LE FABULEUX DESTIN D’AMÉLIE POULAIN

LE FABULEUX DESTIN D’AMÉLIE POULAIN
Jean-Pierre Jeunet, 2001

LE COMMENTAIRE

Qui n’a jamais mis de framboises sur ses dix doigts avant de les manger? Qui est passé à côté du plaisir de lécher le nappage vanille des Petits Princes pour mieux se libérer du biscuit? Qui dégustait ses Frizzy Pazzy la bouche fermée? Qui a raté l’occasion de fourrer ses croissants avec de la confiture à la fraise? Et surtout, que s’est-il donc passé dans notre vie pour que nous nous privions soudainement de ces plaisirs essentiels?

LE PITCH

Amélie Poulain (Audrey Tautou) joue les Mimie Mathy.

L’HISTOIRE

Amélie Poulain (Flora Guiet) a grandi avec pour seul ami un poisson rouge suicidaire. Après la mort regrettable de sa mère, victime du suicide d’une touriste québécoise, son père (Rufus) s’est replié sur lui même et ses nains de jardins. Amélie a longtemps cru qu’elle était responsable des malheurs du monde.

Le soir de l’annonce de la mort de Lady Di, elle découvre par hasard dans son appartement une petite boite d’objets ayant appartenus à un petit garçon il y a des années. Amélie prend la décision de le retrouver pour lui rendre son trésor. Si sa fonctionne, alors elle s’occupera de la vie des autres.

Sinon, tant pis.

Monsieur Bretodeau (Maurice Bénichou) ne s’attendait certainement pas à ce que la vie le retrouve. Ému aux larmes, il pense à ses petits-enfants.

Je crois qu’il serait temps que j’aille leur rendre visite avant de finir à mon tour dans une petite boîte.

Amélie a réussi. Elle est euphorique. Le soufflet retombe pourtant vite. Elle est toujours seule.

Le temps n’a rien changé : Amélie continue de se réfugier dans la solitude. Elle prend plaisir à se poser des questions idiotes sur le monde ou sur cette ville qui s’étend là sous ses yeux.

Elle voit sa nécrologie défiler sous ses yeux, racontée par Frédéric Mitterrand.

Le destin va mettre Nino Quincampoix (Mathieu Kassovitz) sur sa route, un marginal qui fait des albums remplis de photos de Photomaton ratées. Obsessionnel tout comme Amélie, Nino est à la recherche d’un homme mystérieux qu’il imagine être un revenant ou un obsédé par la peur de vieillir. C’est le coup de foudre. Son coeur bat. Elle va créer un jeu de pistes pour que Nino remonte jusqu’à elle. Cependant au moment de se jeter à l’eau, c’est elle qui se liquéfie.

Le peintre Raymond Dufayel (Serge Merlin), l’homme de verre, lui donne du courage.

Vous n’avez pas des os en verre, vous pouvez vous cogner à la vie. Si vous laissez passer cette chance alors avec le temps c’est votre coeur qui va devenir aussi sec et cassant que mon squelette. Alors allez-y, nom d’un chien!

Amélie sort de chez elle. Nino est à sa porte. Les amoureux peuvent enfin vivre leur histoire. Les rues de Paris sont plus belles à parcourir quand on est deux sur la mobylette.

L’EXPLICATION

Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, c’est sortir enfin de sa coquille.

Amélie Poulain est un petit poussin. Elle a été couvée comme un petit être fragile, voire carrément coupée du monde par ses parents qui étaient des individus dont le passe-temps principal était quand même de vider leurs affaires pour les ranger ensuite. Ils défaisaient pour mieux refaire. Ils ne se sont pas permis de vivre, ne serait-ce qu’un peu. Il y avait d’ailleurs toujours une bonne excuse.

Quand on était jeune avec ta mère on aurait bien voyagé, mais on pouvait pas… à cause de ton coeur!

Les Poulain se sont résignés tout comme Madeleine (Yolande Moreau), même si le jeune Lucien (Jamel Debbouze) tente de la réconforter.

Faut pas dire ça, c’est beau la vie…

Amélie suit bien le même chemin que ses parents. Elle est sensible aux charmes discrets des petites choses de la vie. Et c’est très bien. Elle aime par exemple casser la croute des crèmes brulées. Et on la comprend.

J’aime repérer les petits détails que personne ne verra jamais.

Sauf qu’en se concentrant sur l’infiniment petit, elle en oublie l’infiniment grand. Sa modestie et sa discrétion vont la conduire à vivre en coup de vent. Elle va disparaitre et personne ne la regrettera. Personne ne l’aura remarquée tout comme Nino lorsqu’il rentre dans le café où il a pourtant rendez-vous avec elle. Amélie Poulain c’est la fille qu’on appellera Ophélie Poulain parce qu’on n’est plus trop sûr de savoir comment elle s’appelle. Elle ne laisse pas de trace parce qu’elle rate le plus important. Et le plus important qu’est-ce que c’est?

S’accepter comme on est. Ça commence évidemment par là. Ne pas se voir trop beau sans avoir honte non plus de qui nous sommes. Nous ne pouvons peut-être pas sauver la planète comme Emmanuel Macron. Nous pouvons pourtant y contribuer par petite touche comme lorsqu’Amélie fait une visite guidée de Montmartre à l’aveugle. Là on a l’impression d’avoir un rôle, aussi infime soit-il.

Amélie a soudain l’impression étranger d’être en parfaite harmonie avec elle-même.

L’important dans la vie, c’est aussi de ne pas vivre égoïstement pour soi. Amélie pense, à juste titre, que c’est mieux de s’occuper de la vie des autres que des nains de jardin comme le fait son père. Il lui manque encore un petit quelque chose. Car le plus important dans la vie c’est surtout de savoir la partager. Pour cela, il faut se le permettre. À jouer les Mère Teresa, Amélie devient la marraine des laissé pour compte. Elle s’est un peu oubliée comme lui rappelle Dufayel :

Mais elle? Les cafouillages de la sienne de vie? Qui va s’en occuper?

Il lui faut donc sortir de sa bulle. Aller à la rencontre de l’autre. Monter un jeu de pistes peut-être, en s’assurant de se trouver à la fin. Ne pas être dans la virtualité ou dans le fantasme. C’est beau de mettre de la romance dans un quotidien qui en manque singulièrement. On peut s’extasier sur le battement d’aile d’un papillon et ce qu’il va apporter (ou pas) à l’autre bout de la planète. Attention néanmoins de ne pas se retrouver enfermé dans son propre film. Quincampoix s’est monté la tête à propos de cet homme dont il voyait la photo dans tous les Photomatons de Paris. Et pour cause, c’était un technicien! Nino s’est senti bien bête lorsqu’il l’a découvert. Il a pris conscience qu’il aurait pu encore courir toute sa vie pour un réparateur de Photomaton. Les temps sont durs pour les rêveurs. Il faut arrêter d’être lâche et se faire violence en risquant peut-être de se prendre un mur. Il faut se tenir prêt, derrière la porte, au moment où elle s’ouvre. Car derrière la porte il y a la mobylette.

Un tour de mobylette dans Montmartre c’est peut être pas la traversée de Paris en voiture du sport avec Claude Lelouch. Ça reste toujours mieux que de ne pas avoir vécu.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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