LA CRAVATE

LA CRAVATE

Mathias Théry, Étienne Chaillou, 2020

LE COMMENTAIRE

Qu’est-ce qui fait la différence entre un militant dit patriote et un irrésistible Français lorsqu’ils chantent sur le même hymne sur le même hymne, avec la même passion. Ce sont a priori les mêmes citoyens. Les mêmes bataillons qui se forment. C’en est presque désarmant.

LE PITCH

Un jeune Picard se prend d’affection pour les thèses de l’extrême droite.

LE RÉSUMÉ

Bastien est invité par le réalisateur à lire le scénario de son entrée au Front National. Amateur de réseaux sociaux, il est rapidement mis en contact avec Florian Philippot qui cherche à lancer sa chaîne. La collaboration porte ses fruits : la mise en ligne de la première vidéo du candidat fait le buzz. Négatif, mais qu’importe. Du moment qu’on parle du candidat.

Son travail de militant anonyme avait eu impact dans la campagne. (…) Il se sentait admis dans la caste du parti.

Bastien s’investit pleinement en distribuant des tracts sur le marché, porte la bonne parole frontiste ainsi que la cravate. Malheureusement, il va rapidement être exposé aux combines politiciennes (cf Les Marches du Pouvoir).

Ce jeu ne l’amuse guère. Il assiste à l’échec du parachuté Franck de La Personne aux législatives de la Somme. Les manières un peu directes du parti dans les bureaux de vote ne lui plaisent pas non plus, lui qui n’a pas un tempérament violent mais qui sait distribuer les coups lorsqu’il estime la situation nécessaire. Comme ce fameux soir où il a du s’expliquer avec deux wesh.

J’ai horreur de la racaille.

Avant de devenir gérant de Laser Quest, Bastien fut skinhead (cf This is England). Il avait d’abord rejoint le mouvement, impressionné par l’un des garçons de sa famille d’accueil. Puis son militantisme s’est affirmé alors qu’il était sous surveillance judiciaire suite à une tentative d’agression sur des personnes de son collège (cf Bowling for Columbine). Bastien n’en avait pas parlé à l’équipe du documentaire. Son passé a fini par remonter à la surface.

Ça me fait un peu flipper tout ça quand même.

En situation d’échec scolaire, tout s’était enchaîné ensuite. Presque logiquement.

Témoin impuissant de la défaite de sa favorite au second tour, Bastien ne baisse pas les bras.

Tant que les idées ne seront pas au pouvoir, je n’arrêterai pas.

La belle aventure Marine prenant fin, chacun rentre chez soi. Bastien continue son combat aux côtés de Philippot après son éviction du parti le Peniste. Tout en s’interrogeant sur les conséquences que ce documentaire pourra avoir sur sa vie.

La question que je me pose c’est : est-ce que je suis un connard?  

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L’EXPLICATION

La Cravate, c’est au moins avoir le mérite de se poser la question.

Les extrêmes pourraient s’apparenter à un parti d’éboueurs dans la mesure où ils n’ont pas à développer la moindre idéologie pour compter toujours plus de militant·es. Ils ne font que ramasser les poubelles des partis en place, englués dans les scandales.

Le Rassemblement National est effectivement plus efficace lorsqu’il se penche sans rien dire plutôt que lorsqu’il prend la parole. D’abord parce que le parti est aussi empêtré dans les affaires. Par ailleurs, lorsqu’il a quelque chose à dire, c’est rarement intéressant. Enfin parce que les partis en place font le travail pour lui: les basses manoeuvres des un·es pour ridiculiser les autres fonctionnent, comme un boomerang. Puisque les perdant·es ne sont pas celles ou ceux qu’on croit.

Ces techniques ne font que dégoûter au reste des électeurs et électrices qui ne pensent plus avoir d’autre choix que de se tourner vers les extrêmes, dont on dit que l’extrême gauche est devenue l’extrême droite. On en perd son sens de l’orientation. La conclusion reste néanmoins la même.

Tu te rends compte que la politique, c’est tous des pourris.

C’est ainsi que le Front National a changé son fusil d’épaule. Philippot a entamé la dédiabolisation. L’ennemi était l’étranger (cf Gremlins). Désormais, il s’agit de l’ensemble.

Le problème, c’était plus l’immigration mais tout.

Jadis, le Front National était un parti raciste assumé. Alors que le Mouvement National devient un parti anti-système – et raciste. Nuance. Une nouvelle sirène qui résonne encore plus fort pour des gens dits du peuple dont les tympans ont éclaté après que leurs oreilles sifflent bien trop souvent. Méprisés par les élites et matés par les autorités malgré leurs gilets jaunes (cf Un Pays qui se tient sage), ils sont considérés comme des laissés pour compte (cf Us), sans épaule suffisamment solide vers laquelle se tourner. Alors que cet électorat se bat et qu’il lui reste encore son orgueil.

Mis sous un tapis comme la poussière à laquelle ils ne vont pas tarder à retourner, quoi qu’il arrive. Comme Bastien, après s’être lamentablement planté au collège, accusé par ses professeurs de ne pas travailler assez. Lâché par ses parents. Doublement coupable, il s’était laissé séduire par le discours rassurant des skinheads.

Tu te sens protégé quand t’es avec eux.

En tout cas, bien plus protégé que par les technocrates donneurs de leçon. Les adeptes du faites comme je dis, pas comme je fais. Prôner les mérites de la famille devant les projecteurs pour mieux envoyer des vidéos de son sexe à sa maitresse dans l’intimité des réseaux sociaux. Tout cela ne serait pas aussi grave si ces hommes et femmes politiques ne se considéraient pas au dessus de la mêlée. Plutôt que de maintenir l’équilibre, leurs dérapages incessants provoquent la solitude de ceux qu’ils sont censés administrer.

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Contrairement aux autres, les skinheads ont encore la notion du respect. Ils sont les seuls à faire preuve d’un peu de solidarité dans un monde qui s’effondre. Ras le bol de ces hommes politiques décontractés qui ne portent plus la cravate! Au Front National, Bastien retrouve un peu de cet ordre qui lui manque.

Tout prenait sens ici.

Bastien est en réalité l’arbre qui cache la forêt.

Il fait partie de celles ou ceux à qui on demande de consommer et de payer leurs impôts, sans broncher. Assommé·es à coups de 49.3. Celles ou ceux qu’on rançonne sans scrupule et qui se rapprochent des extrêmes par dépit, après avoir arrêté de se poser des questions parce qu’on ne leur permet plus de le faire.

Bastien n’est pas un mauvais bougre, juste le dindon de la farce – également trompé par son parti d’adoption qui ne vaut pas mieux que les autres. Perdu sur son chemin de traverse (cf Danny Balint), il aspire malgré tout être quelqu’un de bien.

Il a le mérite de s’interroger.

Est-ce que ça va changer ma vie…?

C’est peut-être le début de quelque chose.

La question ne garantit pas la réponse. Mais sans s’interroger, l’absence de réponse est garantie.

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son AUTEUR.

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