PAULINE ASSERVIE
Charline Bourgeois-Tacquet, 2018
LE COMMENTAIRE
Les amoureux sont tombés de leur petit nuage depuis longtemps. Ils savent que l’amour, c’est ce qui fait que l’on reste ensemble après des années. Au contraire des passionnés qui sont toujours en train de planer et n’ont pas la moindre envie de redescendre. Leur passion est un pur fantasme, digne des plus beaux romans.
LE PITCH
Une jeune femme part à la campagne pour se mettre au vert avec une amie.
LE RÉSUMÉ
Pauline (Anaïs Demoustier) est la maitresse de Bruce. Il lui a écrit pour la prévenir qu’il était en déplacement pendant une semaine. Alors pour ne pas avoir à penser à lui sans arrêt, elle part en weekend avec sa pote Violette (Sigrid Bouaziz).
Pourtant, Pauline ne fait que penser à Bruce.
C’est quand la dernière fois que t’as écrit ?
Avant hier.
Pauline ne comprend pas le silence de Bruce.
Comment on peut passer d’une correspondance intensive à ce vide absolu ?
Elle doute.
Il a dit : ‘impossible la semaine prochaine. je vais encore devoir me déplacer huit jours. Ne m’oublie pas belle amoureuse. Je reviens vite.’
‘Belle amoureuse’… J’avais oublié qu’il était si con! Et t’as répondu quoi ?
Ah ben j’ai rien répondu!
… Quoi ? T’as rien répondu ? C’est normal que t’aies pas eu de nouvelles!
Ah ben non pas du tout, c’est le contraire. J’ai rien répondu précisément pour le faire réagir. Je voulais le faire flipper en fait. Genre qu’est-ce que tu crois mec ? Que je vais t’attendre ? (…) Du coup c’est ça le pire. J’ai rien répondu par représailles. C’est un truc semi-punitif, semi-stratégique. Et pis lui… Aucune réaction.
Ne parvenant pas à accepter cette situation, Pauline finit par envoyer un message sous le contrôle de Violette.
‘On se voit quand alors ?’
Nan pas le ‘alors’, c’est nul. Ça fait je réclame. ‘On se voit quand ?’ tout court.
Ok, j’envoie… J’ai envoyé!
Pas de réponse. Pauline devient folle.
… Il a une maîtresse!
Quoi ? Mais c’est toi sa maitresse.
Ouais, mais une autre.
Du coup c’est ça qu’est génial. Moi j’suis là à attendre un mec qui attend lui-même attendait une meuf. Et oui! Je suis soumise par transitivité au bon vouloir d’une conne que je n’connais même pas par ricochet. Donc je sous doublement dépendante!
Pauline confie son smartphone à Violette afin d’éviter de faire n’importe quoi.
Après avoir retourné la situation dans tous les sens, Pauline arrive à la conclusion que Bruce est un connard qui ne mérite pas son attention. C’est fini. Elle est passée à autre chose. Les femmes sont comme ça.
Y’en a marre de la campagne. Moi demain je rentre à Paris.
À la gare, Violette informe que Bruce a laissé un message.
Je pense à toi. Voyons-nous vite.
Il n’en fallait pas plus que Pauline reparte au quart de tour.

L’EXPLICATION
Pauline asservie, c’est le phénomène de dépendance affective.
Une relation est un contrat. Ce contrat peut être implicite (cf Cinquante Nuances de Grey). L’essentiel est que les termes soient clairs pour chacune des parties afin de sentir en sécurité émotionnelle.
Il se peut que la relation soit déséquilibrée, quand l’homme exerce une relation d’emprise sur sa partenaire (cf Mon Roi) ou son partenaire (cf Ma Vie avec Liberace). Ou quand la femme harcèle son partenaire à la manière d’un mâle toxique (cf Obsession, Liaison Fatale). La relation peut être également déséquilibrée quand l’une des deux parties est en couple par ailleurs. Cela peut placer l’amant ou la maitresse dans une position d’attente, pouvant vite basculer dans une dépendance affective si la personne est fragile.
C’est le cas de Pauline qui se sent très vulnérable dans sa relation avec Bruce. Si tout semble clair entre les deux, il semble aussi que Pauline attende plus de cette histoire. Ses questions la trahissent.
Tu crois qu’il est retombé amoureux de sa femme ? Ou alors il culpabilise ? Il assume pas la double-vie.
Pauline est clairement en état de dépendance affective. Elle montre des signes évidents de sevrage. Tout d’abord, quitter Paris était son idée. Comme si l’éloignement pouvait faire disparaitre son angoisse alors que partout où elle va, Pauline ne pense qu’à une chose. Les autres autour d’elle ne comptent plus.
Sans nouvelle de Bruce, elle se sent triste. Pauline accuse d’ailleurs Violette de ne pas la soutenir suffisamment dans cette coupure de huit jours. À quoi servent les amies ??
T’es une égoïste en fait, t’en as rien à foutre de ma détresse!
Se sentant complètement abandonnée, alors que Bruce l’a pourtant prévenue, Pauline exprime sa jalousie.
Je m’en fous de sa femme!!
Elle s’est mise en hyper-vigilance.
Chaque mot compte.
Son état de tension permanente fait qu’elle est à l’affut du moindre message de Bruce qui lui permettrait de se rassurer au moins momentanément.
Ce qui n’empêche pas Pauline de faire les montagnes russes. Au cours de son weekend, elle alterne les phases d’euphorie et de profonde dépression.

En bonne Parisienne, Pauline tente d’intellectualiser sa douleur pour se soulager (cf Frances Ha). Mettre des mots et s’en référer à des philosophes lui donne l’impression de se sentir un peu moins vide.
Je pense qu’il faut explorer ça rationnellement, à la Descartes. (…) C’est pas Simone de Beauvoir qui serait dans cet état à cause d’un mec. (…) Il est accompli lui, il se transcende. Moi je suis engluée dans l’immanence.
C’est une illusion puisque Pauline attend quand même des validations de la part de Violette.
Tu peux pas vraiment offrir un foulard et quelqu’un et l’oublier ensuite. C’est pas vraiment possible…
Alors qu’elle prétend s’être libérée mentalement de Bruce, quelques mots suffisent pour replonger la tête la première dans sa boucle infernale.
Cette relation ne lui permet pas de s’épanouir. Il est certain que penser à Bruce l’occupe. Pauline se réfugie probablement dans ce schéma pour mieux éviter d’aborder les vrais problèmes. Si elle veut vraiment que les choses changent, elle va devoir se soigner en consultant quelqu’un. Apprendre à être heureuse seule, sans chercher à faire de l’autre sa seule source de bonheur ni pourrir la vie de Violette.