawrence O’Donnell à regarder en boucle sa vidéo sur Youtube et à s’en amuser. Alors que sa femme refuse de contempler le désastre. Le risque pour le candidat c’est donc de finir par être hypnotisé par son propre nombril et d’oublier qu’il existe d’abord pour servir les autres.

Pour naviguer sur les réseaux il faut aussi s’inventer un personnage, et surtout réussir à s’y tenir en espérant que son autre soi ne vienne pas parasiter l’histoire. Car il s’agit bien d’histoires dont l’opinion est friande. Le personnage du candidat repenti, dans un couple qui surmonte la tempête, est toujours intéressant parce qu’il s’agit de revenant. Tout le monde aime les come-back (sauf quand il s’agit de Zombies ou de Nicolas Sarkozy). Inversement, le mec qui se fait passer pour un bon père de famille et qui envoie sournoisement des photos de cul dans le dos de sa femme (parfaite), ça ne passe pas. Quand il le fait une fois, il est le menteur. Quand il le refait à nouveau en se faisant passer pour Carlos Danger sur dirty.com, il devient le pervers. Son histoire est brouillée. On le ridiculise. Et quand on découvre la poufiasse fille à qui il envoyait ses clichés, il devient pathétique. D’une manière ou d’une autre on ne peut plus voter pour lui.

Dans Weiner, il n’y a pas de 3e chance. On peut revenir de l’enfer. On n’en revient pas deux fois. Quand Anthony Weiner se rend coupable pour la deuxième fois d’échanges coquins, il trahit tout le monde. C’est un abus de confiance. Il est foutu.

Les hommes politiques veulent à la fois faire le show sur les réseaux et aussi montrer une totale transparence, à l’image d’Anthony qui se fait filmer du début à la fin, ou presque. Car il n’a rien à cacher, ou presque. La transparence est une obligation aujourd’hui quand tout est écouté, épié, analysé et parodié. Ça n’est pas suffisant. Il faut aussi montrer l’exemple en travaillant constamment sur son personnage. Alors qu’il est acculé, au plus fort de la tempête, Anthony Weiner impressionne car il réfléchit avec beaucoup de détachement aux inflexions qu’il va pouvoir donner à son histoire pour qu’on continue de le suivre. Son équipe ne peut pas faire de miracles. Quand on écrit l’histoire sur du papier toilettes, ça devient forcément difficile à lire à un moment.

Plus globalement, Weiner traite aussi de l’effondrement des hommes. Ils s’épuisent. On s’en lasse. Le comportement masculin typique n’est plus toléré. Fini les remarques sexistes, les clins d’œil, les petites tapes sur les fesses, les fellations sous le bureau… Fini aussi les photos de sa bite envoyées à d’autres femmes que la sienne. Les hommes se sont mis hors-jeu. Les candidates féminines apparaissent comme une relève attendue, fraîche. Plus on regarde Anthony Weiner couler, plus on se demande pourquoi Huma ne s’est pas présentée. On se demande aussi ce qu’elle fait avec lui. Les femmes vont bientôt prendre officiellement le pouvoir. Sauront-elles faire preuve d’une éthique irréprochable dans la durée (cf Dilma Roussef)?

Weiner c’est ce que les candidats récoltent quand ils désacralisent la position. À se mettre au niveau de monsieur tout le monde, on s’expose comme tout le monde. Anthony Weiner a beau être une véritable machine politique, il est faible humain. C’est un défaut. Plus qu’être raciste et idiot qui ne vous empêche pas de postuler et de remporter l’investiture. Ne pas savoir garder sa bite dans sa poche, c’est éliminatoire. Ce qui tend à montrer que l’opinion ne veut pas de candidats comme tout le monde. L’opinion veut des candidats exceptionnels. On a plus que jamais besoin de Superman (ou Wonder Woman).

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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