L’EXORCISTE

L’EXORCISTE

William Friedkin, 1973

LE COMMENTAIRE

Les enfants, on aime les détester (cf Rosemary’s Baby). Ils volent les vies en se comportant comme des monstres, à gesticuler sur leur lit dans tous les sens ou à vomir leur goûter (cf Vivarium). Comment ne pas détester ces petites crapules quand elles se mettent à dire des obscénités dont elles ne maîtrisent même pas bien le sens. Puis quand vient le soir, parfois les enfants se calment. Ils prennent leur petite gueule d’ange. Alors on oublie tout et on recommence le lendemain.

LE PITCH

Une petite fille est victime d’un mal étrange.

LE RÉSUMÉ

En mission de reconnaissance au Proche-Orient, le père Lankester Merrin (Max von Sydow) découvre une statuette de Pazuzu, puis une plus grande statue du démon, semblant confirmer que le Mal est toujours parmi les hommes.

À Washington, l’actrice célèbre Chris MacNeil (Ellen Burstyn) s’occupe de sa fille Regan (Linda Blair) dont la santé inquiète. En effet, lors d’une soirée entre amis, Regan dit aux invités qu’ils vont tous mourir là-haut – avant d’uriner sur le tapis.

Une première consultation s’impose.

Le Dr Klein (Barton Heyman) suggère de faire quelques examens. Les Dr Barringer (Peter Masterson) et Taney (Robert Symonds) concluent à des troubles nerveux, appelant de nouveaux examens.

A pneumoencephalogram, I would think. Pin down that lesion. It will involve another spinal.

Rien d’anormal. En tout cas, rien qui ne puisse justifier que Regan dévale les escaliers sur les mains. Il est temps de faire des examens complémentaires.

What we missed in the EEG and the arteriograms could conceivably turn up there. At least, it would eliminate certain other possibilities.

Toujours rien à signaler, si ce n’est la condition de Regan qui se détériore sérieusement. Le psychiatre (Arthur Storch) ne pense pas à un dédoublement de personnalité (cf Split). Au contraire, il pense que la petite fille peut être possédée par le malin.

Il n’a rien de mieux à proposer qu’un bon vieil exorcisme.

Do you have any religious beliefs?

No.

What about your daughter?

No, why?

Have you ever heard of exorcism?

Le Père Dwyer (William O’Malley) souffle le nom du Père Karras (Jason Miller). Encore marqué par la mort de sa mère, Karras ne semble cependant pas de taille à affronter le diable.

I think I’ve lost my faith.

Aux grands maux, les grands remèdes! L’Église dépêche le père Merrin (cf Le Rituel). Le père Merrin est un peu la référence en la matière.

L’exorcisme commence à coup d’eau bénite et de belles formules.

The Power of Christ compels you!

La procédure se déroule dans la douleur. Merrin s’épuise. Karras prend le relais et implore le démon de le prendre à la place de Regan. Sentant le démon l’envahir, il se jette aussitôt par la fenêtre. Le Père Dwyer lui donne les derniers sacrements.

Venu constater la mort de Karras, le Lieutenant Kinderman (Lee J. Cobb) sympathise avec Dwyer. Tous les deux s’éloignent de la maison hantée.

L’EXPLICATION

L’Exorciste, c’est le spiritisme qui prend le relais quand la médecine traditionnelle s’arrête.

Naitre libres et égaux en droits face aux microbes (cf Contagion). Si certaines constitutions sont plus résistantes que d’autres, chacun·e va tomber malade au moins une fois dans sa vie. Plus ou moins gravement.

C’est le cas de Regan qui, malgré son âge, montre des symptômes alarmants.

Son cas n’est pas référencé. Il affole car il prouve la persistence de mystères que la science n’a toujours pas réussi à élucider (cf Paranormal Activity). On n’a pas réponse à tout, n’en déplaise à d’anciens premiers de la classe (cf Première année), des je sais tout qui pensent que la solution passe nécessairement par un bon traitement – ou par une kinésithérapie.

Avant de statuer, les médecins veulent d’abord comprendre. Donc ils entreprennent un audit de la situation afin de poser un diagnostic. La malade se transforme alors en cobaye. Regan devient un cas d’école. Elle doit traverser toute une batterie d’analyses douloureuses qui se révéleront être toutes plus inutiles les uns que les autres. La médecine est trop occupée à chercher pour se remettre en question.

Pendant ce temps, la mère s’impatiente car elle veut des réponses – et qu’elle paie.

So what’s wrong with her??

La santé, aux États-Unis, ça coûte cher.

Pire que les symptômes de Megan : l’absence de conclusion des docteurs. Personne ne sait. La médecine traditionnelle se montre soudainement sous un jour fragile en faisant aveu d’impuissance. Précisément de quoi déclencher la panique des malades qui se sentent plus que jamais seul·es.

I’m afraid.

Livrée à elle-même, Megan voit son mal empirer. Incontrôlable. Il la possède comme quelqu’un victime du syndrome de l’essuie-glace trainant sa douleur sans piste de guérison. Obsédant. Il s’installe. On finit par perdre espoir.

I think the point is to make us despair. 

Désabusée, attachée sur son lit, Megan devient folle. Elle n’a plus d’autre choix que d’insulter cette bande d’incapables.

Your mother sucks cocks in Hell!

La médecine traditionnelle doit céder sa place à la médecine dite parallèle.

Des gens qui n’ont pas de diplôme, mais suffisamment d’humilité pour composer avec l’extraordinaire. Ils ne prétendent pas savoir quand ils ne savent pas. À l’image de Karras, ils n’ont de toute façon plus de face à perdre.

There isn’t a day in my life when I haven’t felt like a fraud. I mean priests, doctors, I’ve talked to them all.

Entrent en scène les marabous, énergéticiens, ostéopathes, guérisseurs et autres professionnels pas toujours remboursés par la sécurité sociale. Toute sorte de praticiens qui font face à des situations inexpliquées, et inexplicables, avec les moyens du bord.

Your daughter doesn’t say she’s a demon. She says she’s the devil himself. And if you’ve seen as many psychotics as I have, you’d know it’s like saying you’re Napoleon Bonaparte.

Ils essaient de s’attaquer au mal par la racine. Pour cela, ils font appel à des méthodes alternatives. Quand on a tout essayé, on n’a pas encore tout essayé. Il reste encore le mental de la malade avec lequel travailler. Essayer de se sortir de la tête cette vilaine idée que cela ne va pas.

The demon is a liar. He will lie to confuse us.

Merrin et Karras se tuent à la tâche, littéralement. Ils se sacrifient pour que Megan se libère de cette idée qu’elle ne va pas bien.

De l’autre côté, les docteurs sont amers. Contraints qu’ils sont de reconnaître l’efficacité de l’exorcisme par honnêteté intellectuelle, sans admettre leur défaite pour autant.

It has worked, in fact. Although not for the reason they think, of course.

La chance du débutant ?

Simple somatisation ?

Effet placebo ?

Cela ne peut quand même pas être aussi bête que la victoire du Bien sur le Mal!

LE TRAILER

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2 commentaires

  • Bonsoir, je n’ai pas compris le lien entre les recherches archéologiques du début et le reste de l’histoire. Pourquoi retrouve-t-on le fragment de statuette de Panzuzu, trouvé par l’archéologue au début du film, en bas des escaliers extérieurs de la maison après que le réalisateur ait été tué ? Et pourquoi le prêtre Karras possède-t-il le médaillon lui aussi trouvé par l’archéologue au début du film ? Si vous avez une explication, je suis preneur. Merci !

    • Merci pour votre question Kaji.

      Selon moi, les recherches archéologiques permettent de lier le mal mystérieux de Regan à des croyances ancestrales que la science aurait préféré laisser sous terre. Sans aller aussi loin que de valider l’existence de malédictions ou l’efficacité de sortilèges, il m’a semblé intéressant de considérer cette histoire sous le prisme de l’inexplicable. À l’heure où la science a permis des progrès considérables dans la médecine, et où l’intelligence artificielle ouvre encore de nouvelles perspectives, il n’est peut-être pas bête de s’interroger sur les origines du mal. Ces détails auxquels on ne prête pas attention parce qu’on maitrise moins leur signification. Ces détails indiquent que tout n’est pas forcément mécaniques. D’ailleurs, on ne sait pas ce qui s’est passé dans la vie de Megan pour qu’elle commence à avoir ces spasmes, curieusement…

      Concernant le médaillon du prêtre, je pense qu’il sert simplement à illustrer que Karras, comme Merrin, ne fait pas partie de l’équipe qui croit à la religion stéthoscope.

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