THE MEG

THE MEG
Jon Turteltaub, 2018

LE COMMENTAIRE

Les Gaulois que nous sommes aiment se ruer sur les côtes chaque année, sans vraiment savoir pourquoi. Sans doute apprécions-nous les jeux de regards sur la plage (cf Mektoub), la fraicheur de l’eau pendant la canicule, la possibilité de faire pipi incognito… Nous oublions pourtant l’essentiel : la mer reste dangereuse pour l’humanité. Quand il y’en a trop, la montée du niveau des eaux menace de faire disparaître nos stations balnéaires les plus coquettes; et quand il n’y en a pas assez, c’est la guerre civile – avant l’extinction. Le piège de l’océan peut se refermer sur nous à chaque seconde, ce qui ne doit surtout pas nous empêcher de garder nos doigts de pied en éventail.

LE PITCH

Un requin préhistorique gigantesque ressurgit des profondeurs du passé.

LE RÉSUMÉ

Jonas Taylor (Jason Statham) est un plongeur émérite, spécialiste des missions de survie dans les bas fonds. Il parvient à sauver une dizaine de marins dont le submersible semble avoir été attaqué par un animal énorme.  ‘Semble’ seulement car il n’existe aucune preuve de l’existence de ce fameux mammifère. Et d’autres membres de l’équipage ont perdu la vie dans la panique, semant le doute sur les capacités de Jonas.

Las de ces accusations, il part en Thaïlande où il se met à boire. James « Mac » Mackreides (Cliff Curtis) va le tirer de sa retraite anticipée. Ce n’est pas gagné.

You’re going to tell me your story and I’m going to say ‘no’. You’re going to offer me money and I’m going to say ‘no’. You’re going to try to appeal to my better nature and I’m still going to say ‘no’ because I don’t have one.

Une poignée de scientifiques, parmi lesquelles Lori (Jessica McNamee), l’ex-femme de Jonas, sont coincés à des profondeurs records, attaqués à nouveau par un mammifère aux mensurations inédites. Ils sont en réalité les proies de mégalodons, des requins préhistoriques d’une vingtaine de mètres aux faux airs de Mausosaure (cf Jurassic World). Le mégalodon n’a personne au dessus de lui dans la chaîne alimentaire. Tout le monde croyait cette race disparue depuis des milliers d’années.

L’oxygène se fait rare. Lori est blessée. Le temps presse pour Jonas qui sort tout le monde du pétrin au prix de quelques pirouettes. Il ne le sait pas mais lors de sa remontée, il a ouvert un vortex à travers la couche de thermocline qui retenait ce prédateur prisonnier des profondeurs.

Le mégalodon désormais libre de chasser partout, le monde sous-marin se retrouve sous la menace de ce monstre.

Après avoir essayé toutes les vieilles techniques des Dents de la Mer, l’équipe parvient à empoisonner le premier mégalodon. Car il y en a un second encore plus grand. Et celui là, il faudra en venir à bout à l’ancienne.

Le requin décime la moitié de l’équipage dont son milliardaire Jack Morris (Rainn Wilson) ainsi que le docteur Zhang (Winston Chao). Il sème la panique sur les bords de Sanya Bay en Chine. Il faudra que Jonas fasse preuve de créativité pour l’éventrer et pour le tuer d’un coup dans l’oeil dans une bataille d’homme à requin haletante.

I’m going to make this thing bleed.

La carcasse du mégalodon se fait dévorer par les nombreux requins aux alentours.

Jonas a fait du bon boulot. Il est temps pour lui de prendre des vacances en compagnie de Suyin (Li Bingbing), la fille du Dr Zhang.

TheMegPippin.w700.h467.2x

L’EXPLICATION

En Eaux Troubles, c’est sauver les meubles.

À l’origine, il y a une soif de records chez l’homme qui le pousse à sans cesse repousser les limites en dépit de toute considération éthique (cf Icarus). Ce désir de dépassement est à mettre en parallèle d’une incapacité à assumer les conséquences de ses propres actes. Expliquons nous.

Nous avons créée une société productiviste où l’on veut vivre 24h/24h, 7 jours sur 7 sans accepter que l’énergie nécessaire à ce rythme insensé nécessite une production nucléaire dont on ne sait pas gérer les déchets (cf Into Eternity). Ça n’est pas notre problème, jusqu’à ce que ça le devienne.

En l’occurrence, nous avons des scientifiques très excités à l’idée de faire une avancée sans précédent sur la connaissance des fonds marins, là où personne n’est jamais encore allé… sans imaginer qu’ils puissent y un trouver un mammifère monstrueux qui se mettent à tout détruire sur son passage. Comme le fait remarquer le professeur Malcolm dans Jurassic Park, nous nous laissons tellement embarquer par ce que nous pouvons faire que nous en oublions parfois de nous demander si nous en avons le droit. Les scientifiques viennent, malgré eux, de déclencher une putain de guerre dans laquelle l’humanité n’a clairement pas l’avantage.

Meg versus man isn’t a fight… it’s a slaughter.

C’est ainsi qu’on passe d’une expédition scientifique dont le but est de faire des découvertes fondamentales à une opération de survie où tout devient permis pour sauver ses fesses, y compris le plastiquage de baleines. Face à la menace ultime, il faut croire que tout devient soudainement justifiable, même le pire. Ce requin n’a pourtant rien demandé. Il n’est fondamentalement pas méchant, il ne fait que survivre (cf Life). Il croque les nageurs comme de vulgaire cacahuètes. On l’a sorti de sa préhistoire pour mieux le massacrer.

That thing’s out there. We need to find it and kill it!

Une fois que nous avons réalisé que nous n’aurions pas du faire certaines choses, notre réflexe est de fermer les yeux (cf Eyes Wide Shut). Quelqu’un nous a-t-il vu? Non? Alors rien de tout cela n’a existé. Comme le dirait Emmanuel Macron à propos de l’affaire Benalla, il n’y a pas de sujet. Les Français n’en parlent pas. On éteint les lumières des sous-marins. Et on continue de nager, comme si de rien n’était, sans faire de mouvements brusques qui pourraient attirer l’animal. En gros, on ne fait pas de vagues.

Just keep swimming, just keep swimming…

Une erreur finit toujours par se remarquer à un moment ou un autre. Lorsqu’on finit par être dévoilé, il faut bien prendre ses responsabilités.

Et bien non! Pas du tout! Plutôt que d’assumer et avoir recours au hara-kiri comme le veut la culture asiatique (cf Old Boy), la culture occidentale nie la réalité (cf Weiner) et s’en remet à un improbable sauveur (Jésus, Superman, Wonder Woman). En l’occurrence il s’agit de Jonas, à ceci près que lui se moque pas mal du repentir – n’en déplaise à son propre mythe. Ce Jonas là a une grande gueule et de gros muscles (cf San Andreas). Il est le sauveur des situations désespérées. Son boulot est de maintenir l’équilibre quand celui-ci est menacé. C’est à dire que quand un prédateur se dirige droit vers une plage bondée de centaines de chinois barbotant bêtement comme un élevage de poussins en batterie, Jonas se bat pour leur permettre de continuer à barboter bêtement. Grâce à Jonas, les poussins continuent de piailler.

Jonas est celui qui préserve notre système de pensée, aussi dysfonctionnel soit-il. Il empêche le bug dans la matrice pour que le monde puisse continuer à vaquer à ses petites occupations et faire ses selfies.

Finalement, le mégalodon a été vaincu par la société megalomane.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

Commentez ou partagez votre explication

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.