LA FEMME QUI EN SAVAIT TROP

LA FEMME QUI EN SAVAIT TROP

Mario Bava, 1963

LE COMMENTAIRE

La mise au lit est un moment féminin privilégié. La femme aime se glisser sous les draps. Elle peut ainsi se retirer du monde, discrètement, en se cachant sous la couette, comme une manière de mieux se protéger des odeurs pestilentielles de son partenaire. La femme essaie d’être sélective dans sa prise d’informations. Elle préférerait sans doute être aveugle plutôt que devoir observer l’homme se gratter les parties génitales avant de se coucher. Malgré tout, elle ne peut s’empêcher de regarder ce spectacle sinistre, au moins du coin de l’oeil.

LE PITCH

Une jeune Américaine part en week-end à Rome, toute seule sans personne.

LE RÉSUMÉ

Nora Davis (Letícia Román) se fait draguer dans l’avion qui l’emmène à Fiumicino par son voisin qui lui offre un paquet de cigarettes, certainement rempli de joints puisqu’il se fait arrêter à l’aéroport pour possession de stupéfiants.

Nora retrouve sa tante Ethel (Chana Coubert) qui meurt le soir même. La même nuit, la pauvre Nora se fait voler son sac à mains sur les marches de la place d’Espagne puis quasiment dans la foulée, aperçoit une femme se faire poignarder.

La police et les médecins la discréditent en l’accusant de lire trop de polars ou de ne pas tenir l’alcool. Le Dr Bassi (John Saxon) se propose de l’aider. Elle retourne sur les lieux du crime pour y faire une reconstitution. Elle y rencontre Lauren Craven-Torrani (Valentina Cortese). Toutes les deux se lient d’amitié et Lauren lui propose sont appartement le temps de son voyage en Suisse.

Nora découvre qu’un crime a eu lieu au même endroit, exactement il y a dix ans. Peu rassurée, elle tend des pièges dans lesquels va se prendre le beau Bassi. Pour se faire pardonner, elle accepte qu’il lui fasse faire la visite de la ville éternelle (et accessoirement la cour).

Regardez autour de vous. Cela ressemble-t-il à un endroit où on tue des femmes? Allez. C’est Rome ça. Avec ce soleil. Cet air pur. Un rêve peut-être, mais pas un cauchemar.

Nora est persuadé qu’elle n’est pas folle.

Tu verras que je finirai pas découvrir la vérité!

Un message du mystérieux Landini (Dante Di Paolo) le lui confirme.

Ce n’était pas une vision. Venez et je vous dirai la vérité.

Le journaliste souffre d’avoir peut-être fait inculper un innocent il y a des années.

Vous ne savez pas ce que c’est 10 ans dans le doute.

Il aimerait lui aussi élucider ce fameux crime pour soulager sa conscience. Il ne va rien élucider du tout, il est retrouvé suicidé dans son appartement.

Nora découvre ensuite que le professeur Torrani (Giovanni Di Benedetto) est l’homme qu’elle a aperçu la nuit du meurtre. Il couvrait en fait pour sa femme qui est la véritable assassine. D’ailleurs elle poignarde aussi son mari. Lauren voulait se venger de sa soeur puis elle s’est muée en tueuse de l’alphabet. Elle menace Nora. Son mari l’abat, avant de rendre l’âme à son tour.

Tout finit bien. Nora peut flirter tranquillement avec Bassi. Un doute l’assaille : Les cigarettes de cannabis! Et si elle avait rêvé tout ça? Elle prend la sage décision d’abandonner le tabac :

Je ne fumerai plus jamais de ma vie!

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L’EXPLICATION

La Femme qui en Savait Trop, c’est l’homme à abattre.

Nora arrive un peu comme un chien dans un jeu de quilles romaines. Elle est l’Américaine pétulante qui débarque dans la Démocratie Chrétienne Italienne bien sage, où les gens meurent sans faire de bruit. C’est une femme décidée dans un monde où l’on sait s’accommoder des mystères non résolus. Dans ce pays, des jolies filles comme elles finissent souvent Veline à la télé. Au lieu de ça, Nora cherche la petite bête. Elle persiste.

Je ne rêve jamais, j’ai la tête dure.

Nora entame un combat contre l’injustice et l’approximation des autorités italiennes. Personne n’est à ses côtés, pas même Bassi qui est très intéressé – mais pas par trouver le coupable. Nora doit donc se débrouiller par elle-même.

Je me sens très seule parfois.

Elle découvre un secret. Une femme qui en sait trop, c’est presque un pléonasme. Son caractère et son obstination posent problème. Elle devient l’homme à abattre.

Tout le monde autour d’elle essaie de la faire douter. On la regarde comme une hystérique alors qu’elle se refait la scène du crime. On la tient à l’écart des conversations importantes, comme une petite fille. On lui fait tourner la tête pour mieux essayer de jouer sur sa crédulité. Elle prend des allures de Rachel Watson, la fille du train. Elle ne sait plus.

J’ai vu tellement de choses aujourd’hui que je ne pourrais pas faire la différence entre et le Colisée la Via Veneto.

C’est une technique. Nora la malicieuse sait au plus profond d’elle-même qu’elle se rapproche de la vérité. Un signe ne trompe pas : on la met en garde plus sèchement. Il pourrait bien lui arriver des bricoles.

Il faut être prudent, très prudent. Surtout lorsqu’on a vu trop de choses.

Rien n’y fait. Nora s’accroche et remonte jusqu’à la source pour découvrir… Lauren. Elle dénoue tout ce sac d’embrouilles pour constater que le tueur est en fait une tueuse. C’est une surprise déplaisante pour Nora car Lauren avait des abords sympathiques (madame Torrani lui avait gentiment prêté son appartement). Il s’avère qu’elle est pourtant bien folle à lier.

Nora est définitivement la femme qui en savait trop. Elle sait désormais que l’homme, le coupable tout désigné, peut être innocent. Elle sait désormais que la femme peut elle-aussi se rendre coupable des pires méfaits. La féministe se rend compte que la Femme ne vaut pas mieux que l’Homme. Et elle ne peut plus faire machine arrière. Il est trop tard. Toutes ces supposées manigances pour l’empêcher de toucher au but n’étaient peut-être pas mal intentionnées. Peut-être voyait-elle le mal partout? Peut-être qu’elle s’est bien fait des films? Ce serait pratique. Blâmons donc le cannabis!

Nora se dit que trop d’information n’est pas toujours utile finalement. Parfois, mieux vaut ne pas savoir. Elle se dit qu’elle n’aurait du rien dire. Ça lui apprendra. Elle relis l’oeuvre de Patrick Sébastien sur le silence.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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