LE PROCÈS DU 36

LE PROCÈS DU 36

Ovidie, 2022

LE COMMENTAIRE

C’est grâce à la reconstitution que les jurés peuvent se faire un avis (cf Douze hommes en colère). Elle réclame donc beaucoup de justesse afin que chacun puisse se projeter. Sans jamais vraiment réussir à refléter correctement le caractère infâme des circonstances dans lesquelles ce sont déroulés les faits.

LE PITCH

Deux flics de la BRI sont accusés de viol en réunion.

LE RÉSUMÉ

Dans la nuit du 22 au

Nicolas R. reconnaît avoir flirté avec la victime dans un bar Parisien, puis lui avoir fait visiter son lieu de travail. En précisant qu’Emily Spanton cherchait à faire affaire avec le démon.

Elle était habillée d’une manière aguichante.

Des clients du bar corroborent ce témoignage.

Elle était pas là par hasard. (…) La serveuse me fait un clin d’oeil et me dit en rigolant : she wants sex, she wants dick. (…) Elle paraissait pas saine.

Dans le bureau du 36, la Canadienne procède à une fellation sur Nicolas R. qui débande. Une panne sans doute liée à l’alcool. Elle se vexe puis se dirige seins nus dans le bureau d’Antoine Q. qu’elle a croisé plus tôt au Galway, et demande à aller aux toilettes où elle s’enferme. Devant son refus de communiquer, Nicolas R. rentre chez lui. Antoine Q. s’agace.

Sympa, il nous laisse son paquet!

Lorsqu’elle quitte les lieux, la touriste interpelle le premier officier pour lui signifier qu’elle a été violée. On lui répond qu’elle est ivre.

La version d’Emily Spanton est sensiblement différente. C’est avec 2.7g d’alcool dans le sang qu’elle se rend au 36. Ses souvenirs sont flous. On lui propose un autre verre. Elle a la sensation d’étouffer. À genoux, on lui force un pénis dans la bouche. Quelqu’un la pénètre. Puis quelqu’un d’autre. Sa tête est plaquée violemment sur le bureau. Ses lunettes sont sur le sol. On ne lui a pas laissé le choix.

Elle porte plainte. La juge vient la rencontrer au Canada pour les besoins de l’enquête. Des proches, ainsi que son ex-mari, sont consultés pour permettre d’établir le profil d’Emily.

Cela donne l’impression que la victime est présumée coupable, jusqu’à ce qu’elle réussisse à prouver qu’elle est victime.

En juillet 2016, le non-lieu est prononcé.

Une petite injustice vaut mieux qu’un gros scandale.

Le parquet et la plaignante font appel. L’affaire est renvoyée aux assises en 2017, alors que le scandale Harvey Weinstein éclate. La parole se libère.

En 2019, une vidéo de sécurité du Galway accable les policiers qui entourent Emily Spanton comme de véritables prédateurs. Les journalistes confirment.

Pour eux, c’était une proie. En tout cas, c’est comme ça qu’on l’a ressenti quand on a découvert les images.

Sébastien C. est reconnu comme témoin assisté mais il n’est pas mis en examen car Emily ne peut pas l’identifier à 100%. Ses collègues avaient quand même pris soin de lui envoyer un message pour qu’il les rejoignent:

C’est une touzeuse, dépêche!

L’expertise ADN trahit Antoine Q. qui reconnaît avoir participé à la scène, en mentionnant ne pas être allé plus loin parce qu’Emily Spanton sentait mauvais – un commentaire qui dégoûte Sophie Obadia, l’avocate de la victime.

À l’issue du procès, les deux policiers sont condamnés à sept ans de prison. Ils font appel de cette décision. Les jurés ont estimé que des doutes subsistaient sur la fiabilité du témoignage d’Emily Spanton.

En avril 2022, les deux policiers sont finalement acquittés et ressortent libres du Palais de Justice de Créteil.

1% des auteurs de viol sont condamnés aux assises.

Emily Spanton a désormais quarante ans. Elle est retournée vivre chez ses parents.

L’EXPLICATION

Le Procès du 36, c’est une autre facette de l’Exception Culturelle Française.

L’Exception Culturelle Française est un ensemble de dispositifs législatifs et réglementaires pour protéger la création artistique dans le théâtre et le cinéma des dérives libre-échangistes, mis en place dès la fin des années 50 sous André Malraux.

Prise dans un sens plus large, cette expression reflète un orgueil très Français : celui de se sentir différents des autres. Littéralement exceptionnels.

Ce qui nous conduit à observer les événements qui se passent autour de nous depuis notre tour d’ivoire et à faire la leçon. Par exemple on se permet de critiquer la gestion Italienne de la pandémie, alors que notre gestion ne fut pas véritablement irréprochable.

On dénonce le Brexit sans chercher à en comprendre ses raisons, feignant d’ignorer que la majorité de nos compatriotes souhaiteraient sûrement sortir de cette Europe pour peu qu’on leur pose la question – ce qu’on se garde bien de faire.

Les États-Unis sont souvent jugés trop puritains avec leurs chasses aux sorcières (cf Good night and good luck). Bien qu’on ne puisse que partager la direction prise outre-Atlantique, dans les faits nous tempérons souvent l’approche. Le wokisme est perçu comme une révolution mondiale mais des ministres Français le condamnent comme étant potentiellement dangereux pour la Démocratie.

En matière de féminisme, les Etats-Unis ont abattu l’arbre qui cachait la forêt en condamnant Harvey Weinstein. Suite à quoi le mouvement #balancetonporc a pu naître dans l’Hexagone. À croire que les Français n’aiment pas la déforestation : des artistes Françaises signaient dans la foulée une tribune au nom de la défense d’importuner. Si on ne peut plus rien dire

Bien sûr on parle de Gros Gégé, Luc Besson, PPDA, Jean-Jacques Bourdin, Gérald Darmanin, Nicolas Hulot, Pierre Ménès (cf Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste), mais avec une certaine pudeur.

C’est ça la France, comme le chantait Marc Lavoine.

Le procès du 36 est embarrassant de ce point de vue. Il montre comment est traitée aujourd’hui la question du consentement :

‘Oui’ c’est ‘oui’, ‘non’ c’est ‘non’. En France, on entend encore souvent ‘oui mais…’ (…) Ce procès montre à quel point la France est en retard.

En France, on ne défait pas aussi facilement les traditions, comme celle des invitations au 36.

On imagine bien ce qui se passe quand ils font monter des filles.

Aucune remise en question.

On n’hésite pas à décrédibiliser la victime, qui aurait provoqué ces hommes de par sa tenue et ses propos.

Elle apparait comme étant libre parce que n’étant pas régulièrement en couple ou mère de famille. C’est aussi bête que ça : elle ne rentre pas dans les cases les plus conventionnelles qui soient.

Les avocats vont même jusqu’à reprendre la réthorique des Inconnus, et de leur sketch emblématique concernant la différence entre les bons et les mauvais chasseurs.

Il y a des vraies victimes et il y a des fausses victimes.

Encore une référence.

On stigmatise sans laisser le droit de se rétracter.

L’avocat général, Philippe Courroye, repositionne le débat.

Quand vous revenez à l’essence des choses : Emily Spanton, ou n’importe qui, peut rentrer dans ce bar habillée comme elle le veut et elle peut aussi accepter éventuellement de flirter avec l’un à 23h et ne pas être d’accord pour des relations sexuelles à 1h du matin.

Alors on constate que les coupables sont condamnés pour donner l’exemple, puis on les laisse sortir discrètement par une porte dérobée.

Nous sommes effectivement exceptionnels. À l’étranger, on parle du coq comme étant le seul animal capable de chanter les pieds dans la merde.

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son auteur.

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