JUSQU’À LA GARDE

JUSQU’A LA GARDE

Xavier Legrand, 2017

LE COMMENTAIRE

Les enfants n’ont rien demandé. On les installe sur le siège passager, sans qu’ils n’aient à dire quoique ce soit. Si la personne au volant conduit mal, c’est tant pis. La vie va ressembler à un voyage qui donne la nausée. On peut pleurer, cela ne changera rien.

LE PITCH

Un couple se dispute la garde des enfants.

LE RÉSUMÉ

Miriam Besson (Léa Drucker) retrouve son mari Antoine (Denis Menochet) au tribunal. Elle est accompagnée de Maître Davigny (Sophie Pincemaille) et lui de Maître Ghenen (Émilie Incerti Formentini). La juge (Saadia Bentaïeb), accompagnée de sa greffière (Coralie Russier), lit la déposition de Julien (Thomas Gioria).

C’est pas un père et je suis content que mes parents divorcent.

Puis elle écoute chaque partie. Miriam reproche à Antoine des actes de violence, mais n’a pas de preuve.

La garde alternée est prononcée concernant Julien. Étant pratiquement majeure, Joséphine (Mathilde Auneveux) sort de l’équation.

Julien refuse d’aller chez son père qu’il appelle l’autre. Mais Antoine a obtenu le droit légal de voir son fils.

Écoute, je veux pas que ça se passe mal…

Aucune raison que ça se passe mal. On applique la décision de la juge, point barre. Il doit être avec moi ce weekend. S’il sort pas, moi je porte plainte.

Finalement, Julien retrouve son père à contre-coeur. L’ambiance est glaciale.

Pourquoi elle passe par toi ta mère pour changer le weekend ? Elle peut pas le demander ? Avec une mère normale on peut discuter pour changer de weekend, tu crois pas ? (…) Tu vois quand je te dis qu’elle est pas normale ?

Antoine soupçonne Miriam de voir quelqu’un. Il essaie d’obtenir des informations pour savoir où Miriam habite désormais. Sous la pression psychologique et physique de son père, Julien est obligé de donner l’adresse.

Je suis ton père! J’ai le droit de savoir où tu vis quand même!

Le père d’Antoine (Jean-Marie Winling) en a marre de ces techniques et décide de mettre son fils dehors.

Faut toujours que tu gâches tout. Tu es un incapable! C’est pas étonnant que tes enfants veuillent plus te voir. (…) Je veux pas de ça chez moi. Tu remets plus jamais les pieds ici. (…) C’est pas toi qui fait la loi ici!

Pendant que Miriam essaie de gérer sa vie et l’anniversaire de Joséphine, qui fréquente Samuel (Mathieu Saïkaly), Antoine s’invite à l’appartement. Il serre Miriam dans ses bras en pleurant.

J’ai changé…

Il ne peut cependant pas s’empêcher de venir à la salle des fêtes pour l’anniversaire de Joséphine, bien qu’il soit indésirable. Miriam fait l’effort d’aller le voir pour éviter une scène. Cyril (Julien Lucas) s’inquiète de la situation.

Antoine fait une crise de jalousie (cf L’Enfer). Il prend Marie par la gorge.

C’est qui ce type ?? Tu l’as baisé c’est ça ?!

La soeur de Marie (Florence Janas) intervient in extremis.

Miriam fait tout ce qu’elle peut pour que Joséphine puisse profiter de son moment.

Plus tard dans la nuit, Antoine fait irruption au domicile de Miriam – avec sa carabine. Elle se réfugie avec Julien dans la salle de bains, et appelle la police.

Madame, il me faut votre adresse.

Miriam entend Antoine qui gronde dehors.

La police avait déjà été prévenue par la voisine. Les agents interviennent pour maîtriser Antoine avant qu’il ne soit trop tard.

L’EXPLICATION

Jusqu’à la Garde, c’est la bascule dans l’extrême.

Qu’il semble loin le paysage politique français scindé en deux entre une gauche de gauche et une droite de droite. Les opportunistes ont fait exploser les clivages traditionnels (cf Le Casse du Siècle), conduisant à une fragmentation confuse entre les parties de Renaissance à Reconquête. On dirait que les conseillers en communication politique n’ont plus d’inspiration (cf Les Marches du Pouvoir).

Perdus dans l’à peu-près du en-même-temps présidentiel, les Français·es ont réclamé avec véhémence un retour de la polarisation des forces qui se formalise de manière extrême.

Je pense que dans ce dossier, rien n’est blanc des deux côtés.

Cette réalité politique finit par impacter n’importe qui dans son quotidien.

Ainsi Marie et Antoine se sont séparés pour des raisons légitimes : Marie est partie avec les enfants car Antoine était violent. Cependant, le flou relationnel dans lequel ils se sont retrouvés ne pouvait pas durer éternellement.

Alors la justice a tranché avec les meilleures intentions du monde, en tentant d’apporter une médiation.

Moi je veux que tout se passe bien.

À défaut de quoi, la justice a précipité la réaction extrême d’Antoine. Celui qui, demandait poliment la parole à madame la juge lors de l’audience.

Je peux dire quelque chose ?

Celui-la même va se déchaîner une fois lâché dans le nature. Le chasseur va faire de Marie et Julien ses proies. On ne peut pourtant pas dire que Marie mène la grande vie avec son allocation chômage et son logement social en région Bourgogne Franche-Comté. Mais Antoine est jaloux. Il n’est plus capable d’être raisonnable.

Avec son fils, il utilise une forme redoutable de violence morale.

Tu sais, ta mère elle a une bombe entre les mains qui va lui exploser à la gueule. Parce que tout ce qu’elle fait depuis le début, elle a pas le droit de le faire. (…) Tu peux lui dire ‘merci’ parce que l’anniversaire de ta soeur t’ira pas, tu seras avec moi!

Le pauvre Julien a peur de son père. Il est tétanisé à côté de lui. Les larmes lui montent aux yeux et il essaie de le fuir (cf Shining).

Auprès de Marie, Antoine essaie de faire parler la force car il n’a pas d’autre argument. Incapable de se maîtriser, il est mis dehors par ses parents. Un homme dans son état, à la dérive, devient une véritable menace pour lui-même et ses proches.

Je suis quoi moi !? Tu vas pas me faire ça! Ça me fait du mal!

Antoine enfonce l’épée jusqu’à la garde. Il part chez Marie en mission suicide, comme de trop nombreuses histoire sordides dans lesquelles le mari pratique la politique de la terre brûlée – avant de se donner la mort. Antoine est incontrôlable.

Il n’y a rien que Marie, ni les enfants, n’auraient pu faire pour contenir sa colère injustifiée.

La justice a fait son travail, tout en créant les conditions du pire.

Dans ce cas, c’est la police qui sauve les meubles en dernier recours (cf Minority Report).

On vit désormais dans un monde qui ne sait plus régler de conflit sans s’entre-tuer. Où l’on marche en permanence sur le fil de la catastrophe.

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son AUTEUR.

EXPLICATION DE FILM est un blog indépendant de cinéma qui s’intéresse au fond, plutôt qu’à la forme.
découvrez l’interprétation de milliers de films, également classés par LEURS thématiques.

Un commentaire

  • Très juste ! Et ce film est tellement proche des réalités qu’il sert à la formation de la police et de la justice sur l’évaluation de l’emprise et des comportements dans le cadre de violences conjugales . Bravo au réalisateur et aux acteurs .

Commentez ou partagez votre explication

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.