JUSQU’ICI TOUT VA BIEN

JUSQU’ICI TOUT VA BIEN

Mohamed Hamidi, 2019

LE COMMENTAIRE

On a tendance à penser la vie d’une manière verticale, en termes de progression sociale ou de décente aux enfers. Ce qui génère des émotions opposées en fonction du bouton de l’ascenseur sur lequel on appuie. On monte, tout va bien. À l’inverse, on descend et tout va mal. Et si on pensait la vie d’une manière plus horizontale? Plus d’ascenseur. On se rendrait compte que ce qui nous arrive n’est pas forcément mieux ou moins bien, mais tout simplement différent.

LE PITCH

Une agence de pub Parisienne déménage à La Courneuve.

LE RÉSUMÉ

Fred Bartel (Gilles Lellouche) est le directeur de Happy Few, une petite agence de communication avec le vent en poupe (cf 99 francs). En effet, l’équipe vient de décrocher un joli contrat. Malheureusement, l’inspecteur du Trésor Public (Philippe Uchan) est dans les bureaux car il s’avère que ce coquin de Fred a domicilié son agence à La Courneuve pour payer moins d’impôts. Son redressement fiscal va lui coûter 1.7 millions d’euros. Autant mettre la clé sous la porte, avant de partir en prison. Voire se suicider. Devant les menaces de Bartel, l’inspecteur se montre accommodant.

Y’a peut-être moyen de s’arranger… On oublie les 1.7M et les plaintes au pénal si vous installez vraiment votre société à la Courneuve.

Fred se voit offrir une seconde chance guère enthousiasmante.

Mes clients vont jamais nous suivre à la Courneuve, c’est une zone de non-droit.

En revanche, il n’a pas le choix. Donc il part s’installer dans le 9-3 avec ses employés qui font la grimace. Leïla (Sabrina Ouazani) n’a pas du tout envie de retourner à la case départ. Gilou (Loïc Legendre), Mike (Hugo Becker) et Élodie (Camille Lou) craignent de se faire agresser.

Bienvenue à la Courneuve!

Ce n’est pas tout. Fred doit également s’assurer que 30% de son effectif est issu de la zone franche. Alors il recrute de nouveaux éléments, dont Mariama (Annabelle Lengronne) et Samy (Malik Bentalha). Il doit également se plier aux règles locales en arrosant les enfants de la cité (cf Les Misérables) et se mettre bien avec Bibiche (Karim Belkhadra).

On est comme vous, on est dans le business.

Tout se passe finalement mieux que prévu : Les clients n’ont pas déserté. Sadek (Nassim Si Ahmed) se montre un peu menaçant mais finit par rentrer dans le rang. Fred se réconcilie avec son fils (Grégoire Paturel) et son ex-femme (Jeanne Bournaud). Mariama permet à la société de décupler son chiffre d’affaires en convainquant un distributeur d’équiper l’ensemble de son parc de boutiques avec des tablettes.

Quand on est arrivé ici je pensais que ce serait compliqué et en fait c’est formidable.

Désormais il faut délivrer! Fred a besoin de 200.000 euros que la banque refuse cependant de lui avancer. C’est Bibiche qui se propose d’aider Happy Few, moyennant une somme d’argent en cash.

Quand tu vas à la banque tu demandes d’où il vient le pognon?

Je peux pas accepter.

Ah je te les donne pas, je te les prête. Avec des intérêts. On fait ça reglo…

Malheureusement, Sadek dérape et se fait virer. Il quitte les lieux furieux. Le lendemain, les entrepôts de l’agence se font dévaliser – comme par hasard. L’agence va perdre son contrat et Fred risque de ne pas pouvoir rembourser Bibiche. Alors le capitaine quitte le navire.

J’arrête tout, je me barre d’ici.

Heureusement, Samy rattrape le coup. Il s’agissait des enfants de la cité. Avec l’aide de Bibiche et les efforts de toute l’équipe, les magasins sont livrés à temps. Tout le monde est content. Bibiche profite également des conseils marketing de Fred pour rebrander son offre de shit et gagner des parts de marchés.

Vos clients ils doivent acheter votre shit, pas du shit. Pour ça, il faut une marque, un nom, un label.

Et Samy emballe Élodie.

L’EXPLICATION

Jusqu’ici tout va bien, c’est un phalanstère moderne.

Pour généraliser, on pourrait dire qu’il existe une France urbaine en marche fonçant à toute vitesse vers le futur et une France de la périphérie à l’arrêt, abandonnée à la violence (cf La Haine, Mauvaises Herbes). Sans oublier une France rurale qui encaisse les coups (cf Un pays qui se tient sage) et se débrouille tant bien que mal pour survivre sur le bas côté de la route (cf La Famille Bélier).

Pour reprendre un lexique cycliste, il existe une France en tête de peloton et une France qui a décroché. Plus personne ne peut ignorer cette fracture sociale et les inégalités qui en découlent (cf Entre les murs) à l’image de Mariama qui finit caissière dans un fast food, malgré ses diplômes.

Qu’est-ce que vous faites chez McDo? Je comprends pas.

C’est les seuls qui m’ont pris…

Alors comment faire pour que la brillante Mariama puisse avoir les mêmes débouchés professionnels que les étudiants de grandes écoles de commerce (cf La crème de la crème)? Comment faire en sorte que Sadek ne soit plus victime de préjugés? Ou que Samy puisse espérer sortir avec une fille comme Élodie?

Il faut que tout le monde se mette au travail ensemble pour avancer dans la même direction et consolider les pièces du puzzle. Ce qui n’est évidemment pas une mince affaire.

Le point de départ est donné par l’État qui doit jouer son rôle en créant un chemin, quitte à forcer le passage. Si Fred n’avait pas été contraint par les impôts à délocaliser son entreprise à la Courneuve et de recruter sur place, rien de tout cela n’aurait pu se réaliser.

Pour que cela fonctionne, Bartel doit évidemment jouer le jeu, en embarquant ses moutons et les rassurant sur le fait que travailler dans un environnement moins douillet est possible. Il faut convaincre Leïla en premier.

Si toi t’y vas pas, personne voudra y aller.

Changer de regard sur cet endroit méprisé. Élodie n’est pas convaincue.

Les locaux, les locaux… on dirait plutôt un centre pour migrants ouais.

Bartel fait son travail de publicitaire. Il dédramatise et positivise.

C’est La Courneuve, c’est pas la Colombie non plus. On va se calmer. (…) Vous allez voir, on sera bien.

Par ailleurs, il va falloir apprendre à travailler avec, non pas contre. Fred doit opérer un changement de culture au sein de son entreprise. Il faut accompagner Mike.

Va falloir te détendre, sinon tu vas être malheureux.

Puisqu’il ne s’agit pas de gentrification comme dans le cas d’une certaine agence de publicité qui annexerait les Magasins Généraux de Pantin. Non. L’implantation d’Happy Few ne doit pas se faire au détriment des habitants en les repoussant aux confins de l’Île-de-France. Au contraire, elle doit être inclusive et s’appuyer sur la mixité.

Pour cela, il est important que Bartel ne comporte pas en impérialiste (cf OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire). C’est pourquoi il montre patte blanche, avec humilité. Il est nécessaire pour lui de nouer de bonnes relations avec Bibiche.

En retour, les habitants du quartier doivent également accueillir l’arrivée de Happy Few comme une opportunité. Ne pas couper la tête de la poule aux oeufs d’or. Le racket doit se faire dans des proportions raisonnables.

Ici c’est chez nous. C’est nous qui décide à qui tu paies.

Le train s’est arrêté en gare, il s’agit pour Mariama et Samy de ne surtout pas le rater. Profiter de cette chance qui leur est offerte pour faire leurs preuves. Tout ne sera pas rose mais si Bartel s’accroche, il pourra en profiter et faire profiter les autres. Bibiche en croquera. Tout le monde peut y gagner. Un véritable cercle vertueux! Transformer l’utopie en réalité.

Y’a plus qu’à…

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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