DONNIE BRASCO

DONNIE BRASCO

Mike Newell, 1997

LE COMMENTAIRE

On a créée tout un mythe autour du personnage du mafieux. La faute à Coppola et à son Parrain, la faute à Scorsese et ses Goodfellas, ou la faute à James Gandolfini et ses Sopranos. Dans l’imaginaire collectif, le mafieux est l’Italo-Américain colérique qui finit très souvent par fumer tout le monde. Alors qu’en vrai, le mafieux est un mec pas si méchant que ça. Il a le sens de la famille et surtout il est rongé par les scrupules chrétiens. Certes le mafieux se donne des grands airs avec son cheveu gominé et son cuir qui brille mais dans le fond il ne pense que catenaccio et sauce bolognaise.

LE PITCH

Un agent du FBI infiltre la mafia New Yorkaise et se prend au jeu.

LE RÉSUMÉ

Joe Pistone (Johnny Depp) devient Donnie Brasco, un petit receleur de diamants. Il va rapidement se rapprocher de Lefty (Al Pacino), un membre de la mafia New-Yorkaise. Malgré ses années de service, Lefty n’a jamais été promu au rang de capo. Il souffre d’un cancer des testicules. Son fils est toxicomane. Lefty a déjà plus de regrets que d’espoirs. Il va prendre Donnie sous son aile avec l’espoir d’en faire un Affranchi.

Donnie fait ses preuves et gagne peu à peu la confiance du clan de Sonny Black (Michael Madsen). Mais Donnie a de plus en plus de mal à faire la part des choses. Le personnage a pris le pas. Joe Pistone devient un mari de plus en plus absent et un agent qui reporte de moins en moins à ses supérieurs.

I’m not becoming like them. I am them.

Suite à un règlement de comptes, Sonny Black prend du galon et hérite du secteur de Brooklyn, au grand dam de Lefty qui voit encore le train lui filer sous le nez. Sonny Black a de l’appétit et compte bien s’agrandir sur un autre secteur dirigé par son ennemi Sonny Red.

Sonny Black finira par avoir la peau de Sonny Red. Suite à cette prise de pouvoir sanglante, le fils de Sonny Red voudra se venger de l’assassin de son père en faisant appel à celui qui serait susceptible d’être intéressé par la chute de Sonny Black : Lefty.

Alors que Lefty et Donnie s’apprêtent à s’occuper de Sonny Black, le FBI intervient. L’opération est un succès. De nombreux mafieux sont inculpés puis condamnés. Les hommes de Sonny Black restent plantés là, refusant jusqu’au bout de croire que Donnie ait pu les cocufier de la sorte.

Joe Pistone quant à lui doit vivre caché sous un nom d’emprunt, avec un gros contrat au dessus de sa tête. Le profil bas.

L’EXPLICATION

Donnie Brasco, c’est se prendre au jeu

Les fauves qui attaquent le troupeaux de gnous guettent toujours le plus jeune ou le plus vieux. C’est donc par l’intermédiaire du maillon faible qu’est Lefty que Donnie va pouvoir infiltrer la Mafia. Ce qui rappelle à quel point il est important de faire le tri dans toute organisation et de se débarrasser des tocards pour mieux se protéger. La Mafia n’est pas l’armée du Salut. Si on veut réussir dans toute entreprise, on ne peut pas se permettre de traîner des boulets comme Lefty.

Plutôt que de se servir de Lefty comme d’un domino, il va profiter de cette rencontre pour remettre sa propre vie en question.

All my life I’ve tried to be the good guy. And for what? For nothing.

L’agent Joe Pistone n’est pas heureux. Il ne voit sa femme que deux fois par an et elle trouve encore le moyen de râler. Ses trois filles lui font la tronche au petit-dej. Il réalise que dans la vie, comme au Monopoly, il faut tricher. Ceux qui jouent proprement en respectant scrupuleusement les règles gagnent petit – quand ils gagnent. En devenant un gangster, il flirte avec le crime – qui embrasse bien mieux que la justice. Donnie commence à sentir l’adrénaline de la vie et il y prend goût.

Il réalise aussi que de l’autre côté de la barrière, ces mafieux qu’on décrie tant ont néanmoins un certain code de l’honneur (cf des hommes d’honneur). Ils sont respectables, à leur manière. Ok, ils flinguent les autres. Au moins, ils ont le courage de le faire les yeux dans les yeux, pas via un micro caché sous la chemise. Et puis ces prétendus vilains garçons peuvent aussi se montrer aussi très attachants. Quand Lefty parle de ses envies de tout plaquer, de ses envies d’ailleurs avec Annette, Donnie n’a pas besoin d’entendre les violons pour avoir la larme à l’œil. On s’attache au tocard.

Car il s’agit là aussi d’une belle histoire d’amitié entre deux hommes – pas de l’amitié comme dans Brokeback Mountain. Il y a un rapport quasi filial entre Donnie l’orphelin et Lefty qui ne rêve que d’avoir un fils à qui il pourra transmettre sa chevalière. Lefty tape du fric à Donnie dès qu’il en a l’occasion mais c’est pas la femme de Donnie qui lui dirait solennellement :

I’d die with you Donnie.

Donnie est pourtant repris par la patrouille et contraint par le gouvernement de devoir balancer tous ses potes. Il devient le fugazi. Lui qui s’est battu des années pour gagner la confiance des malfrats. Le FBI va le forcer à piétiner tout ce beau travail. Comme quoi, parfois, le boulot de fonctionnaire est quand même vraiment pourri. Donnie est forcé de planter un couteau dans le dos de celui qui était devenu son protecteur. Il en sera même récompensé. Sa médaille a un goût amer. Le revers de cette médaille est d’autant plus terrible que la punition pour celui qui trahit est de perdre toute forme d’identité. Joe était devenu Donnie. Il ne peut plus redevenir Joe. Condamné à errer de manière anonyme tel un cheval sans nom, se retrouvant prisonnier à vie d’un cauchemar comme les candidats d’un mauvais jeu télévisé.

Forget about it.

Ne reste plus qu’à passer à autre chose.

LE TRAILER

Cette explication n’engage que son auteur.

2 commentaires

Commentez ou partagez votre explication

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.