LES FUGITIFS

LES FUGITIFS

Francis Veber, 1986

LE COMMENTAIRE

Si l’on peut passer une vie à fuir (cf Les Évadés, La Grande Évasion), on arrive plus difficilement à se fuir. Peu importe l’endroit, on ne s’échappe pas (cf Les Herbes Sèches, Sept Ans au Tibet). Il faut s’affronter les yeux dans les yeux, à défaut de pouvoir se regarder dans glace.

LE PITCH

Un ex-taulard se retrouve embarqué malgré lui dans un braquage de banque.

LE RÉSUMÉ

Jean Lucas (Gérard Depardieu) sort tout juste de cinq années de prison. Le commissaire Duroc (Maurice Barrier) le tient à l’oeil.

Ce genre de mecs ne se range jamais.

Lucas jure qu’il a pourtant l’intention de redevenir un membre productif de la société (cf The Yards). C’est pas un malheureux concours de circonstance qu’il se trouve être pris comme otage par François Pignon (Pierre Richard), en train de réaliser un hold-up à la BNT.

Le commissaire Duroc refuse de croire à ce scénario. Lucas, le revolver sur la tempe doit se justifier.

Puisque je vous dis que je l’ai pas fait exprès, merde!

Les deux hommes s’échappent. Pignon a mis une balle dans la jambe à Lucas, par erreur. Il l’emmène chez un ami vétérinaire (Jean Carmet) pour le faire soigner.

Au cours de leur cavale, Lucas découvre les motifs du braquage de Pignon. Il mesure également sa détermination.

Merde. Je vous emmerde. Vous faites chier depuis le début. Y’a aucune raison qu’un otage fasse chier comme ça. On le prend pour quoi un otage ? Pour se protéger non ? Et moi il arrête pas de me faire chier l’otage. J’ai fait ce putain de hold up parce que j’avais plus de fric alors allez y tuez moi. Mais je ne quitterai pas cette voiture sans mon argent.

Au chômage, Pignon n’a plus un rond, et il rêverait de pouvoir s’occuper de sa fille Jeanne (Anaïs Bret) qui est restée muette depuis la mort de sa mère.

La seule chose qui compte pour moi, c’est ma petite fille.

Pignon est forcément sympathique. Lucas est attendri par sa situation personnelle. Il s’engage à l’aider, si Pignon signe des aveux disculpant Lucas.

Alors que Lucas s’apprête à partir, Jeanne prononce soudainement quelques mots tout droit sortis d’une chanson de Elsa.

T’en va pas…

Lucas en a gros sur la patate. Il ne peut évidemment pas quitter Pignon et sa fille sur cette note aussi dramatique.

Alors il fait encore un bout de chemin pour les accompagner jusque dans les montagnes, à la frontière italienne. Là-bas, ils pourront commencer une nouvelle vie.

Après toutes ces aventures, Lucas n’arrive pas à faire demi-tour. Il râle mais ne peut se résoudre à leur dire au revoir.

Je peux pas rester toute la vie avec vous moi, j’ai autre chose à foutre!

L’EXPLICATION

Les Fugitifs, c’est le processus de reconversion.

Quand on fait part de son intention de se reconvertir, il n’est pas inhabituel de devoir faire face aux autorités. Si le discours officiel encourage la reconversion, la pression est énorme. Car on ne doit pas sortir des rails. Si tout le monde se mettait à faire n’importe quoi, on n’imagine à peine le bordel…

Jean Lucas a le profil d’un dur à cuir (cf Mesrine, l’Ennemi Public N°1). Pas nécessairement besoin de faire vingt ans de prison pour être identifié. En l’occurrence, les forces de police l’ont bien dans le collimateur. Et il est également craint du milieu, comme M. Labib (Jean Benguigui).

Avec une carrière dans le banditisme aussi bien engagée que la sienne, on imagine mal Jean Lucas prendre sa retraite. Que va-t-il faire à sa sortie de prison ? Reprendre une formation professionnelle ? Envoyer son CV à des recruteurs ? Comment peut-il faire autre chose que ce qu’il sait faire ?

Sa réinsertion va être un vrai défi. Jean Lucas va évidemment être tenté de remettre les couverts. Chassez le naturel, il revient au galop. À peine dehors, Lucas se retrouve aussitôt pris dans un braquage – malgré lui.

Dans ce scénario, que lui arrive-t-il ? Il vit comme un fugitif.

À cause de vous j’ai tous les flics de France au cul!

S’il ne réussit pas sa réinsertion, il va continuer à courir avec la police après lui. Il a beau affirmer vouloir le contraire, personne n’accepte de le croire. Lucas est un criminel et il risque de le rester toute sa vie. S’il ne prend pas le taureau par les cornes à travers une reconversion, il ne changera jamais. Une idée qui ne convient pas à quelqu’un comme lui, qui met un point d’honneur à décider par lui-même.

C’est pas la bonne solution.

La chance de Lucas va être de croiser le chemin de Pignon, et sa fille.

Contrairement à lui, Pignon est gauche. Il réalise son braquage comme un amateur. Mais ses intentions sont louables : il est prêt à tout par désespoir, pour s’occuper de sa petite fille. Au cours de sa réinsertion, on peut se rendre compte qu’il y a d’autres moteurs dans la vie. La reconversion est possible.

Le problème de fond est que Lucas a l’habitude de faire cavalier seul. Il ne se soucie que de lui.

Bon ben voilà. Je pense pas qu’on se reverra.

Alors que Pignon agit pour quelqu’un d’autre, ce qui lui confère une certaine forme de courage. Le premier pas de la reconversion, pour Lucas, est de penser différemment. Il doit accepter que l’on peut penser à quelqu’un d’autre que soi-même.

Lucas ne l’admettra jamais car il est plein d’orgueil, mais il est impressionné par Pignon. À côté de cet homme un peu farfelu, il se sent bien bête.

Pignon n’est cependant pas suffisant. Il n’est pas intéressant en lui-même.

Je veux qu’on me laisse tranquille.

C’est sa fille qui est la clé. L’innocence et le bloquage de Jeanne interpelle Lucas. Elle vient vers lui pour le soigner alors qu’il est blessé. Il n’a pas pu garder sa porte fermée. Lucas s’ouvre à cette petite fille qui n’a pas peur de montrer sa vulnérabilité.

Elle se débloque. Lucas a donné un peu de son enthousiasme à cette petite fille qui retrouve soudainement la parole. Ses mots ne sont pas anodins.

J’ai faim.

Lucas va trouver un nouvel appétit. Il avait sûrement besoin de sentir qu’il peut donner l’exemple à quelqu’un d’innocent. Le repris de justice découvre le plaisir de se sentir comme un magicien. Un sentiment qu’on ne peut trouver que dans l’autre. Preuve que lorsqu’on s’investit pour autrui, on s’y retrouve.

Lucas aime l’idée d’avoir réussi un miracle. Il se rend compte que s’il abandonne Pignon et Jeanne, quelque chose va lui manquer.

Il n’avait besoin de personne. À présent, c’est lui qui se met en dépendance. Sa reconversion est en cours. Il ne reviendra plus en arrière car il a désormais trop besoin du monde.

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son auteur.

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