FLOW
Gints Zilbalodis, 2024
LE COMMENTAIRE
On se demande pourquoi on n’a pas encore trouvé une manière de vivre dans l’espace. Alors que l’on n’a pas encore élucidé d’autres mystère depuis plus de deux millénaires… comme le chat. En ce qui concerne les félins, on en reste au stade des hypothèses : pourquoi le chat ronronne-t-il ? Qu’est-ce qui le motive à déposer ses phéromones ? Que cherche-t-il à exprimer à travers ses miaulements désespérés ?? Cela ne peut quand même pas être qu’une simple histoire de croquettes… Ce n’est pas à la hauteur d’un animal si sophistiqué, à la focale aussi acérée.
LE PITCH
Un petit chat noir doit faire face à la montée des eaux.
LE RÉSUMÉ
La civilisation a coulé. Ne reste plus sur terre que quelques espèces animales qui cherchent tant bien que mal à survivre à mesure que l’eau monte.
Dans la forêt, un chat noir observe les autres animaux s’affoler. Alors il rentre se coucher dans sa maison abandonnée, au calme (cf le Royaume des Chats).
Les aboiements affolés des chiens réveillent le chat qui remarque que le champ est inondé. Le chat regarde l’eau avec un sentiment d’appréhension car ce n’est clairement pas son élément. Dans le ciel, des messagers sagittaires font un vol groupé comme s’ils fuyaient quelque chose. Des cerfs foncent dans la direction du chat qui ne comprend pas ce qui se passe.
C’est alors qu’il est emporté par une énorme vague (cf The Impossible).
Il parvient à rejoindre la rive où il retrouve un labrador.
Le chat part se réfugier à l’étage de sa maison où le labrador ne peut le suivre. Une barque passe sur l’eau dans laquelle sont montés les autres chiens. Le labrador les retrouve et s’en va tout doucement sous les yeux du chat.
L’eau continue inlassablement de monter. Le chat comprend qu’il ne va pas pouvoir rester où il est encore bien longtemps. Alors il grimpe en haut d’une immense statue de chat qui domine la vallée. Le panorama est magnifique. Pas le temps d’en profiter. L’urgence est de trouver une solution pour s’échapper. Coincé sur la tête de la statue de chat, il aperçoit une baleine. Cette fois-ci, c’est la fin. Il miaule à l’aide, les oreilles baissées.
Désormais sur la pointe d’une des oreilles de la statue, il parvient à grimper sur un bateau dans lequel se trouve un capybara (cf l’Odyssée de Pi).
Les jours passent. Le chat est affamé. Il voit des bancs de poissons passer le long du bateau et tente sa chance, mais manque de se noyer. Une baleine vient à son secours, avant qu’il ne soit capturé par un messager sagittaire. En se débattant, il parvient miraculeusement à retomber sur ses pattes à bord du bateau.
Les deux compagnons accueillent un lémurien qui collectionne des objets dans un panier.
Le bateau accoste sur une rive où le chat retrouve le labrador et les autres chiens. Un messager sagittaire blessé à l’aile rejoint les animaux à bord du bateau. L’aventure reprend. Chacun s’observe en essayant de jouer son rôle (cf Le Goût des Autres). Le chat n’a plus peur de l’eau désormais. Il a appris à pêcher le poisson et à remonter à bord du bateau.
La tempête fait rage. Le chat tombe dans l’eau avec l’oiseau. Tous les deux coulent puis se mettent à flotter, lorsqu’un vortex s’ouvre dans le ciel. Le chat remonte à la surface pendant que le messager sagittaire s’envole dans le ciel.
En l’absence du bateau, il ne reste plus qu’une petite bouée de fortune à laquelle le chat tente de s’agripper.
Des arbres semblent soudainement jaillir des fonds marins à mesure que le niveau des eaux redescend. Le chat aperçoit ses camarades d’infortune dans une clairière, tandis que le bateau est resté dangereusement perché sur une branche avec le capybara encore à l’intérieur. Tout le monde s’organise pour venir en aide au rongeur.
Pas le temps de célébrer, une baleine s’est retrouvée piégée dans la forêt. Le chat ne peut pas faire beaucoup plus que de se frotter contre elle pour essayer de la réconforter.
Triste de ne pas avoir pu sauver la baleine, le chat regarde sa propre réflexion dans une flaque. Puis il est rejoint par les autres rescapés.

L’EXPLICATION
Flow, c’est la vie.
À l’origine, l’expression c’est la vie était une manière un peu fataliste de dire que les choses étaient ce qu’elles sont. Un constat d’échec déterministe pour dire que c’est comme ça, et que l’on ne peut rien y faire. Puis le sens de l’expression a été détourné par le langage populaire pour devenir un qualificatif servant à déculpabiliser un plaisir un peu cringe. Beaucoup de personnes peuvent ainsi s’extasier bêtement en se sentant le besoin de rajouter c’est la vie.
Exemples :
- le camping, c’est la vie!
- Taylor Swift, c’est la vie!
- le kebab, c’est la vie!
- Etc.
Sauf que la vie, c’est pas ça.
La vie s’apparente à un flow, c’est à dire un courant. En anglais, on dit qu’il faut apprendre à go with the flow. Ce n’est pas aussi simple que de suivre le mouvement non plus. La vie n’est pas cool (cf Big Lebowski). On ne peut pas juste être chill. Il faut se débattre et éviter les pièges ou les impasses.
Ce petit chat en fait l’expérience. Jusque là, il vivait dans un monde bien aseptisé où ses propriétaires le vénéraient au point de faire des dessins de lui ou de lui ériger des statues. Ce chat était d’une certaine manière le roi dans son domaine – à juste titre.

Quand tout s’est précipité, pour une raison inconnue. L’eau s’est mise à monter. Il a fallu partir, à la hâte (cf Nomadland).
Le chat perd son status social. Les événements le conduisent à devoir composer avec des animaux qui ne sont pas de son espèce et qu’il ne connait évidemment pas. Il va devoir nager et apprendre à pêcher pour survivre.
Le chat, avec les autres, commencent à naviguer.
Les choses qui lui apportaient du plaisir auparavant ont disparu. Désormais, c’est à lui de trouver du plaisir dans son quotidien. Le chat s’amuse avec la queue du lémurien. Preuve que l’on peut toujours s’amuser, même quand tout va mal.
Le chat s’en sort plutôt bien car il sait se débrouiller. Parfois, il a de la chance qu’un bateau se présente à lui ou qu’une baleine lui sauve les fesses. Le labrador et le capybara sont plutôt sympas. Par contre, un messager sagittaire l’avait quand même capturé. Et tous les messagers sagittaires ne sont pas ses ennemis. Donc on ne peut pas se fier à n’importe qui, ni se méfier de tout le monde non plus.
La vie est faite d’inattendu. Sans ce déluge, serait-il monté tout en haut de cette statue ? Savait-il que le coucher de soleil pouvait être aussi spectaculaire ? Aurait-il parcouru autant de chemin si le courant l’avait pas porté ?
Un jour, on dort dans un lit. Le lendemain, on peut dormir sous un pont. Puis la tempête passe. C’est la décrue. On ne comprend toujours pas pourquoi.
Une chose est sûre : on n’est pas seul·e dans cette galère.