CENDRILLON
Clyde Geronimi, Wilfred Jackson, Hamilton Luske, 1950
LE COMMENTAIRE
On peut passer plus rapidement qu’on ne le croit des sombres ruelles à la lumière des projecteurs. Tout ne tient qu’à un fil. En particulier pour ce qui a trait à l’uniforme. L’habit peut faire le moine (cf Le Daim). Attention néanmoins : s’il est facile de transformer une personne à travers un petit relooking, on ne change pas sa vraie nature.
LE PITCH
Une jeune femme tente de trouver chaussure à son pied.
LE RÉSUMÉ
Cendrillon vit avec son père. Sa mère est morte.
Son père se remarie avec une chatelaine, mère de deux filles : Anastasie et Javotte. Lorsque son père meurt à son tour, Cendrillon se retrouve asservie par sa belle-mère et ses deux belles-soeurs. Elle vit dans une chambre de bonne au grenier avec ses amies les souris (cf Ratatouille), et tente de garder le moral.
A dream is a wish your heart makes when you’re fast asleep. In dreams you will lose your heartaches. Whatever you wish for, you keep. Have faith in your dreams, and someday, your rainbow will come smiling through. No matter how your heart is grieving, if you keep on believing, the dream that you wish will come true.
En attendant, elle doit s’occuper du chat Lucifer qui boufferait bien toutes les souris du chateau.
Pendant ce temps, le Roi voudrait que son fils trouve une épouse afin d’assurer la descendance et remettre accessoirement un peu de vie au palais. Il organise un grand bal avec toutes les filles du royaume, dans l’espoir que le prince ait le coup de foudre.
Cendrillon y voit l’opportunité de sortir de sa condition misérable. Elle se confectionne une jolie robe. Mais la belle-mère compte bien la priver de ses chances pour que l’une de ses filles décroche le gros lot. Ces sorcières ruinent donc la robe de Cendrillon.
Heureusement, sa marraine apparait et lui prépare une robe encore plus belle afin qu’elle puisse se rendre au bal en grandes pompes. Il faut se dépêcher.
We have to hurry, because even miracles take a little time.
Tout a un prix. À minuit, le rêve prendra fin et le carrosse de Cendrillon se transformera en citrouille.
It’s like a dream. A wonderful dream come true…
Yes, my child, but like all dreams, well, I’m afraid this can’t last forever. You’ll have only ’til midnight. And then… You must understand, my dear: On the stroke of twelve, the spell will be broken, and everything will be as it was before.
La jeune femme tente le coup malgré tout.
Le prince a le coup de foudre.
Pas le temps d’en profiter, Cendrillon doit s’enfuir brusquement en laissant derrière elle une pantoufle de verre.
It’s midnight.
Yes, so it is, but why…?
Goodbye.
Oh no, wait! You can’t go now. It’s only…
Oh, I must, please! Please, I must!
But, why?
I don’t even know your name! How will I find you? Wait! Please wait!
(…)
I regret to inform you, Sire, that the young lady has disappeared, leaving behind only this glass slipper!
Le prince lance alors un grand concours d’essayage pour retrouver la propriétaire de la pantoufle. La belle-mère enferme Cendrillon à clé, mais les souris l’aident à s’enfuir.
Cendrillon arrive juste à temps pour que l’on puisse l’identifier.
Les cloches sonnent. C’est l’heure du mariage.
L’EXPLICATION
Cendrillon, c’est repasser du rêve à la réalité.
La réalité peut être pénible à vivre au quotidien (cf Capharnaüm). C’est pourquoi l’on essaie de s’y soustraire comme on peut en se réfugiant dans la religion, les mondes virtuels (cf Ready Player One, Reality+) ou en ré-écrivant l’histoire chaque jour (cf Memento). On préfère basculer dans le rêve.
Il est évident que la réalité est pesante pour Cendrillon : elle est une orpheline tyrannisée par d’autres femmes rongées par le ressentiment ou la jalousie. Au train où cela part, elle risque de finir dans l’ambulance, comme la Cendrillon de Téléphone. Avec un tel passif, on se demande bien comment le bonheur puisse être atteignable en dehors que dans sa propre tête. Cendrillon doute de pouvoir rencontrer quelqu’un digne d’intérêt puisque personne ne prête attention à elle.
C’est pourquoi Cendrillon se berce d’illusions. Facile : Un jour, son prince viendra…
Elle n’est pas la seule à le faire. Le Roi aussi se prend à rêver d’un beau mariage pour son fils qui lui donnerait une grande armée de petits enfants – de quoi nourrir les ambitions expansionnistes les plus fous. Mais la grand duc le douche aussitôt.
Dans la vraie vie, cela ne se passe pas ainsi.
A pretty plot for fairy tales, Sire. But in real life, oh, no. No, it was foredoomed to failure.
Le grand duc n’a pas complètement tort : Les mariages ne sont plus forcés comme avant (cf La Reine Margot, One of Us), mais ils restent encore clairement arrangés.
Niant le réel, les rêveuses et les rêveurs font au jour le jour mais s’épuisent de ne jamais rien voir se concrétiser (cf Innocents). Car on ne s’épanouit pas dans le fantasme. Cendrillon vit un enfer. Elle traverse un yo-yo émotionnel à l’annonce du bal puis n’y croit plus quand sa robe est déchirée.
There’s nothing left to believe in.
If you’d lost all your faith, I couldn’t be here.
Sa bonne fée ravive la flamme, pour un court instant car à minuit tout s’arrête. Dans le rêve, tout se passe comme prévu puisque Cendrillon rencontre le prince qui tombe immédiatement amoureux d’elle. Tout le monde est content. Malheureusement, rien ne dure. Il faut revenir à la réalité et regarder les choses en face.
Cendrillon n’y parvient pas. Elle disparait, piégée par sa marraine et enfermée par sa belle-mère. Il lui faut du courage pour trouver la confiance de se montrer sous son vrai orteil.
Cendrillon doit sortir de sa cachette. Tendre le pied à son prince, au risque de lui montrer que la chaussette est peut-être trouée. En comptant sur le fait qu’il soit suffisamment mature pour l’accepter telle qu’elle est.
Le prince voit l’envers du décor. Il montre qu’il sait faire la différence entre une rencontre féérique dans des circonstances exceptionnelles, et la routine.
Tous les deux semblent prêts pour l’aventure du mariage.
Reste à espérer pour Cendrillon que le Prince en vaille la peine. Car lui aussi doit trainer quelques casseroles, derrière ses grands airs monarchiques (cf Le Guépard).

