DIGGER

DIGGER

Alejandro González Iñárritu, 2026

LE COMMENTAIRE

Quand un homme atteint le crépuscule de sa vie, ses passions se sont évanouies. Son esprit est libéré de toute tracasserie. Après que le monde l’ai abandonné, trahi ou déçu, l’homme se retrouve seul. Il lui reste l’essentiel : un chat.

LE PITCH

Les États-Unis mettent en scène la fin du monde.

LE RÉSUMÉ

Curtis Markson (Tom Cruise) joue Digger Rockwell dans Fossil Fools.

Il y incarne l’homme le plus puissant du monde. Sa compagnie pétrolière fore un peu partout dans le monde, notamment au Groenland où vient de se produire une terrible tragédie (cf Deepwater). L’explosion d’une station a provoqué le décrochage d’une partie de la banquise, qui se dirige vers les côtes norvégiennes.

Le docteur Ganesh (Riz Ahmed) annonce que les conséquences pour l’Europe vont être catastrophiques.

What’s our worst case scenario?

It’s possible we’re discussing about millions displaced people.

Le dictateur à la tête des États-Unis, le président Compson (John Goodman), souffre d’un cancer de l’anus en phase terminale. Il ne veut pas gérer cette situation.

This is not my problem!

Ganesh affronte le courroux des Européens et blâme Digger.

Why is that my problem!?

Because you knew!

Puis Digger fait face à son tour à une foule hostile qu’il traite d’hypocrite.

I’m here to look you in the eyes.

Pendant la représentation, Curtis s’inquiète régulièrement pour sa fille qui ne donne plus de nouvelle. Il critique également la mise en scène de Hannah (Sophie Wilde). Kenny (Jesse Plemons), le petit fils du vrai Digger et producteur de la pièce, insiste pour terminer.

You’re all fine artists. Finish the god damn play.

Une autre partie de la banquise s’est détachée et se dirige vers l’Alaska. Compson dans un élan de folie accuse les Russes et les Chinois. Il déclenche l’arme nucléaire et plonge le monde dans l’apocalypse (cf Dr Strangelove).

I’m gonna push that red button and I’m gonna heal the world.

La pièce est un triomphe. Curtis reçoit une ovation. Le public est ravi, avant de remettre ses masques à gaz puis quitter le théâtre. Car le monde a effectivement été ravagé.

L’EXPLICATION

Digger, c’est un enterrement à l’américaine.

Les Américains maitrisent parfaitement l’art du storytelling ce qui leur permet de vendre n’importe quoi à n’importe qui. L’illusion permet d’encaisser les dollars (cf Le Prestige). Y compris quand le rêve vire au cauchemar.

Fossil Fools traite de la fin du monde et se confond étrangement à la réalité. On savait que les ressources étaient limitées. Depuis quelques années, on célèbre même le jour où la Terre vit à crédit – chaque année un peu plus tôt. Donc on sait mathématiquement que le modèle économique n’est pas viable et que les compagnies pétrolières vont conduire le monde à sa perte. C’est inéluctable. Malgré tout, les compagnies continuent de forer comme on creuse une tombe.

I need a million barils a day!

Les États-Unis de Digger Rockwell ont le sort de la planète entre les mains. Ils ont fait le monde moderne, et vont le défaire. Fossil Fools est la chronique de cette mort annoncée. La pièce raconte la manière dont cette Amérique va gérer les funérailles en plusieurs actes.

Acte 1 – Le déni.

Parce que l’Amérique n’accepte que ce qui lui convient. Si le réel ne va pas dans son sens, alors il n’a pas eu lieu (cf Memento).

I don’t believe you understand exactly what’s happening here.

Digger a prolongé la vie de son chat au delà de ce qui est acceptable parce qu’il refusait de le voir mourir. Cette Amérique traite le monde de la même manière.

She’s literally decomposing in your arms.

Une Amérique qui se met à dos ses voisins car le train de vie qu’elle impose n’est plus durable. Mais parce qu’elle veut tellement qu’on l’aime, elle refuse d’admettre qu’on puisse la détester.

30 years she’s been sleeping into my bed. That was our last moment together. Is this possible that she hated me the whole time?

Acte 2 – L’arrogance.

En Amérique, tout se termine par une happy end. Donc on se croit à l’abri des problèmes. Les Américains ne voient que des opportunités. Compte tenu de sa puissance militaire, l’Amérique de Compson estime qu’elle n’a de leçon à recevoir de personne. C’est pourquoi Digger se comporte comme un propriétaire qui râle contre ses locataires, ou mécontent à l’idée de devoir payer pour les travaux.

I’m paying for everything!

Alors que le monde s’éteint, l’Amérique estime qu’elle n’a plus besoin de se donner la peine de se maquiller. Elle s’impose sans avoir recours à la diplomatie.  Le comité de direction du président Compson, composé d’hommes blancs racistes et misogynes, ne cache même plus ses penchants suprémacistes (cf Une Bataille après l’Autre).

Where are you from Dr… Ganese?

… I’m American.

Yeah. But where do you come from?

Acte 3 – La manipulation.

Il n’y a pas de problème, rien que des solutions – ou des opportunités. Face à la fin du monde, l’Amérique garde la maitrise de son l’histoire. Sa vérité devient la vérité. Digger présente les choses comme ça l’arrange, toujours dans l’excès. Après avoir été le gendarme du monde, l’oncle Sam en devient son sauveur alors qu’il est pourtant le premier responsable de sa perte. Digger adore se donner en spectacle. C’est un acteur.

Controlling the narrative. (…) Change the story. (…) We’re going to save the world!

Dans ce nouveau narratif, Digger n’est certainement pas le coupable. D’après lui, ce qui arrive aux Européens est uniquement de leur faute. Le poids de la culpabilité passe outre Atlantique. Digger prétend que l’Amérique n’a fait que répondre à une demande. Selon lui, les Européens devraient balayer un peu devant leur porte – s’ils en avaient encore une après la montée des eaux.

You want me to keep producing! (…) You demand and I supply. (…) What should we do? Stop drilling? (…) Oil is what we have!

Acte 4 – Le divertissement.

Un monde qui coule ne peut pas être une raison suffisante pour baisser définitivement les rideaux. Il faut applaudir les acteurs pour leur performance. Toute cette comédie s’apparente à une coupure publicitaire avec la réalité, pour oublier quelques heures que l’on a déjà les pieds dans l’eau et des masques à gaz sur le visage.

Dans un enterrement à l’Américaine, on ne lamente pas. On termine par une standing ovation. Le show must go on. Un tsunami a eu lieu mais il faut continuer d’aller au théâtre pour échapper à la réalité, alors que le monde est déjà sous l’eau. La vie prend des allures de farce grotesque dont on est l’acteur, ou le spectateur. Une fin du monde dont on se rend coupable ou complice. À la fin, c’est quand même pour cela qu’on paie.

It’s satire!

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son AUTEUR.

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