MESRINE, L’ENNEMI PUBLIC N°1

MESRINE, L’ENNEMI PUBLIC N°1
Jean-François Richet, 2008

LE COMMENTAIRE

La vie est faite de choix. Pilule rouge ou bleue? Pepsi ou Coca? Strepsil ou Ricola? Très jeune l’enfant doit regarder ce qu’il a entre les mains, comparer et prendre une décision. Pour les élections c’est pareil. Droite ou gauche? Certains ne se posent même plus la question, partisans du tous pourris et persuadés que ça ne fait pas de différence. Sauf que si ça ne faisait pas de différence, nous offrirait-on le choix? Il faut l’espérer.

LE PITCH

Jacques Mesrine (Vincent Cassel) a pris du volume.

LE RÉSUMÉ

Mesrine est de retour en France et continue ses frasques. Il est arrêté puis jugé au tribunal de Compiègne pour une série de braquages à main armée. Il prend le juge en otage et parvient à s’échapper avec l’aide de son acolyte Michel Ardouin (Samuel Le Bihan).

Planqué en Normandie, il fait la une du JT en tant qu’ennemi public n°1. Il savoure son heure de gloire.

Mesrine ne tarde pas à se faire coincer de nouveau, cette fois-ci par Broussard (Olivier Gourmet), commissaire à la BRI. Le jour de son arrestation, Mesrine le provoque.

Broussard t’es sûr que tu boxes dans la même catégorie que moi?

Il négocie vingt minutes, le temps de brûler ses faux passeports. Puis il accueille les forces de l’ordre les bras ouverts, une bouteille de Champagne à la main. Il donne rendez-vous à Broussard.

La prochaine fois y’aura pas de dame, y’aura pas de champagne… Y’aura que toi et moi.

Mesrine est frustré de voir Pinochet lui voler les gros titres. Il publie son livre L’Instinct de Mort depuis la prison de la Santé. Il y fait la rencontre de François Besse (Mathieu Amalric) avec lequel il s’évade.

Les deux compères se rendent à Deauville pour y cambrioler le casino, après avoir pris soin de narguer les policier locaux au passage. Après ce casse, Mesrine rencontre Sylvia (Ludivine Sagnier). Il donne une interview à Paris Match avant de partir à Londres. L’interview reste en travers de la gorge de Besse qui reproche à Jacques de partir en toupie.

Tu veux attaquer le système pour le foutre par terre. Moi je veux le garder en place pour le rançonner.

Les deux associés se séparent. C’est à ce moment que Jacques fait la rencontre de Charlie Bauer (Gérard Lanvin), un militant d’extrême-gauche passé par les QHS. Tous les deux invitent Jacques Tillier pour une interview, journaliste d’extrême-droite pour Minute, afin de mieux le liquider. Mesrine a désormais la presse à dos.

Le 2 novembre 1979, Jacques est victime d’un guet-apens Porte de Clignancourt. Il se fait abattre sans sommation par les hommes de Broussard. Le grand Jacques terminera sa course aux portes du périphérique.

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L’EXPLICATION

L’Ennemi Public n°1, c’est la croissance d’un gangster.

Mesrine n’est pas n’importe quel brigand, il est un voleur exceptionnel qui passe toujours au travers des mailles du filet de la police même s’il finit toujours par y retomber à un moment ou un autre. Au jeu du chat et de la souris, Mesrine joue une partition presque parfaite. Il est charismatique. Il fait le spectacle. Sa pirouette avec le juge au tribunal de Compiègne lui vaut d’ailleurs l’intérêt des médias. Il est friand de ce que les journalistes peuvent dire de lui. Ça l’amuse et flatte également son ego. Quand Mesrine se regarde à la TV, ça n’est pas comme un athlète qui décortique sa prestation au ralenti pour peaufiner sa technique ; c’est plutôt comme la Reine dans Blanche-Neige qui s’adresse à son miroir. Il se prend pour une star.

Moi dans la rue, je suis une vedette!

Il se livre à une guerre médiatique avec Broussard. Il l’interpelle lors de son procès.

Comme nous avons l’honneur d’avoir le commissaire Broussard qui s’est comme d’habitude posté savamment à côté des journalistes…

La relation avec les médias est primordiale. Ce sont eux qui font la loi. Ils figent la réalité dans la conscience collective. C’est pourquoi Broussard informe tout de suite les journalistes que Mesrine était armé de grenades lors de son interpellation Porte de Clignancourt. Et c’est aussi pour cela que Mesrine tentait de soigner son image en donnant des interviews dans la presse.

C’est aussi comme ça qu’il a commencé à se perdre lui-même. En parlant aux reporters, il se laisse emporter par son élan. À l’inverse de Besse qui est conscient de sa réalité de voyou, Mesrine s’invente un combat. Il devient révolutionnaire. Lors de son procès il s’était posé en ennemi du service public, dénonçant au passage les carences du système pénitentiaire. À Paris Match, il se présente comme un potentiel terroriste, prêt à tout faire péter. Il pense réussir à se servir des médias sans voir que ce sont plutôt les médias qui l’instrumentalisent.

Vous amusez les gens mais vous leur faites peur aussi.

L’ennemi public numéro 1 c’est l’histoire d’un gangster devenu politique. Le combat de Mesrine aurait du rester la liberté, pas autre chose.

Quand on vit dans un enfer, l’évasion est un droit. Je dirais même plus un devoir.

Son but c’était de faire fermer les QHS. Et ça aurait du le rester. Au lieu de ça, il a brouillé son image en devenant quelqu’un dont on ne comprend plus l’ambition. Il se venge de Jacques Tillier parce que sa chronique l’a vexé et parce que le journaliste est fasciste. Il se met hors-jeu. En tuant l’homme de presse, il se met la profession à dos. Il se tire une balle dans le pied en se privant de la dernière protection qu’il avait face à la police. Il n’est plus Arsène Lupin ou Robin des Bois, il est devenu un tueur incontrôlable. Desproges disait que l’opinion était toujours du côté de Guignol. Si Guignol n’est plus lui-même, alors il peut se faire passer à tabac par les gendarmes. L’opinion ne s’en portera pas plus mal. Mesrine s’est trompé de mission, par orgueil.

Comme tu veux toujours avoir le dernier mot tu te retrouves toujours tout seul.

Mesrine n’en reste pas moins un homme hors du commun, craint des policiers et respecté du personnel pénitentiaire parce qu’il avait des couilles. C’était un homme courageux, qui dérangeait, et qui s’est fait abattre sans classe par un escadron entier. Il a réclamé un duel. On lui a tendu un piège.

Allez Broussard, un peu de courage!

On s’amuse d’abord des révolutionnaires puis on s’en méfie à mesure que leur influence grandit. Ces fauteurs de trouble finissent presque toujours par se faire couper la tête. Mesrine a été à l’image de Coluche, menacé alors qu’il devenait un candidat de plus en plus crédible à la Présidentielle. Mesrine a été à l’image de Jésus, trahi par les siens et mitraillé alors qu’il s’apprêtait à prendre la route.

LE TRAILER

 

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