DOSSIER 137
Dominik Moll, 2025
LE COMMENTAIRE
Il existe des métiers ingrats, où l’on se retrouve tout·e seul·e à devoir refaire le fil d’une histoire à trou. Entre les mensonges des un·es et les oublis des autres, on a l’impression de gravir une montagne. Sans parler d’une hiérarchie qui ne joue pas son rôle. Et malgré tout, il faut s’accrocher pour empêcher que tout ne s’effondre.
LE PITCH
Une enquêtrice de l’IGPN s’attaque à des membres de la BRI.
LE RÉSUMÉ
Stéphanie (Léa Drucker) et ses collègues sont mobilisé·es suite à l’intervention, pas toujours réglementaire, des forces de l’ordre lors des manifestations des gilets jaunes (cf Un Pays qui se tient sage). Elle entend un CRS (Yoann Blanc) reconnu coupable d’avoir jeté un pavé risque une sanction disciplinaire.
Comment vous justifiez votre geste ?
Je sais pas… Là j’ai craqué. J’en pouvais plus.
Madame Girard (Sandra Colombo), originaire de St Dizier, vient porter plainte au nom de son fils Antonin (Yannick Morzelle) qui est à l’hôpital dans un état grave après avoir reçu un tir de LBD dans la tête.
Stéphanie prend la plainte. Une de plus. Dans son investigation, elle est aidée par Benoît (Jonathan Turnbull).
Les caméras de surveillance permettent d’identifier les membres d’un groupe isolé de la BRI venue prêter main forte aux forces du maintien de l’ordre. Le commissaire de la BRI (Steve Driesen) rappelle le contexte.
On nous a dit que la République était en danger. Il fallait participer à l’effort de guerre.
Les agents de la BRI ont sûrement croisé Antonin à l’heure des faits. Arnaud Lavallée (Théo Costa-Marini), Mickael Fages (Théo Navarro-Mussy), Michel Brezenski (Gabriel Almaer), Clément Garcia (Alexandre Auvergne) et Sébastien Jacquet (Marc Lamigeon) n’ont pourtant rien à déclarer.
D’autres éléments tendent à indiquer qu’il y avait un témoin. Stéphanie rencontre Alicia Mady (Guslagie Malanda) qui a effectivement tout vu. Elle a même filmé la scène. D’abord intimidée, la jeune femme envoie sa vidéo à Stéphanie. On y reconnait Fages et Lavallée qui font usage de leur arme quasiment à bout portant, puis Fages qui donne un coup de pied à Antonin Girard allongé au sol. Benoît est gêné.
Ça craint…
Stéphanie décide de mettre Fages et Lavallée en garde à vue.
Au fil de son enquête, elle reçoit de nombreuses pressions – notamment de la part de son ex-mari (Stanislas Merhar), policier également, et sa nouvelle compagne (Antonia Buresi) syndiquée dans la police.
On en a tous raz le bol du police bashing…
Stéphanie tient bon.
Les gars de la BRI, t’as vu ce qu’ils ont fait au Bataclan (cf Novembre), c’est des héros!
C’est pas parce qu’ils sont de la BRI qu’ils ont le droit de se comporter comme des cowboys (cf Le Procès du 36).
La décision de Stéphanie provoque cependant une levée de boucliers. Le porte-parole du syndicat de la police (Etienne Guillou-Kervern) s’exprime.
Les policiers sont écoeurés. Il faut que le gouvernement comprenne que nous sommes proches d’un point de rupture et quand nous ne seront plus là, il n y aura plus personne pour protéger la République.
La directrice de l’IGPN (Hélène Alexandridis) intervient. Elle fait libérer les officiers de la BRI. L’affaire est politique.
Ce n’est pas le moment de provoquer la grogne des syndicats. (…) On ne peut pas se permettre de mettre toute la profession à dos. C’est aussi le point de vue de l’IGPN et du Ministère.
Stéphanie se voit déchargée de l’affaire par sa supérieure (Florence Viala) qui lui reproche d’être liée avec Madame Girard. Il se trouve que Stéphanie est née à St Dizier et que Madame Girard fut l’infirmière de la mère de Stéphanie (Geneviève Mnich) trois ans auparavant.
Il faut être absolument exemplaire sur la déontologie. Ne vous inquiétez pas. Je me suis arrangée pour qu’il n’y ait pas d’enquête administrative.
Cette histoire est un dossier que l’on referme.
Antonin essaie de ne pas détester les policiers. Il garde de graves séquelles.
Je suis devenu un poids pour ma mere. (…) J’essaie de rester positif. C’est pas facile.
Stéphanie rentre chez elle. Elle se change les idées en regardant des vidéos de chats. Puis elle s’interrompt pour regarder son fils (Solàn Machado-Graner) dans les yeux.

L’EXPLICATION
Dossier 137, c’est un jeu d’échecs.
La vie ressemble souvent à une grosse machinerie complexe où toutes les pièces dépendent les unes des autres et peuvent se gripper au moindre grain de sable (cf Babel). Pour les politiques, il s’agit d’un jeu d’échecs où les administré·es jouent le rôle de pions.
Stéphanie est un pion particulier puisqu’elle a un pied dans chaque camp : elle est une flic qui enquête sur ses collègues, tout en étant originaire de là où sont issus les gilets jaunes.
L’impact de Stéphanie est essentiel. En s’assurant que le travail mal fait soit reconnu et puni, elle contribue à la justice sociale. Elle confronte des CRS à leurs agissements.
Vous vous reconnaissez ?
… On s’est pris des projectiles et des insultes toute la journée.

Les efforts de Stéphanie servent à cimenter un édifice qui craque de toute part.
Comment on tient ensemble ?
Stéphanie évolue sur un échiquier coupé en deux avec une majorité qui a du mal à joindre les deux bouts.
On n’est pas gilets jaunes mais on en a marre qu’on soit payé une misère.
Et une minorité au pouvoir persuadée qu’il suffit de traverser la rue pour trouver du travail.
L’échiquier n’en est pas moins paradoxal car il oppose deux camps très similaires. À tel point que la situation pourrait paraitre bien ridicule puisque ce ne sont que des gens du peuple qui s’affrontent entre eux. D’un côté, Madame Girard ne pense rien faire de mal.
Je comprends pas pourquoi ils ont tiré sur mon fils comme ca en pleine tete. Mon fils c’est pas un casseur. On est venu manifester pour le service public.
De l’autre, Marc (Pascal Sangla) travaille à l’IGPN sans être insensible aux revendications.
Au début, j’étais plutôt d’accord avec les gilets jaunes. Franchement, ils ont raison.
Pourtant, on les monte les un·es contre les autres. Alicia Mady se retrouve à avoir peur de ceux dont elle ne devrait rien avoir à craindre a priori.
Je veux pas d’ennui avec la police. (…) Vous avez bien réussi à me trouver. Eux, ils feront comme vous. (…) Personne n’ose se mettre à dos la police.
Et les flics commencent à avoir peur de ceux qu’ils sont censés protéger.
Beaucoup de manifestants se sont transformées en bêtes sauvages!
Au bout de l’épuisement, la République marche sur la tête.
Au milieu de ce plateau, Stéphanie s’agite pour faire son boulot correctement. Elle est professionnelle, consciencieuse (cf Serpico) et impartiale.
C’est vous qui le dites.
Non, c’est ce que montrent les images.
Bien qu’elle soit dans son rôle, ce n’est malheureusement pas assez. Face à madame Girard, Stéphanie est impuissante.
Je voulais vous dire que j’ai fait de mon mieux pour établir la vérité.
Votre travail, il sert à quoi ?
Stéphanie n’est pas responsable de ce qui se passe. Elle doit gérer les conséquences. Sur cet échiquier de guerre civile, les pions se retrouvent donc à passer plus de temps à devoir réparer les dégâts plutôt qu’à créer les fameuses richesses qui permettraient de combler le déficit si cher au gouvernement.
Comme les autres, Stéphanie est prise en otage par des hommes et des femmes politiques qui décident des mouvements des pions sur l’échiquier. Des politiques dont les mesures radicales, sous prétexte d’urgence, ne font que renforcer les inégalités sociales. Ces mêmes politiques dont le métier est aussi de s’entendre pour éviter que le peuple ne descende dans la rue.
Tout s’est fait dans une certaine precipitation. Le gouvernement était en panique. (…) La situation était quasi-insurrectionnelle.
Malgré leur incompétence, certain·es sont toujours en poste aujourd’hui.
On se dit que pour briser leurs chaînes (cf Spartacus), les pions ont encore une ultime possibilité : celle de voter pour renouveler la classe politique. Installer des dirigeant·es au pouvoir qui pourraient travailler à une paix sociale plutôt que d’agiter la haine ou renforcer les mesures sécuritaires. Oeuvrer dans l’intérêt de la nation, sans marcher sur son peuple (cf Le Président).
Mais si le choix des urnes n’est pas pris en compte, alors on risque vraiment de finir échec et mat.