FARGO
Joel Coen, 1996
LE COMMENTAIRE
Les trop nombreux événements morbides du quotidien peuvent vraiment couper tout appétit. Quand on regarde furtivement dans son rétro et que l’on constate ce dont sont capables certains, il faut un sacré courage pour trouver l’envie de sortir de son lit le lendemain matin (cf Se7en).
LE PITCH
Un concessionnaire automobile minable élabore un plan fumeux.
LE RÉSUMÉ
Jerry Lundegaard (William H. Macey) vend des voitures dans la région de Minneapolis. Il a des soucis financiers.
I’m in a bit of trouble…
What kind of trouble are you in, Jerry?
Well, that’s, that’s… I’m not gonna go into… see, I just need money.
Jerry a monté un emprunt pour des voitures fantômes. Le GMAC lui demande des comptes qu’il ne peut évidemment pas rendre. Il a alors l’idée foireuse de fomenter le kidnapping de sa femme Jean (Kristin Rudrüd) pour mieux rançonner son beau-père Wade Gustafson (Have Presnell) – qui ne le porte pas dans son coeur.
This could work out real good for me and Jean and Scotty.
Jean and Scotty never have to worry.
Le mécano Shep Proudfoot (Steve Reevis) met Jerry en relation avec deux ravisseurs Gaear Grimsrud (Peter Stormare) et Carl Showalter (Steve Buscemi). Les trois hommes s’entendent sur la somme de $40.000, c’est à dire la moitié de la rançon.
Jean kidnappée, la mise en scène peut commencer. Sauf qu’en chemin vers leur planque de Moose Lake, ils se font arrêter par la police. Grimsrud tue le trooper ainsi qu’un couple d’automobilistes. La situation bascule.
Le lendemain, Marge Gunderson (Frances McDormand), enceinte jusqu’aux dents, est mise sur l’affaire.
Jerry perd totalement le contrôle. Les ravisseurs ont revu leurs exigences à la hausse. Wade veut négocier en direct. Rien ne se déroule comme prévu. Les morts s’accumulent.
Blood has been shed Jerry.
De son côté, Marge soupçonne Jerry. Elle remonte jusqu’à Grimsrud alors que celui-ci passe son ex-partenaire au broyeur. Choquée par tant d’horreur, Marge sermonne Grimsrud dans la voiture.
So, that was Mrs. Lundegaard on the floor in there. And I guess that was your accomplice in the wood chipper, and those three people in Brainerd, and for what? For a little bit of money? There’s more to life than a little money, you know.
Jerry en cavale sera arrêté peu de temps après dans un hotel de Bismarck dans le Dakota.
Marge peut retrouver le confort de son canapé en compagnie de son mari (John Carroll Lynch).
I love you, Margie.
I love you, Norm.
L’EXPLICATION
Fargo, c’est ne pas vivre au dessus de ses moyens.
Le malheur n’arrive pas tout seul, il est provoqué… par un imbécile.
L’imbécile en question est Jerry, que personne ne prend au sérieux – ni ses collègues, ni ses clients, ni son patron.
I’m not talking about your damn word, Jerry!
Il se fait passer sur le corps par tout le monde, notamment par Wade qui n’hésite pas à lui voler son idée de business.
I don’t want to cut you out of the loop here. This here is a good deal. I assume that if you are not interested in getting a finders fee, you won’t mind if we move on with the deal independently.
Quand Jerry a des bonnes idées. Parce que la plupart du temps, ses idées sont plutôt mauvaises (cf Killer Joe). Le malheur ne commence donc pas tout seul, car Jerry s’est d’abord mis dans la panade. Son projet de kidnapping va être le début d’un véritable réaction en chaîne cataclysmique. Jerry va entrainer les autres dans sa chute libre.
Le malheur en appelle d’autres. Les plans ne se déroulent sans accroc que dans l’Agence Tout Risque. En vrai, les plans ne se déroulent pas comme prévu. Carl et Grimsrud font des vagues. Après que cette machine soit enclenchée, elle se dérègle sans s’arrêter. Jerry a passé un contrat avec le diable et il ne peut plus le rompre. Le bateau coule. Il est trop tard.
We had a deal. A deal’s a deal.
Car on ne fait pas marche arrière. Quand on a fait une erreur, on la paie. Sinon prend une pénalité. Quand Showalter décide de quitter le parking où il ne s’est même pas garé, il doit payer quand même. Que cela lui plaise ou non.
I guess you think you’re… you know, like an authority figure, with that stupid fuckin’ uniform, huh buddy? King clip-on-tie there, big fuckin’ man, huh? You know these are the limits of your life, man! The rule of your little fuckin’ gate here! Here’s your four dollars, you pathetic piece of shit!
La vie ne fait pas crédit, surtout pas pour les imposteurs comme Jerry.
We’re not a bank, Jerry!
Jerry était un ambitieux qui aspirait à mieux que Minneapolis, sans en avoir les moyens. Un homme qui ne supportait plus l’enchaînement des hivers et qui rêvait de plage de sable fin. Convaincu que ses mensonges pourraient passer inaperçus (cf Attrape moi si tu peux). Pas assez malin pour y parvenir.
Incapable de rembourser, son plan s’est retourné contre lui. Le réel l’a rattrapé et les dominos ont commencé à tomber l’un après l’autre. Son fantasme s’est évanoui, en laissant la place à une catastrophe qui a fait de nombreuses victimes collatérales. Face à la difficulté, Jerry prend la fuite.
Heureusement, il reste Marge qui incarne l’ordre. Elle a les pieds bien ancrés dans la neige du réel. Les règles sont faites pour être suivies. Marge croit en la justice. Sa vie est routinière mais elle sait s’en satisfaire.
Elle ne parvient pas à comprendre ces hommes qui font n’importe quoi.
I just don’t understand it.
Après tous les drames auxquels elle est confrontée chaque jour, elle est bien contente de retrouver son mari pour regarder une série TV au chaud. Pas besoin de maquillage, ni de croire que l’herbe est plus verte ailleurs.
Ce couple apporte une lueur d’espoir dans un monde sauvage qui ne fait pas toujours sens (cf No Country for Old Men). Marge parvient à ne pas tout remettre en question. Mieux, elle réussit à faire la part des choses, déjà responsable de l’enfant qu’elle va bientôt mettre au monde.
Marge donne une bonne raison de garder confiance en l’avenir.


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