MILLION DOLLAR BABY

MILLION DOLLAR BABY

Clint Eastwood, 2004

LE COMMENTAIRE

Notre quotidien ressemble à un combat de boxe. En dehors des cours de yoga où l’instructeur insiste bien sur le fait que nous n’avons pas besoin de nous comparer, il faut se battre en permanence : contre ses enfants pour qu’ils s’habillent, contre les autres sur le périphérique (cf La La Land) ou dans le métro, contre son boss au travail (cf Whiplash) et contre les consommateurs au supermarché (cf La loi du marché), puis enfin contre la maladie. Ça ne s’arrête jamais. Voilà ce à quoi sert véritablement l’oeil du tigre.

LE PITCH

Une boxeuse aimerait qu’on l’aide à raccrocher les gants dignement.

LE RÉSUMÉ

Margaret « Maggie » Fitzgerald (Hillary Swank) en a marre de son boulot de serveuse dans le Missouri. Elle part à Los Angeles pour se mettre à la boxe. Là-bas elle espère bien se faire entrainer par le respecté Frankie Dunn (Clint Eastwood), avec le soutient de Eddie « Scrap-Iron » Dupris (Morgan Freeman). Elle se présente avec audace.

I’m 32, Mr. Dunn, and I’m here celebrating the fact that I spent another year scraping dishes and waitressing which is what I’ve been doing since 13, and according to you, I’ll be 37 before I can even throw a decent punch, which I have to admit, after working on this speed bag for a month getting nowhere may be the God’s simple truth. 

Il lui oppose une fin de non-recevoir.

I don’t train girls.

Elle insiste. Sa persistance impressionne le vieux grincheux qui accepte enfin de la prendre sous son aile. Il va en faire une machine à KO au point que plus personne ne veut boxer contre elle. Elle se casse le nez mais accumule suffisamment d’argent pour offrir une maison à sa mère.

C’est presque naturellement que Maggie doit affronter la championne Billie « The Blue Bear » Osterman (Lucia Rijker), une ex-prostituée connue pour boxer sale. Le combat est serré. Maggie s’accroche et ne peut éviter un coup bas de son adversaire qui la fait chuter sur un tabouret qui n’aurait pas du être sur le ring. Maggie se brise les cervicales.

Elle se réveille tétraplégique. Sa famille lui rend visite, accompagnée d’un avocat, pour discuter de son patrimoine. Elle les fait chasser de sa chambre, dégoûtée. Son état empire. Sa jambe s’infecte et doit être amputée. Elle implore son entraineur de l’aider à abréger ses souffrances, comme Ramón (cf Mar Adentro).

I can’t be like this, Frankie. Not after what I’ve done. I’ve seen the world. People chanted my name. Well, not my name… some damn name you gave me. (…) Don’t let me lie here ’till I can’t hear those people chanting no more.

Frankie doit s’y résoudre, par respect plus que par pitié, allant à l’encontre du Père Horvak (Brían F. O’Byrne).

You don’t. You step aside, Frankie. You leave her with God.

She’s not asking for God’s help. She’s asking for mine.

Avant de faire une injection fatale à sa championne, Frankie révèle à Maggie la signification du surnom Irlandais qu’il lui avait donné :  Mo Chuisle : « My darling, and my blood« . Puis il lui offre le repos, persuadé d’avoir fait ce qui lui paraît juste.

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L’EXPLICATION

Million Dollar Baby, c’est un KO salutaire.

Maggie est une véritable championne. Elle a l’honnêteté intellectuelle de faire ce que beaucoup d’entre nous sommes incapables : quitter la médiocrité d’une vie que l’on ne supporte plus. Maggie plaque le peu qu’elle a pour se mettre littéralement en danger, en montant sur le ring. C’est le combat d’une vie, la sienne. Elle part de très loin puisqu’elle n’a ni expérience, ni d’entraîneur. Sa détermination va convaincre Frankie de l’accompagner. Avec lui, elle va tout apprendre, notamment à ne plus poser de questions:

Hit the bag.

Like this?

Stop.

What’d I do wrong?

Okay, you did two things wrong, one is you asked a question and two is you asked another question.

Elle s’entraine nuit et jour pour progresser. Son courage subjugue son entraineur. Les succès, elle en fait profiter les gens autour d’elle. Son talent lui vaut de se battre pour le titre mondial. Tous ces coups encaissés pour finalement affronter une adversaire qui joue contre les règles. Tout ce chemin pour se prendre un couteau dans le dos. Maggie est victime d’une cruelle injustice, inacceptable pour Frankie. Lui qui avait promis que rien ne pourrait arriver si Maggie suivait ses conseils.

Now, what is the rule?

Protect myself at all times.

Elle ne pouvait pas se protéger contre ça. Et Frankie se sent coupable.

Maggie aura aussi appris autre chose : écouter son corps.

The body knows what fighters don’t: how to protect itself. (…) It’s called the knockout mechanism.

Aujourd’hui, elle est à terre. Et elle supplie son entraineur de prendre ses responsabilités en jetant son tablier pour elle. C’est le combat de Frankie qui commence. L’entraîneur n’est pas planqué dans un coin du ring derrière sa boxeuse. Il combat avec elle. Frankie doit lutter contre ses convictions morales. Il monte sur le ring contre Dieu.

I swear to God, Father, it’s committing a sin by doing it. By keeping her alive, I’m killing her. Do you know what I mean? How do I get around that?

Eddie Scrap-Iron Dupris est là à son tour, dans le coin du ring, pour le réconforter.

I killed her.

Don’t say that. 

Frankie se rappelle alors de l’enseignement peut-être le plus important : reconnaître la défaite pour mieux se relever. Accepter le goût de rouille et d’os dans la bouche.

Anybody can lose one fight, anybody can lose once, you’ll come back from this you’ll be champion of the world.

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Il a d’abord l’impression d’avoir perdu un combat personnel en tuant sa protégée, dont il était si fier. Puis il change de perspective sur ce qui s’est passé. Ce n’est pas une défaite. Il n’a pas sacrifié Maggie. Au contraire, il a accepté de la laisser partir comme elle le souhaitait. L’histoire doit s’arrêter. Tout ça n’a pas servi à rien, loin de là.

Maggie n’a pas arrêté de se battre. En vérité, elle n’a jamais cessé de se battre. Cette championne doit être honorée. Son souhait mérite d’être respecté. Frankie a fait ce qu’il fallait faire, n’en déplaise à Jésus. Il en ressort plus libre. Plus besoin de remettre les pieds dans une salle de gym.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

3 commentaires

  • Clint Eastwood avait deux raisons de s’en vouloir non seulement le fait qu’elle y voyait en elle la future championne du monde et que son rêve fut éteins un direct de la boxeuse salasse. Mais aussi du fait que le tabouret n’avait pas sa place sur le ring. Comment a-t-il pu oublié? Il s’est accentué sur la première, parce que comme Morgan Freeman lui a dit, il n’aime admettre qu’il est fautif (lorsqu’ils étaient près du ring et qu’il lui apporté à manger)

      • Maggie pouvait toujours prendre ce coup bas et ne pas devenir légume. L’impact s’est amplifié avec le tabouret

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