KURSK
Thomas Vinterberg, 2018
LE COMMENTAIRE
Techniquement, chaque au revoir peut être le dernier. On le sait et on fait semblant du contraire. Au revoir devient à bientôt. Comme le chantait Vera Lynn (cf Dr Folamour) : we’ll meet again some sunny day. C’est pourquoi les sous-mariniers disent au revoir à leurs proches comme s’ils allaient chercher les croissants à la boulangerie.
LE PITCH
Un sous-marin russe fait naufrage. Sale affaire en mer de Barents.
LE RÉSUMÉ
La marine russe entame une série d’exercices. Le K-141 Koursk est le fleuron d’une flotte du Nord qui n’est plus ce qu’elle était. L’amiral Grunziskiy (Peter Simonischek) a certainement connu des heures plus glorieuses.
Le commodore de la Royal Navy David Russell (Colin Firth) surveille tout cela attentivement, de loin.
Avant d’appareiller, Mikhail Averin (Matthias Schoenaerts) et ses amis célèbrent le mariage de l’officier Pavel Sonin (Matthias Schweighöfer). Ces hommes ont du sacrifier leurs montres pour payer les bouteilles de champagne, car leur solde n’est toujours pas tombée. L’URSS ne payait pas à l’époque. La Russie a gardé les bonnes vieilles habitudes.
Sorry. We have received nothing from Moscow.
So, what are we supposed to live on??
(…) You’ll get a sea bonus.
Which will not be paid!
Malgré tout, la cohésion des marins est forte (cf Guerre et Paix).
There is no denying that we are one!
Mikhail est marié avec Tanya Averina (Léa Seydoux). Ils ont un petit garçon du nom de Misha (Artemiy Spiridonov). Tanya est enceinte du prochain.
Les manoeuvres démarrent. Le Kursk doit procéder à des tests de torpilles puis rentrer à la base de manière silencieuse (cf À la Poursuite d’Octobre Rouge). Sonin fait remonter que la température est anormalement élevée. Il lance l’alerte et demande l’autorisation de tirer avant la fenêtre prévue.
Permission denied.
La torpille surchauffe. Elle explose quelques secondes plus tard, faisant sauter tout l’avant du sous-marin. 23 marins parviennent à se réfugier dans un compartiment arrière.
Alerté par des mouvements sismiques, Russell comprend ce qui vient de se passer. Il n’a pas de doute sur la position de l’état major russe.
The Kursk has more secrets than any other ship in their navy. They’re not gonna let us go anywhere near it.
Pourtant, il propose immédiatement l’aide du gouvernement britannique.
We’re offering immediate deployment of our LR5, our state of the art rescue submersible and anything else the Russians need.
Sans surprise, l’amiral Petrenko (Max von Sydow) refuse.
No foreign interference.
Le temps est compté. La mission de sauvetage russe a des moyens très limités.
This is supposed to be replaced annually. God knows how old this is.
À l’intérieur, les rescapés manquent déjà cruellement d’oxygène (cf K-19).
Pendant ce temps, les femmes s’inquiètent. Petrenko les recadre.
Sit down and listen!
Une fausse manipulation de Leo (Joel Basman) pour renouveler l’air prive les marins russes d’oxygène. Ils n’ont plus que quelques minutes.
It’s been an honor to serve with all of you.
Les Russes n’ont pas été en mesure de sauver leurs hommes et n’ont pas permis aux plongeurs étrangers de le faire. Le bilan est lourd : les 118 membres de l’équipage sont tous morts.
L’amiral Petrenko salue les familles. Misha refuse de lui serrer la main.

L’EXPLICATION
Kursk, c’est se moquer de ceux d’en-bas.
L’histoire du Titanic avait établi que tout le monde ne nait pas libre et égaux en droit devant un naufrage.
Quand le bateau coule, le capitaine prend le bouillon (cf Titan : le naufrage d’Oceangate). C’est normal. Les voyageurs des ponts inférieurs finissent les fesses dans l’eau. C’est systématique. Par contre, les premières classes peuvent s’en sortir sur un canot de sauvetage.
Cela parait injuste a priori mais la société fonctionne ainsi. Quand un budget accuse un déficit, c’est à tout le monde de payer. La contribution de celles et ceux qui gagnent peu est proportionnellement plus importante. C’est la règle. On protège les riches des affres de l’économie. C’est pourquoi il vaut mieux ne pas se retrouver à l’arrière du peloton (cf Elysium).
L’histoire du Kursk finit de démontrer que l’on se moque pas mal de ceux d’en-bas.
Qu’est-ce qui caractérise la classe dirigeante ?
Elle est tout en haut de la pyramide. Dans une chaîne de commandement hiérarchique, tout finit par remonter jusqu’au sommet, bien que tout le monde fasse mine de n’être au courant de rien (cf Hardcore).
What happened?
I don’t know sir.
Petrenko sait tout. En l’occurrence, l’amiral est parfaitement conscient de l’état de délabrement du matériel militaire. La Russie est à l’ouest.
Much worse than I expected.
Petrenko est passé maître dans l’art de l’enfumage. Il cache la misère en multipliant les déclarations d’intention.
They will do anything in their power to get them home.
Ses vaisseaux prennent l’eau, y compris les tout derniers modèles. Mais il faut faire bonne figure, quoi qu’il en coûte. Un amiral de son rang ne peut pas se permettre de bénéficier de la charité anglaise.
I think there has been a misunderstanding regarding this meeting.
C’est à l’amiral qu’incombe la lourde responsabilité de prendre des décisions parfois difficiles. Décisions qu’il prendra toujours dans son intérêt plutôt que de celui du peuple. En tant que dirigeant, Petrenko a le choix. Il sait que quelques hommes sont encore en vie et que les secours ne pourront pas faire de miracle. Le pire pour lui serait de perdre la face. Alors il refuse la main tendue par son voisin, au mépris de son peuple.
Your husbands and sons are sailors in the Russian navy. Everyone of them took an oath to defend this country with his life.
La classe dirigeante a une assurance : elle s’appuie sur le fait que le peuple va fermer sa gueule. Le peuple a bêtement signé une décharge selon laquelle elle refuse à engager des poursuites en cas de problème (cf Un Pays qui se tient sage). Les hommes sont ainsi sacrifiés, même si le motif de leur mort est ridicule. Un accident, cela arrive.

Qu’est-ce qui caractérise le peuple ?
En termes de position, il est en-bas, coincé dans le sous-marin par plusieurs dizaines de mètres de profondeur. Les gens du peuple se sont effectivement engagés à faire leur devoir, comme de bons soldats qui ont connaissance des risques.
We can’t leave.
Même si les sous-mariniers du Kursk ne savaient pas tout. Ils ont probablement découvert les défaillances de leur équipement en mission. Anton (August Diehl) n’a pas eu à trop se plaindre de la propulsion. Par contre, Pavel ignorait tout de la température des torpilles.
Ceux d’en-bas ont la naïveté de croire que la classe dirigeante est aussi généreuse qu’eux.
Everything we will do for them, they will do for us.
Celles qui sont restées à terre se sentent aussi étouffées. Ce sont des victimes. Elles, contrairement aux dirigeant·es, n’ont pas le choix – n’en déplaisent aux intellectuel·les existentialistes. Alors elles se résignent car il n’y a rien d’autre à faire.
What do we do?
We let the Marine do his work.
(…) Their camarades will do their duty. Your duty is to wait and hope.
We have to stay strong, we have no choice.
Elles savent qu’on les prend pour des connes (cf Les Misérables).
I am not an expert but I am not a fool either.
Il ne leur reste plus que leurs yeux pour pleurer.
Les hommes du Kursk deviennent des chiffres. Quelques morts de plus qui viennent s’ajouter à une liste dont le volume n’a plus de sens.
On va les oublier. Ils ne comptent pas.
Misha peut faire la gueule et refuser de serrer la main de l’amiral. Il sait que sa seule chance dans la vie est d’essayer de prendre la place du vieux en tant qu’officier plutôt que de rester simple soldat comme son défunt père.