BATMAN BEGINS
Christopher Nolan, 2005
LE COMMENTAIRE
On doit respecter le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Si certain·es aiment se balader déguisé·es – hors période de carnaval : c’est leur droit. Tout comme certain·es aiment vivre dans une cave remplie de chauve-souris. Cela les regarde.
LE PITCH
Un jeune bourgeois se mue en justicier sans peur.
LE RÉSUMÉ
Bruce Wayne (Christian Bale) a développé une phobie des chauve-souris en tombant dans un puits, par accident, quand il était enfant. Rien à voir avec la mort de ses parents, dont il fut également le témoin. Thomas Wayne (Linus Roache) et sa femme Martha (Sara Stewart) ont été abattus à la sortie d’un théâtre par Joe Chill (Richard Brake).
Après ce drame, Bruce Wayne est parti en Asie où il a fait la rencontre de Henri Ducard (Liam Neeson), un soldat de Ra’s al Ghul (Ken Watanabe). Là-bas, Wayne a reçu un entrainement aux arts martiaux, et une proposition de rejoindre la Ligue des Ombres. Bruce Wayne a surtout appris à affronter ses peurs.
Your parents’ death was not your fault. Your training is nothing. The will is everything. If you make yourself more than just a man, if you devote yourself to an ideal, you become something else entirely. Are you ready to begin?
Il a refusé de devenir un criminel, pour rentrer à Gotham City – la ville de sa famille désormais en proie à la corruption. Carmine Falcone (Tom Wilkinson) fait la pluie et le beau temps, avec la complicité de la police et des juges qu’il tient dans sa poche.
Alfred (Michael Caine) est là pour s’occuper de Bruce.
Richard Earle (Rutger Hauer) gère les affaires de Wayne Enterprises et voit d’un mauvais oeil le retour de l’enfant prodigue.
This is where you belong. Welcome home.
Mais Bruce Wayne veut aider Gotham en se battant contre le crime, dans l’ombre. Il se crée le personnage de Batman et va travailler avec le sergent Gordon (Gary Oldman) et son amie Rachel Dawes (Katie Holmes) à poursuivre les méchants. Lucius Fox (Morgan Freeman) s’occupe de lui fournir le matériel dont Batman a besoin.
Le fantôme de la mort de ses parents le hante encore. Il doit pourtant s’employer rapidement contre le docteur Crane (Cillian Murphy) dont la drogue hallucinogène créer une psychose dans la ville.
Batman comprend que Crane est backé par Ra’s al Ghul qui était en fait Henri Ducard – auquel Bruce Wayne a sauvé la vie.
I saved your life.
I warned you about compassion, Bruce.
Ra’s al Ghul veut en finir avec Gotham parce qu’il juge décadente.
Every time a civilization reaches the pinnacle of its decadence, we return to restore the balance. (…) Gotham… must be destroyed.
Batman n’est pas d’accord sur le principe.
There are good people here.
Il se bat contre Ra’s al Ghul et l’emporte
I won’t kill you. But I don’t have to save you.
Bruce Wayne reprend aussi les rennes de l’entreprise familiale.
What are you talking about? The company went public a week ago.
And I bought most of the shares. Through various charitable foundations, trusts, and so forth – look, it’s all a bit technical, but the important thing is that *my* company’s future is secure.
Bruce Wayne, alias Batman, est maintenant en place. Il n’a plus peur de rien. Cela tombe bien, un autre criminel menace la ville (cf The Dark Knight)…

L’EXPLICATION
Batman Begins, c’est le mythe du piston.
Avec les inégalités qui se creusent et un ascenseur social plus que jamais en panne (cf Us), la figure du riche est de plus en plus détestable. Dans un monde où la majorité invisible doit se battre chaque jour, il est insupportable qu’une minorité de nanti·es aient la vie facile.
Non seulement ils ou elles ont la vie facile, mais en plus ils ou elles continuent de voyager en jet privé au mépris de l’environnement et râlent contre des impôts qu’ils ou elles ne paient pas (cf Panama Papers).
Bruce Wayne est né avec une cuillère en argent. Il vient d’un milieu qui promeut le darwinisme social et vante l’importance de se faire tout seul (cf À la Recherche du Bonheur) – du haut de son empire. Les dés sont pipés. Bruce pourra sans doute aller étudier dans les universités les plus prestigieuses (cf Varsity Blues). La réussite lui tend déjà les bras sans qu’il n’ait rien demandé. Quand il sera grand, il reprendra les affaires de son papa qui est une personne incontournable de la ville de Gotham.
Alors quand Carmine Falcone voit débarquer Bruce Wayne avec sa gueule enfarinée, il rigole. Falcone sait que Wayne a une faiblesse énorme : il a tout à perdre.
People from your world have so *much* to lose. Now, you think because your mommy and your daddy got shot, you know about the ugly side of life, but you don’t. You’ve never tasted desperate. You’re, uh, you’re Bruce Wayne, the Prince of Gotham; you’d have to go a thousand miles to meet someone who didn’t know your name. So, don’t come down here with your anger, trying to prove something to yourself. This is a world you’ll never understand. And you always fear what you don’t understand.
Bruce Wayne n’est pas d’accord et veut prouver le contraire en réhabilitant l’image du bourgeois. Il va devenir un riche qui apprend à en chier. Tout d’abord, il s’attache à prouver que le piston est un mythe. Hors de question que Bruce bénéficie du réseau de papa.
Bruce Wayne part en exil, de lui-même. Ce voyage doit aider le petit garçon frileux à mieux comprendre qui il est, et se trouver en affrontant ses peurs.
They told me there was nothing out there, nothing to fear. But the night my parents were murdered I caught a glimpse of something. I’ve looked for it ever since, I went around the world, searched in all the shadows. And there is something out there in the darkness, something terrifying, something that will not stop until it gets revenge… Me.
Bruce veut voler des poires sur le marché et vivre au milieu des pauvres, sans devenir l’un d’entre eux quand même. Il ne faut pas déconner.
I never became one of them.
Aucun risque.

Bruce Wayne reviendra à Gotham et quand ce sera le cas, personne ne pourra dire de lui qu’il est un fils à papa.
Bruce n’a pas envie de rentrer dans la narration du fils qui cherche à se faire un prénom. Il se met en retrait des affaires. En parallèle, il donne toujours le change en continuant de jouer au parvenu arrogant aux bras duquel se pavanent des mannequins et qui rachète un hotel en faisant un chèque. Alors que depuis sa cave, la nuit, Bruce charbonne.
All this, it’s not me. Inside, I am more.
Parce que Bruce n’est pas au 35h. Il ne compte pas ses heures pour reconstruire les fondations de Wayne Entreprises. De cette manière, il prouve qu’il n’est pas un héritier.
Rebuild it. Just the way it was, brick for brick.
Bruce a à coeur de montrer que les riches ne sont pas ces pourri·es que l’on dénonce trop facilement dans les milieux populaires (cf Joker). Son père a quand même construit le métro de Gotham et son grand-père acheminait des esclaves affranchis. Les Wayne ont les moyens mais ce sont des gens bien, avec des valeurs. Ils ne volent pas leur argent. Au nom de tout ce qu’ils ont réalisé, Bruce veut se battre pour sa ville.
You’re gonna destroy millions of lives!
Only a cynical man would call what these people have « lives, » Wayne. Crime, despair… this is not how man was supposed to live.
Bruce se bat pour sa ville plus que pour sa gloire, même si son symbole est affiché dans le ciel. Il prend des coups tous les soirs . Son corps est marqué par les ecchymoses. Certes, il se réveille le matin dans des draps en satin. Alfred lui fait son petit dej et Lucius lui prépare sa potion magique. Son compte en banque lui donne une certaine liberté. Mais il n’a pas volé pas la fortune de sa famille. Pour y arriver, Bruce Wayne n’a pu compter que sur lui-même.
Pas de piston. Cela n’existe pas. Ce n’est pas vrai.
Au moins, Bruce s’en est convaincu. Il devient la nouvelle icône vivante d’une classe dominante qui se soucie énormément de son image.