TENUE DE SOIRÉE

TENUE DE SOIRÉE

Bertrand Blier, 1986

LE COMMENTAIRE

Les ascenseurs rappellent qu’il est impossible de faire du surplace. Il faut monter, ou descendre. On n’a pas vraiment le choix. Tellement pas le choix qu’on est même obligé de faire à soi-même pendant le voyage.

LE PITCH

Un couple de paumés rencontrent un cambrioleur.

LE RÉSUMÉ

Antoine (Michel Blanc) et Monique (Miou-Miou) sont essoufflés. Pendant que les autres dansent, eux s’engueulent.

Pauvre type! Espèce de con! T’es vraiment rien qu’un merde! Putain de nom de Dieu, qu’est-ce que j’ai fait au ciel pour toucher une cloche pareille !?

Ben oui, mais moi je t’aime…

On le sait!! T’arrêtes pas de me le seriner. Change de disque! Annonce moi des bonnes nouvelles au lieu de me parler tout le temps de ton amour. (…) Tu m’fais chier à tout le temps me trouver belle. (…) Plus c’est la merde plus tu deviens romantique. (…) J’en ai plein le cul de ressembler à une serpière.

Moi je te trouve très belle.

Ta gueule!

Bob (Gérard Depardieu) s’invite pour venir en aide à Antoine et gifle Monique.

Elle a eu sa baffe et maintenant elle est calmée. (…) Faut pas te laisser piétiner comme ça mon vieux! (…) C’est ta greluche qui t’empêche de te déployer ?

Cet ancien taulard les invite à le suivre dans une série de cambriolages. La caravane dans laquelle dorment Antoine et Monique prend feu, ce qui les pousse à suivre Bob.

Monique distrait un homme (Jean-François Stévenin) pendant que sa femme (Mylène Demongeot) dort, ce qui permet à Antoine et Bob de piquer ce qu’ils peuvent.

Puis ils s’introduisent chez deux bourgeois en pleine dépression. Le mari (Jean-Pierre Marielle) propose une partouze avec sa femme (Caroline Silhol).

Ils risquent leur liberté pour nous voler notre ennui…

Moi je veux vous voir baiser ma femme. Pendant ce temps là, je vous enculerai.

Bob utilise Antoine pour dépouiller un amateur d’art (Bruno Cremer).

Chaque nuit, le trio s’introduit dans une nouvelle résidence.

La vie du cambrioleur n’est qu’une longue série d’errances.

Bob fait des avances à Antoine qui n’est pas intéressé.

Faut se tirer. Bob c’est un PD! (…) T’as pas l’impression qu’il aurait derrière la tête comme une idée de m’enculer?

Si Antoine se braque, Monique craint que Bob ne les quitte. Plutôt que de retourner au point de départ, elle préfère pousser son compagnon à céder aux avances de Bob.

Enfin je vais quand même pas me faire enculer sous prétexte que c’est un ami!

T’en as d’autres des amis ?

Non.

Et ben moi non plus. Tu vas pas tout foutre en l’air pour une histoire de susceptibilité…

Elle est parfaitement bien placée ma susceptibilité. Il s’agit de mon trou du cul!

Antoine finit par accepter de coucher avec Bob.

On est tous en cellule mon petit pote. La vie est une prison. (…) Plaisante jamais avec ces choses là. Je vais t’enculer et tu jouiras. Ton fion, il en pourra plus d’extase.

Bob vend Monique à Pedro (Michel Creton), un proxénète. Elle part.

Vous allez vous la faire tout seuls votre jardinière de légumes! Moi je me barre en Espagne! J’vous laisse vous occuper de vos trous du cul!

Très vite, le couple bat de l’aile. Antoine se sent négligé.

Plus jamais tu m’amènes au restaurant, ni au cinéma. Tu me caches, t’as honte de moi.

Mais ma parole elle me fait une scène…

C’est pas une scène, c’est quelqu’un qui craque! (…) J’suis devenu ce que tu voulais : une fiotte!

Bob invite Antoine à se travestir (cf Pédale Douce), et l’emmène avec lui en soirée. Il y retrouvent Monique en train de faire une passe dans les toilettes. Finalement, le trio se reforme et gagne sa vie en se prostituant. Dans un bar, ils parlent d’une vie qu’ils n’auront jamais. Puis ils retournent au charbon.

L’EXPLICATION

Tenue de Soirée, c’est garder le sourire.

L’écrasante majorité a envie de croire très fort à la vie. Qu’il est possible de progresser, de devenir meilleur, de dépasser ses limites, de s’enrichir (cf À la Recherche du Bonheur). En somme : qu’il est possible de sortir de sa condition pour se rapprocher de son idéal (cf Le Cercle des Poètes disparus). Que le sens de l’histoire porter vers des jours heureux.

Cela évite de regarder la réalité en face : l’écrasante majorité est en situation de survie (cf Jusqu’au Déclin, Instinct de Survie). Elle vit dans un calme désespoir au sens de Thoreau. Le temps ne sert qu’à se débattre pour maintenir péniblement la tête hors de l’eau, avant de finir par couler avec les autres et comme les autres (cf Titanic, Maggie a un Plan). Pas de bouée de sauvetage, ni de record du monde.

Antoine et Monique ne valent pas mieux. Ils sont à la dérive.

On est en train de se noyer, tu t’en aperçois même pas.

Quand Bob les rencontrent, ils se mettent tous les deux à croire à la possibilité de lendemains qui pourraient chanter. Il a l’air si charismatique, déterminé et tellement plein de réussite.

Comment tu fais pour avoir autant de pognon ?

J’ai beaucoup de poches! (…) Le pognon, il faut le prendre là où il est!

Antoine le naïf reste d’abord sur ses gardes. Il refuse de reconnaître ce que Bob sait trop bien.

Pourquoi t’essaie d’échapper à ton destin Antoine…? Ton destin, c’est moi.

Monique est encore plus sceptique, dans un autre genre. Elle a compris plus vite qu’il n’y avait rien à attendre de Bob. Selon elle, il faut arrêter de faire la fine bouche et passer à la casserole si cela peut mettre un peu de beurre dans les épinards.

J’ai pas envie de le connaitre ton passé! On le connait ton passé. Une collection de bites et pis c’est tout.

Oui ben maintenant c’est à ton tour. Il faut que t’en tâte et pis de la grosse.

Bob ne sort effectivement pas du lot. Il joue les gros bras en feignant d’assumer son statut d’itinérant.

Mais non je suis pas un salaud. J’essaie de vivre, en attendant de crever.

En vrai, il sait très bien qu’il ne vaut pas grand chose. Comme tous les gens qui parlent fort, il dissimule sa peur.

J’ai pas envie de mourir.

Ces trois là sont donc perdus dans un monde sans repère, où chacun tente de faire un coup dans le dos d’autrui.

Faut gueuler pour se faire entendre aujourd’hui. Personne écoute personne.

Ils essaient de se débrouiller comme ils le peuvent (cf Les Apprentis), même s’ils enchaînent les mauvais choix. Ni Monique, ni Antoine, ni Bob ont l’impression que les choses s’améliorent. C’est une lente et angoissante descente aux enfers.

Me quitte pas, me laisse pas toute seule!

Ils ont l’air pitoyables. Au moins, ils ne sont pas à la rue. Et ils sont finalement pas différents que toutes celles et ceux qui avalent des couleuvres tous les jours au bureau. La meilleure chose à faire que ces mousquetaires ont trouvé est de se serrer les coudes et continuer à se bercer d’illusions. Le maquillage leur sert à garder fière allure malgré tout, et sauver les apparences.

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son auteur.

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