INCOHERENCE

INCOHERENCE

Bong Joon-Ho, 1994

LE COMMENTAIRE

L’habit ne fait pas le moine (cf Le Daim). Pourtant on cherche à savoir ce que les détails vestimentaires peuvent révéler de la personne qui les portent. Que se cache-t-il derrière la chemise repassée, la cravate en ordre de marche, sous la mèche impeccable et les lunettes bien droites ?

LE PITCH

Trois Coréens commentent la montée des incivilités, à laquelle ils contribuent.

LE RÉSUMÉ

Épisode 1 – Cafard

Le professeur Kim (Yeon-suYu) fantasme gentiment sur l’une de ses élèves (Sang-hyo Lim). Il s’imagine en chemin vers l’Université, en train de l’accoster. À son bureau, il feuillette un numéro de Penthouse. Il en oublierait presque son cours!

Aujourd’hui, nous allons aborder un sujet complexe de la psychologie moderne détaillé dans un texte d’Adorno consacré à sa théorie de la nature humaine…

Il a surtout oublié les photocopies qu’il devait distribuer à ses étudiants. Alors il envoie son étudiante favorite les chercher sur son bureau… en oubliant qu’il y a laissé son numéro de Penthouse bien en évidence.

Il fait une pause pour rattraper in extremis son étudiante avant qu’elle ne découvre le magazine. Kim a frôlé la catastrophe.

Épisode 2 – Dans les ruelles

Un éditorialiste célèbre (Il-ju Yun) attend devant chez lui que le vendeur de journaux (Dong-hwan Shin) fasse sa tournée. Il lui propose une brique de lait. La femme de l’éditorialiste (Kim Seon-hwa) le surprend et l’insulte en menaçant de résilier son abonnement.

Le vendeur essaie de se justifier tant bien que mal.

C’est votre mari qui me l’a offert!

Elle ne veut rien savoir. Le vendeur de journaux ne parvient pas à rattraper l’éditorialiste à travers les ruelles.

Épisode 3 – La nuit de la souffrance

Le procureur Byun (Kim Roh-ha) termine une soirée arrosée avec ses collègues. Il rate son arrêt de bus et se retrouve aux abords d’un appartement qu’il confond avec des toilettes à ciel ouvert. L’agent de sécurité (Kwang jin-Park) l’arrête.

Qu’est-ce que tu fous là ! Tu prends la pelouse pour des WC ?! Heureusement que je t’ai pris avant le fait accompli. Qui va nettoyer derrière toi ?

Le procureur vilipende l’agent, avant de finalement se rendre au sous-sol pour faire ce qu’il a à faire.

Épilogue

Les trois hommes se retrouvent sur un plateau TV pour débattre sur les raisons de la dégradation de la situation en Corée. Le professeur Kim se livre à une première explication.

J’ai été choqué et attristé en tant qu’être humain. (…) Il semblerait que notre sens de la communauté soit en voie de disparition. (…) Peut-être le problème se trouve-t-il dans le climat moral dans lequel nous vivons ? (…) En tout cas, heureusement que la version Coréenne de Penthouse a été censurée.

Le procureur poursuit.

Même en écartant les crimes violents, nous pouvons constater l’état de notre société en observant les infractions de certains de nos concitoyens. Traverser en dehors des passages pour piétons, uriner en public…

L’éditorialiste émet une hypothèse.

Parlons de la source du problème : Elle se situe dans l’éducation donnée à la maison et à l’école.

Le professeur s’interroge.

On n’a pas enseigné à nos criminels à maîtriser leurs pulsions. (…) Jusqu’à quel point sommes-nous capables de nous maîtriser ?

Et le procureur de conclure.

Il nous faut un gouvernement plus strict. (…) Les problèmes radicaux exigent des solutions radicales.

L’EXPLICATION

Incohérence, ce sont des donneurs de leçons.

Les mâles alpha ont une caractéristique génétique : ils aiment bien prendre les choses en main. Dans une salle de réunion, ils ne peuvent pas s’empêcher de se lever, parler plus fort que les autres, prendre le stylo et aller au tableau pour montrer qu’ils ont compris plus vite que les autres.

Le professeur, l’éditorialiste et le procureur sont trois hommes responsables qui occupent des positions d’autorité dans la société (cf Le Jour des Morts-Vivants). En toute logique, on les tient en grande estime.

Vous avez toute ma confiance.

Il est donc normal qu’on leur demande de venir donner leur perspective sur la conjoncture. Ainsi, leur décryptage sert à éclairer les personnes qui n’auraient pas la chance de bénéficier de leur intelligence.

Le journaliste plante le décor : les choses vont mal.

C’est là un aperçu de l’effondrement de nos valeurs morales.

Désormais, la voie est libre pour les donneurs de leçons. Le professeur, l’éditorialiste et le procureur jouent les moralistes. Profitant de la légitimité que leur confère leur position, ils donnent tour à tout leur analyse et jouent le jeu de la surenchère lorsqu’il s’agit de proposer des solutions.

Il faut faire comme ils disent. Par contre, il ne faut pas faire comme ils font. Car eux-mêmes sont à l’origine de ce qu’ils condamnent par ailleurs.

Le professeur s’estime choqué du comportement de ses congénères alors qu’il est lui-même lubrique. Non seulement il fantasme sur ses élèves, mais en plus il fait preuve d’un manque de professionnalisme patent puisqu’il oublie tout. Cet imbécile en oublie même qu’il a laissé un magazine cochon sur son bureau alors qu’il a demandé à son élève de s’y rendre.

Cela ne l’empêche pas, en public, de poser la question de la maîtrise.

Quant à l’éditorialiste, il prend du plaisir à piéger le vendeur de journaux après lui avoir dit qu’il admirait son travail. Puis il s’échappe à travers les ruelles sinueuses. À cause de lui, on peut perdre son travail. Et il trouve toujours un moyen de passer entre les gouttes.

Après quoi, ce malotru prend un malin plaisir à parler d’éducation, tout en blâmant l’école et la famille pour leur déficience. Il rejette la faute sur les autres – en confiance.

Enfin le procureur explique la situation actuelle par le fait que personne n’arrive à respecter les règles élémentaires, alors que lui-même s’en moque.

J’ai raté mon arrêt!

Non seulement il est le premier à faire ce qu’il dénonce, en urinant sur la voie publique, mais en plus il se permet d’inviter à condamner fermement toutes celles et ceux qui enfreindraient les règles.

Méfiance envers les cavaliers blancs et autres donneurs de leçons invités dans des émissions où on attend d’eux qu’ils fassent le bilan pour mieux donner la marche à suivre. Attention aux consignes de ceux qui affichent un culot monstrueux.

La société devient dysfonctionnelle quand certains commencent à se réfugier derrière leur titre pour se permettre de faire n’importe quoi. Ceux qui sont censés donner l’exemple se révèlent être de complets imposteurs. Plutôt que de se remettre en question, ils se protègent en dénonçant les autres – dont ils partagent pourtant le comportement. Pire, ils sont mêmes les premiers à violer la loi qu’ils sont censés respecter, faire respecter et représenter.

Le ver est dans le fruit.

Cette explication de film n’engage que son film.

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