FRANTIC

FRANTIC

Roman Polanski, 1988

LE COMMENTAIRE

À la fin du XXe siècle, l’influence des États-Unis sur la planète était incontestable. On parlait Anglais partout. Les usines automobiles du Michigan n’étaient pas encore en crise (cf American Factory). New York avait encore ses tours jumelles et le dollar était la monnaie d’échange internationale. Les Américains étaient fermement convaincus d’être les rois du monde. Pourtant, la statue de la liberté leur avait déjà tourné le dos.

LE PITCH

Un Américain à Paris se sent soudainement bien seul.

LE RÉSUMÉ

Le chirurgien Richard Walker (Harrison Ford) débarque à Paris en compagnie de sa femme Sondra (Betty Buckley). Il doit participer à un congrès de cardiologie. À l’hotel, il découvre que l’une de leurs valises n’est en fait pas la leur. Sans doute un problème à l’aéroport.

Pendant qu’il prend sa douche, sa femme disparaît mystérieusement.

En plein décalage horaire, Walker ne comprend d’abord pas ce qui lui arrive. Il se renseigne auprès du personnel. Ni le majordome (Gérard Klein), ni le maître d’hotel (Jacques Ciron) ne lui fournissent de réponse. L’inspecteur de police (Yves Rénier) n’est pas d’une plus grande utilité.

Have you and your wife been to Paris before?

Pas plus que les membres de l’ambassade des États-Unis. Alors Walker mène sa propre enquête, en solo. Un ivrogne (Dominique Pinon) rencontré dans un café le met sur la piste de Michelle (Emmanuelle Seigner) qui a pris la valise de Sondra par erreur.

You picked up the wrong suitcase at the airport!

Michelle fait la mule pour le compte d’un certain Dédé (Böll Boyer). D’habitude, elle transporte de la drogue sans le savoir. Cette fois-ci, il s’agit de quelque chose de plus sérieux : du krytron caché dans une statue de la liberté miniature.

En réalité, ce fameux krytron est convoité par des agents du Proche-Orient souhaitant disposer d’une arme de dissuasion nucléaire. L’Ambassade Américaine et les services secrets Israéliens veulent également récupérer ce précieux détonateur – quitte à ce que Sondra meurt. Dommage collatéral.

Avec la complicité de Michelle, Walker réclame un échange sur l’Île aux Cygnes pour retrouver sa femme. Suite à une fusillade, les agents meurent. Victime d’une balle perdue, Michelle perd également la vie. Furieux contre son gouvernement, Walker jette le krytron dans la Seine.

This is what you want?

Puis il s’en va dépité en direction de la Tour Eiffel, portant la dépouille de Michelle, accompagné de sa femme.

L’EXPLICATION

Frantic, c’est l’importance de ne pas se tromper de bagage.

Depuis l’ouverture des frontières et la libre circulation des personnes, on pense à tort que les échanges doivent être fluides. On voyage ainsi d’un pays à un autre comme des touristes insouciants, dans le mépris des cultures locales (cf Cannibal Holocaust), persuadés que tout doit se passer comme sur des roulettes. Sans couture. Dans la normalité et la bonne humeur, un peu comme si nous faisons partie d’une grande famille. On pourrait rentrer et sortir d’un pays comme d’un moulin (cf Argo), ignorant les tensions politiques et autres querelles de religion. Une confiance aveugle dans les capacités de l’économie à nous lier les uns aux autres. Oubliant ces guerres de civilisation qui ont fait tant de victimes par le passé.

Partir à l’étranger est une mise en danger. On sort nécessairement de sa zone de confort (cf Taken). Les Walker en font l’expérience dès leur arrivée à Paris, une ville où ils sont pourtant allés en lune de miel il y a des années. Ils y perdent leurs repères.

Do you know where you are?

No, it’s changed too much.

Au point d’en perdre leurs valises, c’est à dire une partie de leur identité. Ils empruntent par erreur la vie de quelqu’un d’autre. Ce qui devait ne pas se mélanger finit par rentrer en collision. Erreur fatale.

There is some mistake!

Le couple explose. Walker ne parle pas Français. Les Parisiens parlent un Anglais approximatif. La tour de Babel commence à vaciller… Le cardiologue est incapable de retrouver son chemin.

You haven’t find the way out of the airport yet? 

Walker a beau crier à l’aide, les agents secrets vont le brûler comme du teuchi et le fumer comme un spliff de zèbe.

Il bascule dans une autre réalité. Walker n’est qu’un simple membre de plus dans la matrice (cf Matrix). Il se retrouve malgré-lui au milieu d’une sombre histoire d’espionnage dans laquelle il ne comprend plus rien (cf Tenet). Le voilà lié à un scandale étatique pouvant conduire à une guerre mondiale. Il ne peut plus ignorer la réalité et essaie de surnager tant bien que mal dans ces eaux turbulentes. Guidé par la recherche de sa moitié.

À l’aéroport, il aurait du rester concentré sur ses propres affaires. La mélodie aurait continué de manière harmonieuse, chacun continuant à vaquer à ses occupations. Walker aurait calmement parlé d’infarctus du myocarde à un parterre de médecins, bu quelques coupes de champagne avant de repartir tranquillement chez lui. Tandis que Michelle aurait livré sa valise et aurait pris l’argent sans rien dire.

Au lieu de cela, Walker doit plonger en eaux troubles. Sa femme a été kidnappée par un groupuscule armé dont les intérêts divergent étonnement de ceux du pouvoir dominant. Une histoire de fous. Michelle et son patron meurent également dans l’histoire.

Why did you kill Dédé?

Un beau fiasco. Tout aurait du fonctionner de manière impeccable. Par la faute d’une valise égarée, l’équilibre est rompu. Walker n’avait déjà pas beaucoup confiance dans le système judiciaire français. À présent, il ne risque plus de revenir en vacances dans l’Hexagone (cf Camping).

Les Parisiens se sentent profondément vexés par la réaction de cet impérialiste qui prend de haut les institutions de la République ou qui essaie de soudoyer un majordome contre des informations – comme si les Français n’étaient attirés que par l’appât du gain! Nous sommes connus pour collaborer pour des raisons purement éthiques.

Trahi par les siens, Walker hésite même à rentrer chez lui compte tenu de l’attitude des membres de l’Ambassade. Son pays l’a lâchement abandonné (cf Vice). Il ne sait plus où aller. Peut-être en Suisse?

Désorientée, la civilisation est en marche vers le XXIe siècle.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

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