MENTEUR MENTEUR
Tom Shadyac, 1997
LE COMMENTAIRE
La légende dit que les femmes sont plus mûres que l’homme. L’homme joue les durs alors que dans le fond, il est tout fragile. Au moindre problème, il se plaint comme un bébé. Peut-être faudrait-il revisiter cet état de fait et considérer que les hommes ne savent juste pas exprimer leurs sentiments à des femmes rendues insensibles par trop d’abus.
LE PITCH
Un avocat est condamné par son fils à ne plus mentir pendant 24h.
LE RÉSUMÉ
Fletcher Reede (Jim Carrey) a le vent en poupe dans son cabinet. Miranda (Amanda Donohoe) le met sur une affaire de divorce compliquée . Fletcher doit représenter Samantha Cole (Jennifer Tilly) qui réclame la moitié de la fortune de son ex-mari. Bien qu’elle l’ait trompé en long, en large et en travers, l’avocat est convaincu qu’il peut retourner la situation (cf Intolérable Cruauté).
You’re the victim here. The wife of a cold, distant workaholic. Starved for affection! Driven to the arms of another man!
Seven.
Yeah, whatever!! (…) This isn’t about you and Mr Cole anymore, this is about all women!!
Fletcher a une technique imparable : il ment comme il respire (cf Mytho-Man).
Son ex-femme Audrey (Maura Tierney) en a suffisamment souffert. Et son fils Max (Justin Cooper) supporte de moins en moins bien les promesses non tenues de son paternel. Le soir de l’anniversaire de Max, Fletcher prétexte de devoir rester tard au bureau alors qu’il fait du sexe avec Miranda.
Your father is sorry, he has to work.
He said he was gonna be here, he promised!
Lorsqu’il souffle ses bougies, Max fait le voeu que son père ne puisse plus mentir pendant 24h. Son voeu est exaucé. Fletcher est paralysé dès qu’il veut ouvrir la bouche. Il ne peut plus dire autre chose que la vérité.
… I’m a bad father.
Cette malédiction pénalise Fletcher dans son travail. Il essaie de convaincre Max de le désensorceler. Non seulement il a des soucis avec Miranda, mais il risque surtout de perdre le procès Cole.
Sometimes, grown ups need to lie! (…) No one can survive in the adult world if they have to stick to the truth! (…) I could lose my job!!
Audrey ne croit plus son mari. Elle accepte à contre-coeur de suivre Jerry (Cary Elwes) à Boston, bien qu’il soit chiant comme la mort.
Fletcher ne veut pas qu’elle s’en aille mais il doit boucler le procès. Incapable de mentir devant le juge, l’affaire est mal embarquée. Fletcher découvre finalement que sa cliente était trop jeune pour se marier et que par conséquent, son contrat de mariage est caduc. Elle peut donc prétendre à une partie de la fortune de son ex-mari. La vérité a fini par payer, bizarrement.
And the truth shall set you free!
Après quoi, Fletcher fonce à l’aéroport pour convaincre Audrey de ne pas partir.
L’année suivante, Max fait un nouveau voeu : ses parents se remettent ensemble.
… Pour 24h ?

L’EXPLICATION
Menteur Menteur, c’est celui qui gagne toujours à la fin.
La Fontaine avait compris une vérité universelle : une flatterie vaut plus qu’un camembert. Bien qu’il affirme ne plus vouloir se faire avoir, la vanité du corbeau le trahira toujours (cf l’Associé du Diable). C’est ainsi que les renards dominent le monde (cf Zootopia).
Dans son genre, Fletcher est un beau menteur au sens où il dit exactement ce que les gens ont envie d’entendre. Son métier d’avocat lui permet de mentir de manière tout à fait légale dans la mesure où il doit proposer une version de la réalité qui sera validée comme vérité par la justice.
Être un menteur n’a pas handicapé Fletcher. Bien au contraire, son talent lui a permis de se marier et d’avoir un enfant. Certes, il est divorcé. En cela, il est comme tout le monde (cf Scènes de la Vie conjugale, Marriage Story). Cela ne constitue donc pas un échec. Par ailleurs, il est successful dans son métier.
Ses mensonges à répétitions séduisent. Miranda voit en lui un collaborateur que rien n’arrête, peut-être même un associé. Samantha Cole est également sous le charme de cet homme qui peut lui faire gagner une fortune. Même Audrey n’arrive pas à se défaire de Fletcher. Elle s’ennuie beaucoup trop avec Jerry.
Puisque l’honnêteté ne plait pas. Lorsque Fletcher croise une jeune femme dans l’ascenseur qui préférerait qu’on la complimente en tant que femme et pas juste pour sa plastique avantageuse. Fletcher lui assène ses quatre vérités et prend aussitôt un aller-retour. L’honnêteté, on ne l’assume pas.
Everybody has been so nice.
Well. This is because you have big jugs. I mean, your boobs are huge!

La posture de Fletcher est tellement installée que lorsque son fils l’empêche de mentir, cela ne lui porte même pas préjudice. Au bureau, M. Allan (Mitch Ryan) n’est tellement pas habitué à autant d’honnêteté que cela lui parait incroyable. Au lieu de virer Fletcher, le patron en redemande.
That’s what this company needs : a little irreverence!
See you later dickhead!
Au tribunal, Fletcher ne peut plus mentir. La situation est embarrassante. Qu’à cela ne tienne! Il peut profiter des mensonges de sa cliente qui n’a pas donné sa bonne date de naissance afin de pouvoir se marier. Tout se règle par une pirouette.
Car le mensonge est partout. À l’heure de la post-vérité, les menteurs sont les champions des temps modernes (cf The Apprentice). On peut mentir sans être disqualifié·e. Mieux, on peut mentir et rester au pouvoir.
Il n’y a que Max qui n’apprécie pas l’imposture de son père.
My dad? He’s a liar.
Les enfants, contrairement à ce que l’on pourrait croire, n’aiment pas qu’on leur raconte des histoires. Ils préfèrent qu’on délivre. Les enfants croient volontiers au père noël à partir du moment où ils trouvent des cadeaux sous le sapin.
Quand les enfants comprennent que la vie n’est qu’une vaste blague, que tout le monde déçoit et qu’ils décevront à leur tour un jour, ils peuvent embrasser sereinement le mensonge. Ils font comme tout le monde, en commençant par se mentir à eux-mêmes (cf Memento).
Ainsi l’année suivante, Max fait un nouveau voeu pour son anniversaire. Il souhaite que ses parents se remettent ensemble, parce que cela l’arrange.
On grandit vite à cet âge…