NOTRE SALUT

NOTRE SALUT

Emmanuel Marre, 2026

LE COMMENTAIRE

Quand le monde cède aux sirènes des slogans haineux, des hommes funèbres sortent soudainement de l’ombre pour s’emparer du pouvoir. Parmi ces lâches, on retrouve quelques illuminés mais surtout de nombreux opportunistes animés par le ressentiment (cf Les Rayons et les Ombres). Des hommes qui n’auront rien d’autre à faire que de raser les murs quand le monde aura retrouvé ses esprits.

LE PITCH

Un collaborateur trouve sa place au soleil, de Vichy.

LE RÉSUMÉ

1940. Henri Marre (Swann Arlaud) laisse Paulette (Sandrine Blancke) et enfants pour descendre sur Vichy. Marre arpente les soirées en espérant se faire quelques contacts. Il loue le Maréchal et fait la promotion de son livre « Notre Salut » dans lequel il expose des principes d’organisation de l’état.

Cette défaite est une aubaine pour notre pays.

Sa détermination finit par payer. Marre intègre l’antenne limougeaude du commissariat à la lutte contre le chômage, sous la responsabilité d’Henri Maux (Jean-Baptiste Marre).

Lors de la venue de Pétain à Limoges, Marre fait du zèle pour se faire remarquer. Cependant la lutte contre le chômage n’est pas la priorité du Maréchal.

Paulette et les enfants arrivent dans le Limousin. Les années passent. Le couple s’use pendant que Marre fait le sale boulot, sans rechigner.

On va leur envoyer 1,600L et 5 camions. Comme ça, on aura fait notre maximum.

Marre et sa femme sont invités à une soirée chez le préfet (Yoann Blanc), pour service rendu.

Je voulais vous remercier pour l’essence et l’opération de ‘ramassage’. (…) C’est important de pouvoir compter sur des gens comme vous.

La 2e Guerre Mondiale est en train de basculer. Marre blâme Gasque (Mathieu Perotto) pour avoir essayé de rendre les conditions de déportation moins pénibles aux Juifs.

C’est à dire que la situation s’est durcie, on a des comptes à rendre. (…) Moi je suis responsable.

1944. Les Allemands sont aux abois. L’horizon s’obscurcit pour les collaborateurs.

Par les temps qui courent, on ne peut pas trop espérer.

Roland Garnier (Franck Williams) monte en grade et force Marre à faire un rapport contre Maux.

Je vais te donner un conseil amical : balance-le.

Le couple Marre finit par se séparer. Henri retourne à Paris et participe à la naissance d’un mouvement nationaliste visant à empêcher la démocratie parlementaire de revenir au pouvoir.

Lors de la débâcle, Marre tente de fuir comme les autres collaborateurs. Les trains sont bondés. En attendant d’être exfiltré, Marre discute avec le petit Jean (Maxim Driesen) laissé seul par sa mère.

L’EXPLICATION

Notre Salut, c’est se tromper d’enjeu.

Comprendre les enjeux est important. C’est reconnaître ce qui dépasse sa petite personne. Cela nécessite de prendre un peu de hauteur sur les événements pour les mettre en perspective, plutôt que de les observer. On peut s’intéresser à la place qu’on veut occuper sur une photographie. Encore faut-il tenir compte de la big picture.

Henri Marre est un homme qui cherche sa place sur la photographie. Ambitieux frustré de ne pas avoir percé à Paris, il n’a pas renoncé à son rêve de devenir un acteur de son époque (cf Illusions perdues).

Je ne me voyais pas rester les bras croisés.  

L’occupation a rebattu les cartes et Henri Marre compte bien en profiter pour se placer.

C’est assez idéal pour se repenser.

Il toque à toutes les portes du régime de Vichy. Il rencontre beaucoup de personnes comme lui, naviguant dans ces eaux troubles à l’affut de la moindre place laissée vacante. Tout ce qui importe à Henri est de réussir.

Je suis prêt à prendre n’importe quelle tâche pour servir mon pays.

Cependant, son ambition personnelle le fait penser à l’envers. Son agenda est tellement important qu’il empêche Henri de regarder les enjeux. Plutôt que de questionner ce que représente le régime de Vichy, il ne pense qu’à l’intégrer. Marre veut être dans le cadre, peu importe le cadre. Tout comme Paulette, qui ne fait pas attention au fait que son mari pose à côté de collaborateurs.

Pour réussir, Henri devient caméléon. Il ajuste son discours pour mieux plaire à ses interlocuteurs.

Il faut être flexible.

On dirait qu’il n’a pas d’avis sur la situation. Les principes de son livre ne sont pas de véritables convictions, plutôt des propositions qui peuvent lui permettre d’être l’homme de la situation. Ce ne sont d’ailleurs pas ses principes qui déterminent sa place. C’est plutôt le souci de se faire une place qui guide ses principes.

Le système qu’il rejoint devient de plus en plus difficile à regarder en face. Certains collaborateurs ne peuvent pas s’empêcher d’avoir un regard critique sur la manière dont les Allemands les contraignent à opérer.

Y avait la place pour agir autrement.

Henri Marre préfère quant à lui ne pas se poser de question. Il n’est pas entré dans ce régime pour en sortir. Donc il n’a pas de cas de conscience (cf Oppenheimer). Lorsqu’Henri Maux refuse la francisque, Marre ne comprend pas. Une fois de plus, il considère la place qu’offre un tel honneur, pas ce que cet honneur signifie.

Henri gère les problèmes opérationnels du régime, sans regarder ce qu’ils représentent. On lui parle de Juifs entassés dans un wagon à bestiaux et lui reste concentré sur une ligne comptable. Sans se chercher d’excuses, il explique sa logique.

On n’était pas décisionnaire, avec la pression d’en haut. (…) Nous on était là, à notre poste. Qu’est ce qu’on fait ? Il me semblait que l’important, c’était de protéger les Français.

Peu importe qu’il ait été un maillon de la chaîne de l’horreur, du moment qu’il ait la tête haute et que sa femme soit toujours amoureuse de lui.

Je suis de nouveau bien fière de mon mari.

Les occasions de changer d’avis se sont présentées. Henri s’est accroché.

J’ai eu le choix de rester ou partir, j’ai préféré rester pour limiter la casse.

Lorsque le régime tombe, la place d’Henri est définitivement figée sur la photographie. Il a tordu son identité pour s’associer au pouvoir et finalement il est associé à la défaite, sans que l’on sache qui il était vraiment. Pris dans la spirale d’un petit parti fasciste né des décombres de Vichy, qui n’intéresse pas Henri Marre mais dont il est désormais prisonnier.

Nous sommes à la croisée des chemins : L’ordre ou le désordre! (…) Cet ordre, nous allons le rebâtir!

La collaboration a donné à Henri l’espoir qu’il pouvait enfin réussir. Non seulement il n’a pas réussi comme il le souhaitait, mais en plus il part avec l’eau du bain lorsque Vichy s’écroule.

Le gouvernement dont il faisait partie est tombé.

Sa femme l’a quitté.

Il n’a pas d’ami.

Henri se sent aussi égaré qu’un enfant abandonné.

Quand on ne regarde que sa place sur la photographie, on risque de s’apercevoir trop tard que l’on figure en bonne place sur l’une des plus grosses taches de l’Histoire.

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son AUTEUR.

EXPLICATION DE FILM est un blog indépendant de cinéma qui s’intéresse au fond, plutôt qu’à la forme.
découvrez l’interprétation de milliers de films, également classés par LEURS thématiques.

Commentez ou partagez votre explication

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.