LA SOCIÉTÉ DU SPECTACLE

LA SOCIÉTÉ DU SPECTACLE

Guy Debord, 1973

LE COMMENTAIRE

Des spectateurs et spectatrices se ruent dans une même salle pour profiter collectivement du divertissement. Leurs lunettes vont leur permettre de ne rater aucune miette de ce qui va se passer. Il faut en prendre plein la vue. Chacun·e vit en réalité une expérience individuelle. La distinction sociale se mesure en termes de sièges.

LE PITCH

L’auteur disserte sur un concept incompris.

LE RÉSUMÉ

Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s’annonce comme une immense accumulation de spectacles.

Des hommes regardent des écrans. L’assassinant de Lee Harvey Oswald est filmé en direct. Valérie Giscard d’Estaing donne un discours.

Le mensonger s’est menti à lui-même, (…) le vrai est un moment du faux. (…) Il est le coeur de l’irréalisme de la société réelle.

Des employés d’usine écoutent attentivement. Les shootings pour un magazine de mode se suivent, comme les produits sur une chaîne de montage. Des femmes aux seins nus.

Tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation. (…) Négation visible de la vie, négation de la vie qui est devenue visible.

Des magasins. Un aéroport. Une plage.

Le spectacle est le mauvais rêve de la société moderne enchaîné qui n’exprime finalement que son désir de dormir. Le spectacle est le gardien de ce sommeil.

Fidel Castro donne une interview devant les caméras. Des missiles et bombardements. La police qui intervient face à des émeutiers.

L’homme se retrouve de plus en plus séparé de son monde.

Quelques extraits de films de guerre précèdent un autre discours de dirigeants politiques français. C’est l’heure des soldes. Pompidou visite le salon de l’automobile. Une publicité pour des sous vêtements féminins.

Les idées s’améliorent. Le sens des mots y participe, le plagiat est nécessaire, le progrès l’implique. Il sert de près la phrase d’un auteur, se sert de ses expressions. Efface une idée fausse, la remplace par l’idée juste.

Des sites pétroliers. La police déploie des fils barbelés. Mao rencontre Nixon. La guerre fait rage au Vietnam. Sur les Champs-Elysées, les voitures se pressent. Johnny, les Beattles, Eddy Mitchell électrisent les foules.

Les vedettes existent pour figurer des types variés de style de vie, et des styles de compréhension de la société. Elles incarnent le résultat inaccessible du travail social.

Les nazis défilent. Une ligne de RER relie le centre de Paris. Encore des femmes aux seins nus. Les F1 se font la course. Le défilé militaire ressemble étrangement au défilé des touristes.

Le spectacle ne chante pas les hommes et leurs âmes, mais les marchandises et leurs passions. (…) L’imposture de la satisfaction doit se dénoncer elle-même en se remplaçant, en suivant le rythme des produits. (…) Chaque nouveau mensonge de la publicité est aussi l’aveu de son mensonge précédent.

L’urbanisme redessine les villes. Les CRS s’organisent. L’armée rouge défile. Une tour de Babel. Des plages bondées.

Le temps pseudo cyclique est le temps spectaculaire. (…) Alors que le temps cyclique était le temps de l’illusion immobile vécue réellement, le temps spectaculaire est le temps de la réalité qui se transforme vécue illusoirement. (…) Dans le temps spectaculaire, le passé domine le présent.

Quelques extraits de film. C’est la grève dans les usines. Staline prononce un discours. Dans un camps de concentration, les prisonniers font face aux soldats. C’est la nuit place de la Concorde.

Les buts qui comptent dans l’histoire universelle doivent être affirmés avec énergie et volonté.

L’armée américaine sonne la charge, sur une citation de Clausewitz.

En résumé, l’on ne saurait trop répéter qu’ici la théorie est là bien plus pour former le praticien pour lui faire le jugement, que pour lui servir d’indispensable soutien à chaque pas que nécessite l’accomplissement de sa tâche. 

L’EXPLICATION

La Société du Spectacle, c’est une anesthésie générale.

Le révolutionnaire Guy Debord fut l’un des acteurs révolutionnaires de Mai 68. Fondateur de l’Internationale situationniste, la volonté de Debord était de dénoncer la société capitaliste dans ce qu’elle a de pire – notamment la léthargie et la dissociation qu’elle engendre.

Selon lui, le spectacle n’est pas un ensemble d’images mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images. La société du spectacle n’est donc pas une critique du sensationnalisme. Elle constitute plutôt un avertissement concernant un modèle de société profondément inhumain.

L’unité irréelle que proclame le spectacle est le masque de la division de classe sur laquelle repose l’unité réelle du mode de production capitaliste. Ce qui oblige les producteurs à participer à l’édification du monde est aussi ce qui les en écarte.

La classe dominante qui se cacherait derrière cette société, en profiterait pour étouffer les prolétaires issu·es des classes populaires grâce aux medias en ré-écrivant les histoires.

Le monde sensible se retrouve remplacé par une sélection d’images qui existent au dessus de lui et qui en même temps s’est fait reconnaitre comme le sensible par excellence. (…) Dans le monde réellement renversé, le vrai est un élément du faux. (…) Ce qui apparait est bon, ce qui est bon apparait.

Dans cette société, seule la vérité capitaliste prévaut avec toutes les valeurs qui l’accompagnent.

Le monde que le spectacle fait voir est le monde de la marchandise dominant tout ce qui est vécu.

Il n’y a plus de place pour le sens (cf L’Accident de Piano). La priorité est d’acheter et se divertir. On passe du coq à l’âne, entre deux publicités. Le rapport au temps a changé : la société du spectacle dicte son rythme. Tout doit aller vite, plus vite. Un besoin en remplace un autre.

Les pseudo événements qui se pressent dans la dramatisation spectaculaire n’ont pas été vécus par ceux qui en sont informés. Et de plus, ils se perdent dans l’inflation de leur remplacement précipité.

La société du spectacle donne l’illusion d’une unité pour maquiller sa fracture. Celles et ceux qui produisent les richesses n’en profitent pas, en se contentant de rester spectateurs ou spectatrices derrière l’écran. Pire, les spectateurs se détachent d’eux même en tentant de dupliquer dans la réalité la vie fantasmée qu’on leur propose. Ils deviennent alors une simple projection.

Une vie par procuration, en regardant son propre reflet à travers un miroir. Les gens ne vivent pas. Ils se contentent de choisir de regarder une des vies qu’on leur donne à contempler (cf Nous finirons ensemble), pour jouer un rôle (cf Masques).

On regarde des magazines, des films, des séries, des contenus d’influenceurs qui nous conduisent à décider d’acheter tel ou tel produit pour se conformer. La vie devient un effort pour tenter de ressembler à un archétype. On a l’illusion d’être et de penser par soi-même alors qu’on ne fait qu’appliquer la convention et relayer les messages. Toute réflexion et esprit critique a disparu.

Une nouvelle époque s’est ouverte.

Des années plus tard, les réseaux sociaux ont cimenté cette société du spectacle en renforçant l’addiction aux écrans, la peur de rater et les comportements mimétiques (cf The American Meme). Chaque sujet y devient prétexte à propagande : la guerre (cf Des Hommes d’Influence), l’espace (cf To the Moon), l’environnement, une élection, les Jeux Olympiques… Autant de belles images et d’histoires fascinantes qui continuent d’encourager la passivité.

Une dernière question : Comment faire pour ne pas rater le réveil (cf Matrix) ?

LE TRAILER

Cette explication de film n’engage que son auteur.

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