LE FILS DE SAUL

LE FILS DE SAUL

László Nemes, 2015

LE COMMENTAIRE

Quand on se retrouve plongé·e dans l’obscurité des enfers, on a l’impression d’être entouré·e alors qu’on ne peut faire confiance à personne. Tout comme le Paradis est rempli d’illusions, la moindre lueur d’espoir peut se transformer en fausse piste. On a l’impression de voir la lumière au bout du tunnel, ou de comprendre ce qui se passe… À la fin, on est coincé·e, seul·e avec sa misère.

LE PITCH

Un prisonnier de camp de la mort veut enterrer son fils.

LE RÉSUMÉ

Saul (Géza Röhrig) est un déporté hongrois. Il travaille dans le camp d’Auschwitz (cf La Zone d’Intérêt) dans l’équipe de jour d’un Sonderkommando affecté aux fours crématoires. Ce qui veut dire qu’il fait partie des prisonniers qui accompagnent les autres déporté·es vers les chambres à gaz, qu’il récupère leurs affaires, qu’il nettoie la pièce après l’extermination, avant de brûler les corps.

En général, les membres des Sonderkommando sont liquidés quelques semaines après avoir contribué à l’horreur nazie. Ils le savent.

On n’a pas beaucoup de temps.

À Auschwitz, il n’y a pas d’ami entre les prisonniers qui essaient néanmoins d’organiser une mutinerie. Le Sonderkommando dont fait partie Saul a soudoyé un gardien pour aller dans le camp des femmes et récupérer un paquet de poudre pour faire exploser les baraquements.

Après l’arrivée d’un convoi, Saul remarque avec effroi qu’un petit garçon respire encore au milieu des cadavres. Il le porte à Miklós Nyiszli (Sándor Zsótér), un autre prisonnier qui travaille avec les médecins du camp. Le Dr Mengele (András Jeles) arrive sur les lieux. Surpris, il étouffe l’enfant et réclame une autopsie.

Ouvrez-le!

Saul se met à la recherche d’un rabbin pour offrir des funérailles descentes à ce garçon qu’il considère être son fils.

Tu vas m’aider à enterrer mon fils…

Il faut faire vite. Saul apprend qu’un rabbin Grec fait partie d’un autre Sonderkommando, et s’arrange pour le rencontrer. Malheureusement, le Grec est arrêté et exécuté par les soldats du Reich. Saul passe entre les balles.

Le soir venu, il retourne à la morgue pour retrouver le corps de l’enfant.

Où est le garçon ?

Je l’ai caché pour que les médecins ne le voient pas…

Les soldats surprennent Saul et se moquent de lui.

Biederman (Urs Rechn), un autre kapo, est sollicité par un commandant de la SS pour fournir une liste de soixante-dix noms.

Des hommes dont tu peux te passer…

Pendant ce temps, Saul doit se rendre aux camps des femmes pour récupérer les explosifs. Sur le chemin du retour, il est requis pour gérer un convoi de nuit inattendu.

Il faut qu’on ait fini à l’aube : à chaque passage, deux hommes, une femme, un enfant. Videz la cendre une fois sur deux. Aérez toutes les douze minutes.

Les fours étant pleins, les déporté·es vous être directement exécuté·es aux abords d’une fosse (cf Requiem pour un massacre). Saul trouve un Français (Todd Charmont) qui affirme être rabbin. Il retourne au camp, mais il a perdu la marchandise. Abraham (Levente Molnár) le confronte. Saul tente de s’expliquer.

C’est qui ?!

Mon fils.

Mais tu n’as pas de fils…

Les hommes du Sonderkommando doivent se rendre dans les chambres à gaz. Ils comprennent qu’ils vont être exécutés et se rebellent. Saul s’échappe avec le Français. Il récupère le corps de l’enfant et profite de l’agitation pour quitter le camp avec quelques autres prisonniers. Dans la forêt, il s’arrête pour creuser une sépulture à son fils. Le Français a menti. Il n’était pas un rabbin.

Les SS se rapprochent. Saul tente de traverser la rivière avec la dépouille de l’enfant et manque de se noyer. Un autre prisonnier lui sauve la vie. Le groupe se retrouve dans une grange et tente de s’organiser.

On va se battre…

Saul aperçoit un enfant à travers la porte. Il lui sourit. Cependant, il est trop tard. Les soldats ont retrouvé les fugitifs, et les mitraillent.

L’EXPLICATION

Le Fils de Saul, c’est la volonté de s’accrocher.

Dans l’histoire de l’Humanité, on attribue communément la naissance du sujet à Descartes et son cogito. Le paroxysme de l’individu est atteint à travers la pensée libérale qui a fait du client son roi. Avec les réseaux sociaux, on a basculé dans l’ère du narcissisme et de l’exhibitionnisme indécent, comme si la vie de n’importe qui méritait d’être suivie bêtement par des centaines de milliers de personnes (cf The American Meme).

Entre temps, la pensée collectiviste a proposé une vision dans laquelle l’individu disparait au profit du groupe (cf 1984). En Chine, le virus du covid est devenu un prétexte pour boucler tout un chacun pour protéger la santé du peuple.

Mais c’est bien dans les camps de la mort où la notion d’individu a été détruite, comme le décrit Primo Levi dans Si c’est un homme. Là où l’on a touché le fond. Le matricule y remplace le nom. Les corps y sont considérés comme des pièces. Dans les camps, il n’y a plus de pourquoi. Si le cynisme nazi pousse le vice jusqu’à faire croire que le travail rend libre, les déporté·es savent qu’il s’agit d’un terminus.

À la fin, il brûlera avec les autres.

C’est la réalité de Saul qui se retrouve forcé à devoir accompagner vers la mort ses frères et soeurs, par centaines, jour et nuit, tous les jours. Essuyer leur vomi. Voler leurs affaires pour le compte des bourreaux. Ramasser leurs corps, puis recommencer jusqu’à ce que le calvaire s’achève.

On peut se demander comment Saul fait pour ne pas se suicider. Ce n’est pas l’instinct de survie. Primo Levi parle d’un état dans lequel il ne reste plus que la force d’endurer la faim et le froid. Un état dans lequel on n’est plus assez vivant pour être capable de se supprimer. Saul est devenu docile. Anesthésié, il obéit aux ordres. Il est devenu insensible aux cris, à l’atrocité – en attendant son tour.

Pas complètement, car ce garçon qui survit miraculeusement à la chambre à gaz le réveille.

Si Saul ne peut empêcher la mort de ce garçon, au moins il va essayer de lui offrir une fin digne. L’enfant devient son fils. Ce n’est pas une raison de vivre, mais cela devient une raison de s’accrocher.

Les autres prisonniers ne comprennent d’ailleurs pas son obstination, tandis qu’ils essaient de se battre pour leur propre liberté (cf La grande Évasion).

Tu as abandonné les vivants pour les morts.

Saul ne se fait pas d’illusion. Il sait que tout est déjà fini. Par contre, il se donne comme mission de préserver l’humanité de la monstruosité nazie. Avant de mourir, il faut être prêt à tout pour enterrer ce fils et lui offrir une prière pour que son âme repose auprès du Dieu éternel. Sauver ce qui peut l’être. Ce que les autres considèrent comme un détail qui n’a plus d’importance, Saul en fait un symbole pour l’après.

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son AUTEUR.

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2 commentaires

  • Un film très éprouvant mais très fort de sens et qui a le mérite d’exister

    • Merci Beamono. En effet il s’agit d’un film infernal qui propose un regard romancé d’une certaine manière, mais surtout très tragique sur les camps de la mort. Quelle est votre lecture de l’histoire ?

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