NUIT DEBOUT
Jean-Charles Paugam, 2017
LE COMMENTAIRE
Les étrangers voient les Français comme des gens raffinés, en dépit du fait que les Français peuvent savourer des cuisses de grenouilles. La culture et un certain sens du raffinement, comme porter du parfum pour couvrir des odeurs de sueur, sont également d’autres éléments qui distinguent les Français des autres. Les Français, eux, aiment encore se voir comme des lumières. Des génies sans pétrole, avec un esprit gaulois un peu réfractaire hérité de Uderzo et Goscinny. Si l’on mélange tout cela et que l’on secoue très fort, on obtient un artiste qui joue du piano les fesses à l’air.
LE PITCH
Un vagabond a une journée pour ne pas passer la nuit dehors.
LE RÉSUMÉ
Frank (Pierre Lottin) est mis à la porte par un pote.
Désolé hein… C’est Marion tu sais… En même temps ça fait six mois que tu squattes ici.
Naaaan… attends c’est elle qui t’a dit six mois ? Nan, ça fait quatre mois.
Ça fait quatre mois tu crois ? Moi je crois que y’a quatre mois tu m’as dit encore une nuit et ça fait deux mois de plus. Donc ça fait six.
Non non non… (…) Sinon je peux pas rester une nuit de plus ?
Non j’suis désolé.
Ah c’est chiant ça putain…
Mais son pote ne le lâche pas dans la nature sans solution.
T’as qu’à te trouver une meuf, et peut-être qu’elle te ramènera chez elle ?
De toute façon, Frank n’a pas d’alternative. Alors il se crée un compte sur une app de rencontres et il se met au boulot (cf Newness, l’Arnaqueur de Tinder). Très vite, il match avec Vera (Maureen Gardien) qui lui donne rendez-vous place de la République.
Le téléphone de Frank se coupe. Plus de batterie. Pratique.
Le voilà à Répu, avec son sac à dos, en pleine manifestation contre la loi Travail. Pas de temps à perdre. Il essaie de brancher Eve (Pénélope Rose-Lévêque), une militante.
Ah t’étais à Notre Dame des Landes ?? J’aurais trop voulu y aller!
Après, j’suis pas resté hyper longtemps non plus. Donc je pourrai pas m’étaler. Et pis je suis assez discret…
Très vite, Frank passe pour un guignol. Raph (Benoît Hamon) le calme immédiatement.
Mec, si tu veux niquer, c’est pas ici hein. T’as la moitié, c’est des lesbiennes. Et l’autre moitié, c’est des féministes.
En effet, Eve est gay.
Alors Frank continue à errer. Une jeune femme dans un bar lui met un faux plan.
Moi je fais quoi là ? Je vais où ?? Fait chier…
Miracle. Frank croise Vera sur la place. Elle le ramène chez lui avec une intention claire.
Embrasse moi les seins… Lèche moi les pieds.
Par contre, l’intention de Vera n’est pas que Frank reste chez elle.
Si tu pouvais partir…?
Euh… j’peux pas dormir sur le canap sinon ?
Y’a mon copain qui rentre de vacances demain. Donc ça va pas être possible. J’suis désolée.
Frank se retrouve sur le carreau, tout seul comme un con. Il va effectivement passer la nuit debout.

L’EXPLICATION
Nuit debout, c’est une gauche qui se radicalise.
Les ultra-riches composent en grande partie l’électorat de droite. Selon eux, la fortune est le fruit de son travail… ou de son héritage. Les ultra-riches sont puissants. Néanmoins, lorsqu’ils se sentent menacés, leurs moyens de pression sont efficaces. Par exemple, ils peuvent menacer de quitter le pays si on exige qu’ils paient leurs impôts. Les ultra-riches décident de tout ou presque. Si les réformes ne passent pas, ils ou elles font appel aux autorités pour que la France d’en bas reste à sa place (cf Un Pays qui se tient sage).
La fausse gauche bourgeoise est plutôt du genre hypocrite. Elle n’hésite pas à pactiser avec la droite. C’est sa seule solution pour exister : profiter d’une faute d’inattention de la droite pour tenter s’engouffrer au gouvernement et mener une politique… de droite.
La vraie gauche galère.
Elle est composée d’anonymes qui n’ont pas moyen de s’accrocher à autre chose que des principes de solidarité ou de coopération. Ils ou elles luttent pour protéger les démocraties des exagérations libérales. Pour cela, ces femmes et ces hommes doivent descendre dans la rue, se retrouver ensemble autour des ronds-points ou sur des places afin d’échanger des idées et s’organiser.
Cette gauche là a un peu l’impression de devoir squatter chez un pote, jusqu’au jour où elle se fait virer. On lui dit de se démerder en traversant la rue pour trouver un boulot. C’est facile.
Ouais mais ça marche pas ça!
La vraie gauche ressemble un peu à Frank avec son sac à dos.
Il n’a plus de batterie et plus suffisamment de monnaie en poche pour se payer un café, qui lui permettrait de recharger son téléphone.
Frank a plein de potes mais aucun ne veut l’héberger quand il en a besoin (cf Le Grand Partage).
Il se retrouve perdu dans la foule et doit essayer de se faire remarquer, sans faire pitié non plus. Parce que cette gauche là a encore un peu d’amour propre. Frank se retrouve contraint de dire n’importe quoi pour qu’on prête attention à lui.
J’voyais qu’y avait une scission entre le peuple, l’état voilà…
… D’accord. T’as quelque chose de plus concret à proposer ?
Plus concret ? Moi je pense qu’il faudrait faire une grosse partouze sur la Place de la République.

Il faut reconnaître que Frank a le mérite d’être marrant.
On lui fait miroiter la possibilité d’être logé contre un peu de sexe. Lui qui s’était inscrit sur les apps de rencontre pour chasser se retrouve baisé et à la rue sans aucune explication. On se sert de lui et on le jette.
Frank va devoir passer la nuit dehors, ce qui va certainement lui faire les pieds.
Par contre, le lendemain, Frank sera en colère. Il en aura marre qu’on le prenne pour un con. Parce qu’il n’aura pas dormi et qu’il n’aura pas pu prendre de douche, il ne postulera pas pour un boulot dans une banque afin de devenir le futur loup de Wall Street.
Alors Frank va naturellement rejoindre la résistance.